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| « La plume dans la plaie » |
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| Vieux SAVANE |
02/04/2011 | 11H40 GMT |
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| Provenant de différents pays africains, avec en bandoulière des croyances et des penchants idéologiques divers, des hommes et des femmes se sont retrouvés dans la grande aventure du groupe «Sud communication», tout au long de ses vingt-cinq années d’existence. Favorisant une curiosité et une ouverture d’esprit à nul autre pareil, ces différences ont convergé autour d’une plateforme démocratique librement partagée : liberté, laïcité, genre. Elles avaient conscience que l’exacerbation des inégalités et des exclusions mettaient la démocratie en péril. Aussi la transparence se vivait-elle au quotidien en faisant tomber les cloisons. |
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La porte des dirigeants n’est jamais fermée. Nul besoin de solliciter un rendez-vous. A l’heure du bouclage de «Sud quotidien», la rédaction ressemblait à une véritable fourmilière. Ce fameux moment où il faut mettre en perspective tout le travail amorcé, le valoriser en hiérarchisant l’information, vérifier qu’il n’y a pas de faute sur les titres, que rien de ce qui fait l’actualité n’a été omis.
Avec tout cela, l’obsédante angoisse autour de cette fameuse «Une», la page vitrine. C’est elle qui attire l’attention, accroche le regard du lecteur et l’incite à s’arrêter un peu. Même banal, elle fait l’objet de discussions, d’échanges, jusqu’à ce que quelque chose fasse tilt et entraîne l’adhésion. Que de journées et de nuits passées à travailler pour fournir un produit de qualité au lecteur !
Dès son lancement, étudiants, enseignants, ouvriers, décideurs politiques et économiques se sont retrouvés autour cet outil commun. Se posait alors la nécessité d’un subtil dosage entre un lectorat qui se massifiait, traversant toutes les couches sociales de la société.
Ecrire dans «Sud» se mérite. Et ça se sent avec la venue de stagiaires des écoles de formation, souvent intimidés de découvrir et de côtoyer ces plumes qui ont accompagné leurs lectures. Se trouver « en vrai » en face de ces journalistes de renom a, selon leurs dires, quelque chose d’intimidant qui donne l’impression d’entrer dans la cour des grands.
«Sud» a toujours été une école d’humilité fondamentale. Remise en question permanente, sens du partage, culture de l’excellence. Et c’était cela le sens des papiers de position qui passent de main en main afin que les uns et les autres puissent « cotiser », en y apportant un supplément d’âme.
Avec «Sud», il s’est toujours agi de faire preuve de responsabilité citoyenne, de contribuer à faire vivre la démocratie en traquant les mensonges. Il revient alors, comme l’indiquait si bien l’écrivain journaliste Albert Camus, « de redonner au pays sa voix profonde » et de se convaincre que « si nous faisons que cette voix demeure celle de l’énergie plutôt que de la haine, de la fière objectivité et non de la rhétorique, de l’humanité plutôt que de la médiocrité, alors beaucoup de choses seront sauvées et nous n’aurons pas démérité ».
Pour tout dire, avec «Sud » on apprend, comme le soulignait encore Camus, qu’ « un journaliste est un historien au jour le jour dont le premier souci est la vérité ». Ne jamais travestir les faits. Journal d’influence, il comprend que les prises de position ne sont pertinentes que pour autant que les informations qui les fondent sont exactes. Il ne s’agit donc pas de pontifier mais de se nourrir de l’amour de la démocratie et de la vérité afin de rendre un dialogue contradictoire possible. Celui qui nous marque les différences et souligne les ressemblances.
Seulement voilà, depuis bientôt huit ans, ce journal de référence se débat dans des problèmes financiers inextricables du fait de la volonté du Prince. Victimes d’un quiproquo qui a fait prendre «Sud» « pour le journal officiel de l’Alternance », les nouvelles autorités politiques n’ont pas compris, comme l’a si bien indiqué le journaliste français Edwy Plenel que : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».
«Sud» n’a pas baissé les bras pour autant. Comme un roseau, il a parfois plié sous le poids des difficultés mais jamais il n’a rompu. Beaucoup sont partis, tentés par de nouvelles expériences. Rarement, pour ne pas dire jamais, ils n’ont été tentés d’aller rejoindre des rédactions concurrentes. D’autres, en dépit de multiples difficultés, ont tenu à ne pas quitter le navire et ont continué avec abnégation à se battre pour le remettre à flots. Pas évident cependant, lorsqu’on se trouve dans un environnement concurrentiel de plus en plus difficile et que les moyens font cruellement défaut.
Parce que nous avons, par moments, du mal à parler de «Sud» au présent, notre vœu le plus brûlant est que la jeune génération qui ne l’a pas connu dans les années de braise puisse découvrir ce journalisme d’impertinence.
Les éditoriaux retentissants qui ont jalonné le parcours du titre, dont un fameux « Non, Monsieur le Président ! », adressé à Abdou Diouf et un non moins cinglant « Alterner l’alternance » sous Abdoulaye Wade, signé par un certain Babacar Touré, sonnait la fin de l’état de grâce. Sans oublier les grandes enquêtes sur des sujets de société, telle « La Panne des intellectuels », pilotée par l’auteur des ces lignes, ou encore le débat sur « Les idées qui dérangent », animé par Moussa Paye, Ibrahima Fall, Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Babacar Touré (les 5 majeurs), le dossier prémonitoire sur la Vallée du Fleuve Sénégal , « La terre brûle », peu avant les évènements tragiques Sénégal-Mauritanie.
Il est temps de fermer cette parenthèse douloureuse, de solder les comptes et d’ouvrir les pages d’une autre aventure en accompagnant les jeunes plumes talentueuses qui perpétueront l’esprit et la mémoire d’un titre qui est devenu un patrimoine national.
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