Au nom de l’Afrique combattante, Justice pour Habré !
Publié le 13/01/2012 | 04H01 GMT par Madior FALL
 
La Cour d’Appel de Dakar, pour la énième fois  a statué sur une requête aussi itérative qu’insultante pour notre pays et pour l’Afrique tout entière.  A la dernière requête en date, de la Belgique qui ne demande ni plus, ni moins qu’à extrader l’hôte tchadien du Sénégal, le président Hissein Habré auprès de ses juridictions qu’elle décrète universellement compétentes,-on se demande bien pourquoi ?,- la Cour d’Appel a dit encore niet. La Chambre d’accusation de cette Cour  a rejeté à nouveau la demande d’extradition en Belgique de l’ancien président tchadien, qui a trouvé refuge à Dakar depuis sa chute en 1990.
 
Elle a estimé que le mandat lancé contre l’ancien chef d’Etat du Tchad par Bruxelles, est entaché de vice de forme. Euphémisme « jurdico-diplomatique » pour dire à des requérants irrespectueux et envahissants, m… ? Peut être pas, mais la lassitude assurément se sent et se ressent face à une demande aussi récurrente que gênante de la part d’un Etat dont on peut valablement se demander en quoi, il est concerné.    

Hier, comme aujourd’hui en tout cas, la juridiction sénégalaise compétente a refusé de brader l’honneur et la dignité nationale. Elle a surtout fait droit au droit d’Asile qui est aussi imprescriptible voire plus pérenne, parce que plus humaine que tous ces autres droits dits à caractère international qui sont à géométrie variable que l’on convoque à tout bout de champ pour juger du Nègre ou… du Serbe et/ou de ces races « inférieures» à la périphérie de l’Europe qui tâcheraient le vieux continent et gêneraient le monde occidental. Ces « races » là, vivant principalement dans les Balkans, notamment dans la Yougoslavie éclatée, ou dans des pays du Caucase, ainsi que les Nègres et les Berbères d’Afrique peuvent passer devant la Haute Cour de Justice de la Haye ou faire l’objet d’un mandat de la compétence universelle bruxelloise. Les autres, tous les autres sont trop purs pour intéresser le Comité des Nations Unies contre la torture dont les vues fondent la Belgique à exiger le jugement de Hissein Habré sur son territoire.

Oubliant au passage sa pratique inacceptable  de « deux poids, deux mesures », notamment dans les affaires Sharon (Sabrah et Chatilla), Colin Powell, Guantanamo, les assassins de Patrice Lumumba  et beaucoup d’autres. Dernières en date l’invasion irakienne et afghanne ainsi que l’impunité qui en découle pour toutes les forces d’occupation.

Pour ces crimes comme ceux d’Israël, Bruxelles est incompétente, mais quand il s’agit du moindre dirigeant africain ou de ces « pays inférieurs » d’Europe et périphérie, elle a toute les compétences du monde à juger leurs ressortissants.

Depuis quelques années, la Belgique se réclame la destination judiciaire idéale à même de statuer sur le sort du héros de Faya-Largeau ou Faya pour faire court,  où il a défait mémorablement les envahisseurs libyens. Hissein Habré  avec quelques autres Africains subsahariens parmi lesquels on peut ranger désormais le vaincu d’Abidjan, Laurent Gbagbo, est assurément la cible préférée de ces organismes prétendument défenseurs des droits de l’homme dans le monde et dont les financements et les connections gagneraient à être connus du grand nombre. Une transparence à ce niveau aiderait grandement l’opinion à s’y retrouver. Dieu reconnaît les siens !

Dans leurs commandements adressés au Sénégal, la Belgique et ses alliés occidentaux brandissent  eux entre autres arguments, la Convention des Nations Unies contre la torture du 26 Juin 1987. Il est vrai que ladite  a prévu l’extradition vers un autre Etat également compétent. Mais elle soumet heureusement ces procédures à des préalables précis et clairs, notamment, la signature et la ratification de la Convention, mais aussi et surtout l’intégration de ses dispositions dans le corpus du droit positif de l’Etat concerné, rappelle opportunément Me Clédor Ciré Ly, avocat sénégalais du président Habré. Selon lui, la fameuse Convention n’est applicable et opposable à un Etat qu’à la condition dirimante et préalable de l’incorporation par cet Etat des dispositions de ladite Convention dans le corpus juridique national. Les Etats sont libres de renoncer à la ratification d’une  convention ou de la ratifier avec des réserves restrictives de ses obligations.    

On se souvient en 2000 certes, de cette pression subite et conjuguée comme concertée et suscitée,-par qui ?-,de Tripoli et Paris, on remarquera au passage que ces deux capitales avaient assurément un contentieux non vidé avec le président Habré qui les a toutes ridiculisées du temps où il était au pouvoir, et d’une coalition d’ONG intéressées. Une pression qui a obligé le gouvernement sénégalais a ordonné son Parquet d’engager des poursuites judiciaires contre l’ancien Président tchadien, pourtant son hôte tranquille et intégré depuis plus d’une vingtaine d’années. Est-ce parce qu’une de ses demeures était convoitée pour un « travail » spécifique, un sortilège pour contrer le mauvais œil ou fournir le « baïré » (notoriété) pour un jeune dignitaire dont on voulait forger et forcer le destin… ? Toujours est-il que l’Etat du Sénégal  ne remplissait pas toutes les conditions légales qui pouvaient lui permettre d’ordonner des poursuites et d’opérer un jugement du mis en cause. L’arrêt du regretté Juge Lamine Coulibaly qui le rappela fort pertinemment est encore vivace dans les mémoires, même s’il n’a pas empêché l’affaire de suivre tout le parcours judiciaire jusqu’à la Cour de Cassation qui lui a donné une suite finale et définitive.

En vérité, selon les avocats de celui, « l’affaire Hissein Habré a déjà fait l’objet de six décisions de justice. Cinq arrêts dont quatre de la Cour d’Appel de Dakar et un de la Cour de Cassation du Sénégal et la sixième de la Cour de Justice de la CEDEAO ».  On peut y ajouter depuis mardi dernier, un septième arrêt, celui de la Cour d’Appel de Dakar qui encore une fois vient de débouter la « demanderesse » bruxelloise. Faut-il lui marteler que toutes les décisions rendues par les juridictions sénégalaises ont acquis l’autorité de la chose jugée, et ont donné toutes,  gain de cause au Président Hissein Habré ? Elle n’en a certainement cure, elle qui veut forcément juger Habré. Pourquoi ? Mystère.
N’y a-t-il pas lieu aussi de préciser que les arrêts de la  Cour d’Appel  ainsi que celui de la Cour de Cassation du Sénégal, souligne Me Ly, sont autorité et s’imposent tant en ce qui concerne la forme que le fond de l’affaire.  La Cour de justice de la CEDEAO qui avait été saisie pour dire le droit dans cette affaire. Elle avait rendu son verdict en précisant que «…que l’Union Africaine n’est pas une Cour internationale…car sa mission n’est pas d’administrer la justice et singulièrement la justice internationale… Dit que l’Etat du Sénégal doit se conformer au respect des Décisions rendues par ses Juridictions Nationales notamment au respect de l’autorité de la chose jugée… Ordonne au Sénégal de respecter le principe absolu de non rétroactivité ».  La cause était déjà entendue.

Il est temps que l’on « colle » la paix à ce vieux retraité de la politique et des Affaires d’Etat, qui n’aspire qu’à son chapelet et à vivre tranquillement sa « sénégalité ». En tout état de cause la justice sénégalaise, elle, a encore tranché dans le sens du respect de l’hospitalité due à l’hôte persécuté. De notre téranga légendaire. Des droits imprescriptibles de l’Homme. De notre dignité et de la considération exigible et exigée de nos juridictions et de notre législation. Le droit a été dit. Définitivement. L’activisme abondant  et débordant de ceux qui veulent juger coûte que coûte, désir qui tourne à l’obsession, l’ancien président tchadien relève d’une désobligeante arrogance et de la morgue outrancière de ces Occidentaux à l’égard des peuples et Etats africains. Des Occidentaux qui pensent que le fait de s’occuper de nos ventres leur donnait le droit de guillotiner nos dirigeants pour se divertir.  Il est vrai qu’ils trouvent des relais locaux qui crient souvent plus fort qu’eux et font dans un zèle à servir le maître au détriment de leurs concitoyens…au nom des Droits de l’Homme… qui frise l’esclavagisme. Mais au nom de l’Afrique combattante, il est temps de faire justice à Habré.

 
 
Commentaires (4)
Posté par Icarus, 2012-01-13T08:35:25+00:00  
M. Fall, vous avez commis en dernière ligne un lapsus qui, certes, ne rachète pas ce discours scandaleux et injurieux pour les victimes de ce sinistre individu, mais le rend parfaitement ridicule. Effectivement, il faut FAIRE JUSTICE à Hissène Habré.
Posté par Tidiane, 2012-01-13T19:35:54+00:00  

Excellente analyse qui a raison de dénoncer et l'obsession et l'arrogance et le mépris dont la Belgique fait montre dans cette affaire à l'endroit de l'Afrique et des Africains (et assimilés que sont les "peuples inférieurs" de l'Europe de l'est). Arrogance, mépris et obsession d'autant plus inacceptables que le pays de Leopold II aurait plutôt mieux fait d'adopter un profil des plus bas et raser de près les murs là où l'on évoque le concept des droits de l'homme ! La chicote pour tabasser à morts les congolais peu performants dans les exploitations d'hévéas ou la hache pour leur couper les mains, les sujets de sa majesté Leopold II connaissent bien mais préfèrent une posture amnésique quand on en parle. Il en est de même de leur système politique ethnico-tribal (ils disent "communautaire" !) - qui leur a valu plus d'un an sans gouvernement) légué au Burundais et aux Rwandais et qui vaut à ces ex-colonies belges l'instabilité chronique qu'elles connaissent. Jusqu'au génocide rwandais de 1994 ! Le Congo n’est pas mieux loti, dont l'exploitation éhontée des richesses du sous-sol a alimenté et continue d’alimenter le budget de la petite mais richissime Belgique. Anvers, capitale du diamant alors que le sous-sol Belge ne contient point une once de métal précieux !
Bref, bravo M. Fall. Et merci à la justice sénégalaise qui encore une fois fait sienne la devise de l'armée sénégalaise: "On nous tue, mais on ne nous déshonore pas".
M. Habré que la teranga sénégalaise profite à ton âme et à ton esprit aussi longtemps que tu en auras besoin.

Posté par Modou, 2012-01-14T00:34:01+00:00  
Justement, en parlant toujours de ces victimes, ne trouvez-vous pas qu'elles sont bien invisibles ? Qui a vu un jour une manif à Dakar ou au Tchad pour réclamer la tête de Habré ? Jamais malgré que le régime Ndjaména met tous les moyens mais en vain. Alors, on fait trimbaler d'un pays à l'autre quelques individus, de véritables victimes professionnels, pour débiter un discours rayé à force d'être répété ne signifie pas qu'il y a plusieurs milliers de familles qui attendent justice comme on veut le faire croire. Non, c'est faux, il faut revenir à l'évidence et l'histoire nous édifiera d'avantage. Mais d'ores et déjà, certaines personnes ont déjà cessé d'aboyer car le financement se fait attendre, Khadafi est en enfer et Deby est dégouté par la mendicité de Wade. Et comme ces droits de l'hommistes sont des mercenaires alors ils vont paitre ailleurs. Qui est fou ? L'affaure Habré c'est fini. Y EN A MARRE !
Posté par MANE MOUSSA, 2012-01-30T18:35:21+00:00  
Et pourquoi cette même Belgique n'a -t-elle pas cru bon d'aller jusqu'au bout de traduire Mr CHARON, ancien premier ministre d'Israel qu'elle voulait inculper? Que les Nègres sont bêtes! Nous réfléchissons à reculon ou parfois tard pour ensuite regretter nos gestes
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