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« Sud Santé », une réponse au besoin de savoir
Professeur Souvasin DIOUF | 24/05/2011 | 06H44 GMT
 
Des semaines passées avec des journalistes à peaufiner le menu de différents numéros d’un magazine,  nous ont laissé un sentiment et une conviction. Le sentiment de n’être pas toujours bien compris  par la cible de nos spécialités, la conviction que cette dernière adhèrerait plus facilement aux politiques de santé si les acteurs décidaient d’aller plus souvent  vers les populations. Pas seulement stéthoscopes et bistouri en mains,  mais en leur parlant plus souvent de ce que nous faisons, sans que nos messages soient enveloppés dans le lexique de nos spécialités.  C’est la première leçon que j’ai retenue de mois de collaboration avec Sud Communication. 
 

Lorsqu’un certain jour de 1987, mon ami Babacar Touré m’a informé de son projet de remettre au goût du jour ce qu’il avait déjà commencé à Enda –Tiers Monde, je n’ai pas tout de suite compris comment un médecin pouvait intégrer une équipe éditoriale comme celle  de SUD Magazine.  Des journalistes d’une même génération que les jeunes médecins et agrégatifs que nous étions venaient de s’illustrer autrement que comme on commençait à prendre l’habitude de voir certains acteurs des médias.

Je ne mis pas de temps à rallier des confrères au projet. Baye Assane Diagne, Madoune Robert Ndiaye, Fadel ….   Ce qui dans le jargon des journalistes porte cette appellation bizarre d’Ours s’était très vite étoffé.  La pluridisciplinarité médicale assurée, restait à commencer la production d’articles. Jamais alors je n’avais autant vérifié la maxime selon laquelle « tous ceux qui ont atteint un certain  niveau d’études savent écrire, mais tout le monde ne sait pas écrire comme écrivent les journalistes ».  

Les premiers articles sortis de nos machines à écrire – une technologie qui,  aujourd’hui, semble relever du patrimoine préhistorique – avaient la double caractéristique de document de haute portée scientifique et de texte quasi sans valeur journalistique. Nous dûmes, plus ou moins chacun de notre côté et selon notre ancienneté dans la pratique médicale, revisiter certains de nos cours  confortés par des années de consultation médicale.  

Orthopédiste plutôt attentif aux traumatismes, les échanges entre rédacteurs m’avaient permis d’en savoir davantage sur ce que l’Urologue Baye Assane Diagne diagnostiquait dans le caleçon des hommes, alors que Robert nous ouvrait les yeux sur ces petits rien de gestes pouvant condamner une personne à finir ses jours à se guider à l’aide d’une canne.  

Matérialisation d’une exigence


Aujourd’hui encore, me revient le « Mot de l’éditeur » par lequel Babacar Touré, directeur de publication, annonçait l’avènement du Supplément Santé à insérer dans les pages de la revue d’informations et d’analyses politiques, qui avait déjà fini de convaincre du professionnalisme de ses fondateurs. L’ouverture d’esprit du Groupe de départ avait convaincu des intellectuels sénégalais et d’ailleurs de se joindre à un projet panafricaniste. Les praticiens de la santé étaient au moins aussi concernés que n’importe quel autre Africain.

Notre apport était présenté par BT comme le produit d’une rencontre entre praticiens de la communication et de la médecine, dont  « la jonction » avait permis de « matérialiser une exigence » et de « contribuer », par l’information, à l’éducation à la santé.

Il concluait son mot de présentation par une formule fort généreuse : « le dévouement à la cause publique et l’engagement pluridisciplinaire sont les seuls critères normatifs (…) à l’origine de ce supplément que nous souhaitons voir grandir, grandir, grandir… ».

Sud Santé avait grandi en effet, mais, ne survécut pas à ce que la conjoncture imposa au Groupe de presse naissant. Dans sa forme d’alors, Sud Magazine passait pour un luxe, au regard des contraintes économiques.  Mais pour le temps qu’il assura ses parutions, la publication aura ouvert un chantier hélas resté quasi en l’état. Et pourtant nous eûmes, entre spécialistes, l’opportunité de sensibiliser à bien des pathologies et autres risques que quotidiennement, les Sénégalais confrontent.

Au sortir des réunions de rédaction que nous tenions alternativement à la clinique d’Urologie et à mon bureau à l’hôpital A. Le Dantec, entre autres lieux (selon les disponibilités), les médecins passaient le relai aux journalistes. Ces derniers aidaient dans la conduite du menu pour chaque édition. Ils avaient ensuite la lourde responsabilité de rendre au grand public, ce que nos plumes avaient  savamment rédigé dans notre jargon spécialisé.

J’imagine encore « Bill »  - c’est ainsi que Babacar Touré m’a habitué à appeler Ibrahima Bakhoum -  penché sur des textes que ses fonctions de rédacteur en chef obligeaient à rendre  accessibles au grand public, sans dénaturer le caractère scientifique des articles.

Je ne sais comment BT,  Daba Sarr (la regrettée) et lui s’y prenaient, mais le rendu nous convenait. Bien sûr il y’avait des aller-et-retour entre l’autre l’auteur et le correcteur. Bien sûr il arrivait au médecin de faire un peu la moue, parce que craignant pour sa crédibilité chaque fois qu’une formule, plutôt  journalistique risquait de porter un coup à l’universalité d’une formule consacrée en médecine.  

Esprit scientifique et intérêt journalistique

Que pouvaient faire Bill et BT face aux expressions usitées en urologie ?  Voici un extrait d’un article du Pr Baye Assane Diagne sur la circoncision et l’excision.

Il écrit concernant les avantages liés à l’opération concernant les hommes : « elle améliore l’hygiène de la verge, permettant d’éviter la balanite et la balanoposthite (…) dues le plus souvent à une rétention des sécrétions, suivie d’une infection microbienne ».  Il y’ a dans cette phrase des termes que seuls peuvent comprendre les spécialistes. Le « facilitateur » dût se faire expliquer qu’une balanite est une « inflammation du gland (isolément) et la balanoposthite est une inflammation  du gland et du prépuce (en même temps).

Et pourtant, l’article intéressa énormément d’hommes qui surent en tirer le plus grand parti  pour leur protection sanitaire.

Bill, tu te rappelles l’article du Professeur Baye Assane Diagne sur l’impuissance et celui sur le Viagra.  Le standard du journal a failli exploser et Sud était subitement devenu une clinique urologique !

Un autre dossier à succès a été celui consacré aux « Accidents Domestiques ». C’’était un répertoire très large de ce que la combinaison inattention des parents et imprudence des enfants peut causer comme dégâts. On était alors dans une période où la télévision sénégalaise diffusait « Les Trois mousquetaires », une série pour enfant.

Des parents en arrivaient à souhaiter que le jeu de l’épée ne devînt pas populaire, au risque de rendre encore plus dangereux les jeux entre enfants.  Le cabinet d’ophtalmologie n’en reçut pas moins de nombreux blessés des « duels » dans lesquels l’épée était remplacé par des instruments de fortune, mais au bout pointu.

Tout aussi dangereux étaient et demeurent les prises de courant, les bougies allumées et négligemment posées, voire les produits toxiques laissés à la portée des enfants et les encensoirs mal éteints. Les Accidents domestiques n’ont pas changé de nature. Les accidents du travail non plus. Et pour dire que c’est toujours d’actualité, la Société de clinique orthopédique et traumatologique interpelle les autorités sur la création d’un Comité national de lutte contre les accidents.

Nous n’avions pas la prétention de parvenir à un risque zéro relativement à la survenue de pathologies et de traumatismes, du seul fait de nos articles. Mais le compagnonnage de journalistes alliant conviction et originalité dans leur travail nous avaient permis d’alerter les pouvoirs publics autant que la partie de population ayant pu avoir accès à Sud Santé. Je sais le corps médical encore disposé à remettre ça.  A condition que les fossoyeurs de la liberté d’innover desserrent l’étau et laissent éclore les initiatives. Le peuple le mérite, car  il n’y a pas de prix à la santé. Une personne informée est plus facile à protéger.


Ndlr- Le Comité Scientifique de « Sud Santé » était coordonné par le Dr Baye Assane Diagne. Les membres qui le composaient étaient les professeurs et/ou docteurs Eva Marie Coll (maladies infectieuses), Mbayang Ndiaye Niang (neurologie-psychologie), Thérèse Moreira Diop (médecine interne), Souleymane Mboup (bactériologie), Mamadou Diakité Ball (dermatologie), Mamadou Badiane (pharmacie), Mohamed Fadel Ndiaye (gastro-entérologie),  Robert Ndiaye (ophtalmologie), Talla Seck (clinique dentaire), Matar Ndiaye (directeur Orana), Fodé Diouf (maladies infectieuses), Ousmane Diouf (santé publique), Mamadou Sarr (pédiatrie), Jean Michel Ndiaye( santé publique),  Momar Guèye (psychiatrie).
 
 
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