| |
|
|
| « Vous écoutez Sen Radio Centre, 282 de la rue de France à Kaolack, sur les 94.6 » |
|
| Aminata MBODJI |
07/04/2011 | 10H52 GMT |
|
|
|
|
|
| En ce mois de mars 1996, à bord du véhicule 4X4, un Patrol Nissan du Groupe Sud Com, nous avions entamé notre entrée dans la région de Kaolack, après avoir dépassé Gossas, qu’un découpage administratif avait rattaché à la région de Fatick, alors qu’elle était beaucoup plus proche de la commune de Kaolack. |
| |
La forte canicule qui avait commencé à se faire sentir depuis Diourbel se faisait de plus en plus pressante au fur et à mesure que nous avancions. De temps à temps, mon collègue Abdourahmane Guèye, chargé par la direction de me conduire à Kaolack, me jetait des coups d’œil tantôt amusés, tantôt attendris. Depuis que nous avions quittés Dakar, je n’arrêtais presque pas de pleurer et me demandais pour la énième fois « pourquoi moi ? » Nous étions plus d’une dizaine de jeunes à la rédaction centrale qui avions le profil de l’emploi. « Pourquoi moi ?».
Cette question, Babacar (Touré) l’aurait, selon certaines indiscrétions, posée à Cherif (Elvalide Seye) et Latif (Coulibaly), qui avaient pris cette décision. BT aurait mis en avant ma jeunesse et ma fragilité apparente, leur réponse, que Latif me confirmera des années plus tard, était que j’allais relever le défi parce que « sérieuse dans ce qu’elle fait ».
Et c’était un défi, un vrai challenge. Dix ans après avoir créé le Groupe Sud Com, les responsables venaient de lancer la première station régionale privée du Sénégal et porter leur choix sur Kaolack, deux ans après la naissance de Sud FM Dakar, la station mère.
Situés en plein centre ville, les locaux qui avaient été retenus pour abriter la radio étaient spacieux, les responsables avaient trouvé ce qu’il y avait de mieux. Il fallait faire des modifications, installer les studios. Tâche à laquelle je me suis attelée avec de plus en plus d’engagement et de plaisir, il fallait préparer le baptême royal pour le bébé. Et le 03 août 1996, un après midi où le Bon DIEU nous a gratifiés d’une fine pluie, la cérémonie officielle de lancement de la 1ère Radio régionale privée du Sénégal a lieu. La présence de Serigne Nazir Niasse de Médina Baye psalmodiant quelques versets de Coran, la venue du gouverneur de la région Bocar Diallo, (que la terre leur soit légère), celle du représentant de l’Archevêque de Kaolack, le déplacement à Kaolack des responsables du Groupe Sud, et des populations venues des quatre coins de la région naturelle du Sine Saloum nous confirmaient l’ampleur de la tâche qui nous attendait.
Les encouragements de toute l’équipe venue spécialement de Dakar : Abdoulaye Sakou Faye, Vieux Aidara, Awa Diagne, Aïssatou Fall, Pascal Faye, Max Sohaï, Maguette Guèye, Fatou Diop m’avaient mise en confiance. Michel Diouf était resté à Dakar et coordonnait les premiers directs Kaolack- Dakar. La belle aventure commençait.
Tous les matins, en disant à nos nombreux auditeurs « Vous écoutez Sen Radio Centre, depuis le 282 de la rue de France à Kaolack, sur les 94.6, nous vous souhaitons de passer une excellente journée en compagnie de votre radio », nous avions conscience de ce qui nous attendait : répondre aux attentes des populations. Nos reportages nous amenaient dans les coins les plus reculés de la région naturelle du Sine-Saloum où nous étions toujours accueilli à bras ouverts, les populations avaient envie d’être entendues, leurs messages remontés à qui de droit.
Les problèmes d’insalubrité, d’infrastructures sanitaires et routières, ou encore liés aux campagnes agricoles dans ce cœur du bassin agricole, rien n’était laissé en rade. Et puis il y a des instants qui vous marquent sur le chemin d’un reportage: c’est le cas de cette femme que nous avons rencontrée, couchée sur une charrette en route vers un centre de santé d’une autre localité pour donner naissance et qui meurt avant destination. Il y a aussi des instants où nous avons contribué à faire bouger les choses, comme ce jour où il y avait pénurie de sang à l’hôpital régional El Hadji Ibrahima Niasse. Des dizaines d’enfants couchés par deux sur de petits lits, souffraient de neuro-palu selon le corps médical et avaient un besoin urgent d’être transfusés pour être sauvés.
En les quittant après avoir été saisie par le Directeur de l’hôpital, j’interrompis alors le programme en cours à l’antenne pour lancer un appel pathétique aux populations pour un don de sang. Un appel entendu. Le lendemain, le directeur me confirma que tous les enfants avaient été transfusés et que l’hôpital disposait même d’une réserve. Et puis il ya des gestes qui vous touchent : un vieux paysan venu nous voir à l’occasion d’une des célébrations de l’anniversaire de Sud Kaolack avec un sachet contenant des graines d’arachide et un coq à la main, il tenait absolument à contribuer ma t-il dit, à la fête. Et y a aussi, ces moments magnifiques où j’étais chaque mercredi en communion avec les enfants à travers leur émission « Antenne aux Enfants » avec leur spontanéité qui vous touche le corps. Et puis… je pourrais en citer tant d’autres encore, à travers mon Sud Fm Kaolack à moi, et ce n’est pas un hasard si neuf ans après avoir quitté Kaolack, quand je me présente quelque part dans le cadre de mes activités professionnelles d’entendre souvent « ce n’est pas Aminata Mbodj de Sud FM Kaolack ». C’est cela aussi appartenir à une famille.
|
| |
|
|
|