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SOCIETE : INCENDIE A LA MEDINA
9 morts et un brulé grave dans un incendie à la Médina
Jean-Gervais NDJIMBI-NDONG | 05/03/2013 | 01H25 GMT
 
9 morts et un blessé grave, c'est le lourd bilan enregistré à la suite d'un incendie, dans la nuit de dimanche à lundi, au quartier de la Médina.  8 talibés  et une fillette d'une dizaine d'années ont péri dans les flammes qui ont consumé leurs lieux d'habitations.
 
 
De nombreux Sénégalais ont eu droit, en la matinée d’hier, lundi 4 mars, à une vision cauchemardesque, à la rue 6, X9, en plein quartier de la Médina. Un incendie d’une rare violence a  tout ravagé sur son passage. Bilan : 9 morts et un brûlé grave. Tous des enfants. Leur âge varie entre 5 et 12 ans. Ils ont été retrouvés calcinés dans les décombres. Sept (7) talibés d’un Daara de fortune, un garçonnet et une fillette d’une maison voisine on perdu la vie dans cette sinistre nuit de dimanche à lundi 4 mars 2013. Un incendie qui n’a rien épargné, semant la désolation et la tristesse, vient d’endeuiller plusieurs familles.

Hier lundi, au petit matin, ce sont des policiers, des Sapeurs pompiers et des agents de la municipalité  de la Médina, que nous avons trouvé à pied d’œuvre dans les décombres de ce qui fut jadis, des maisons d’habitations. Il a fallu serpenter entre les maisons et les immeubles, emprunter des couloirs d’à peine 1 mètre de large, pour déboucher enfin sur un terrain vague de près de vingt mètres carrés, jonché de débris calcinés,  de quelque gravats et de murs inachevés brûlés. Seules des latrines qui faisaient autrefois face aux baraques, ont pu résister aux flammes. Des femmes, en habits de fortune, d’anciennes locataires, certaines avec des enfants à bas âge sous le bras, fouillent les décombres noircis, pour tenter de récupérer quelques affaires. D’autres, assises sur ce qui reste des fondations, le regard perdu dans le vide, semblent être encore sous le choc. Tout comme les neufs enfants, casseroles, assiettes, réfrigérateurs et autres ustensiles, n’ont pas été épargnés par le feu ravageur.  Awa Sow,  l’une des sinistrés, les cheveux épars, vêtu d’un pullover et d’un pagne noircis par la fumée,  des cuillères calcinées dans la main, raconte ce qui a été pour eux, une nuit d’enfer. 

«Ma sœur Mame Diarra crier mon nom et me demander de sortir. En sortant j’ai vu la chambre en feu. Des explosions s’en sont suivies, et nous avons commencé à sortir les talibés de là. Nous avons pris de l’eau dans le puits des voisins pour essayer d’éteindre les flammes. J’ai assisté à la mort de la petite fille, mama c’est son nom et d’un des talibés.  C’est vers 23h que le maître coranique a pris congé d’eux comme d’habitude d’ailleurs. Quand ils sont revenus il était trop tard. Même les pompiers n’ont pas pu arriver à temps à cause de la difficulté d’accès au terrain».

Abdoulaye Diène, l’un des nombreux habitants qui ont tenté de sauver des  vies et tout ce qu’ils avaient de plus précieux raconte.

«Hier soir, vers 22h, une de nos voisines qui avait allumée sa lampe, est allée à la boutique en laissant ses deux enfants endormis dans sa chambre. Elle dit avoir éteint sa bougie en sortant. Mais, à son retour, elle a trouvé que sa chambre était en feu. La rapidité des flammes ne nous a pas permis de sauver nos affaires. Nous avons tout tenté sans rein pouvoir sauver. La fumée et la chaleur nous ont beaucoup gênés. La porte  du daara, une porte de 90 cm, était trop étroite pour faire sortir près de 70 personnes, en plus des enfants de bas âge, ça n’a pas pu su faire. D’autres étaient endormis. Sans compter des locataires. En plus des bouteilles de gaz et des fils d’électricité ! Nous avons tout tenté mais cela n’as pas pu se faire.»

«Il y a eu tout dix victimes, neuf corps sans vie et un brûlé grave évacué à l’hôpital principal.  Des victimes dont la moyenne d’âge est de dix ans. Nous ne pouvons que parler de dégâts importants dans la mesure où nous avons enregistré des pertes en vies humaines ». C’est vrai que ça été difficile, mais les Sapeurs pompiers, «  malgré les difficultés que nous avons rencontrées pour avoir accès au lieu du sinistre ont quand même pu manœuvrer», explique le capitaine Mamadou Bâ.

L’origine du feu selon des autorités compétentes demeure encore inconnu jusque là. Déclaré à 23h 26, c’est finalement aux alentours de 3h du matin que les dernières flammes ont pu être maîtrisées, mais hélas, il n’y avait plus rien à sauver.
Des délégations des membres du gouvernement, du parlement, de la municipalité de Dakar, de la société civile, de la sécurité civile ; des hommes politiques et des associations, se sont relayés à tour de rôle, durant plusieurs heures sur les lieux du drame.

Les victimes et les rescapés de ce drame, près 80 âmes, vivaient dans la promiscuité, entassée dans un taudis caché par trois grands immeubles. Le plus grand nombre de victimes, des talibés, faisaient partie d’une école coranique et d'autres familles, tous des locataires. 15.000 francs CFA par mois, était le loyer de ces boxes qui faisaient office de chambres et de Daara. Un énième drame qui vient encore une fois attirer l’attention des pouvoirs publics sur la sécurité des biens et des personnes.
 

 

REACTIONS....

 
Macky Sall PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

«Des mesures très sévères seront prises»

« C’est avec beaucoup de regret, beaucoup de douleur,  que je constate ce désastre qui s’est passé ici dans des conditions qu’on imagine atroces où des enfants ont péri dans des flammes sans assistance. Ils ont payé de leurs vies après avoir été livrés à la rue. Cette situation d‘enclavement, les conditions dans lesquelles  autant d’enfants et de familles vivaient dans cet espace  montrent que des mesures urgentes doivent être prises pour sécuriser les populations.  Surtout des mesures très fortes seront prises pour mettre un terme à l’exploitation des enfants, sous prétexte qu’ils sont des talibés. Ce drame va nous obliger à intervenir et  à identifier partout où des sites comme celui-ci existent. Qu’ils soient fermés et que les enfants soient récupérés, remis soit à leurs parents pour ceux qui auront la possibilité de les garder, soit l’Etat lui-même les gardera. Pour ceux venus de la sous région nous prendrons également des mesures. Au besoin en accord avec les autorités de ces pays pour les retourner dans leurs pays respectifs. Nous ne sommes pas contre la charité, mais contre la mendicité des enfants.  Des mesures très sévères seront prises à l’endroit de tous ceux qui, au nom de l’Islam, continuent à organiser ces conditions de vie qui ont entrainé la mort de plusieurs enfants  comme on vient de le vivre. En outre, il faudra appuyer les établissements qui sont à mesure de recevoir ces enfants».
 
ABDOU LATIF COULIBALY PORTE PAROLE DU GOUVERNEMENT

«Les 41 rescapés de l’incendie sont totalement pris en charge»

 «Des enquêtes diligentes seront conduites pour voir quelles sont les causes de ce drame, mais également pour situer les responsabilités. L'Etat prendra toutes les mesures nécessaires, la Police judicaire est à pied d'œuvre en ce moment. Elle fait son travail. De même, l'autorité administrative a commis une enquête sociale. L'incident s'est passé hier nuit, donc il faut encore du temps avant de rendre public le résultat de toutes ces enquêtes. La Police, la Gendarmerie, tout le monde se mobilise, et tout le nécessaire sera fait. Pour l’heure, les enfants sont totalement pris en charge. Les 41 rescapés de l’incendie sont totalement pris en charge par le Gouvernement. Ils sont dans de très bonnes conditions, si l'on peut parler de bonnes conditions dans des circonstances pareilles. La Direction de la protection civile et la délégation nationale à la solidarité s’affairent pour que toutes les conditions soient réunies afin que ces rescapés puissent passer le cap du traumatisme psychologique dans lequel ils sont».
 
KHALIFA SALL MAIRE DE DAKAR

“Tous responsables”

«Nous vivons un vrai drame…Mais ce drame nous interpelle tous, populations locales, autorités locales, autorités nationales, quant à l’établissement humain dans la ville de Dakar. Aujourd’hui l’établissement humain à  Dakar est inadéquat, il est non pertinent. Et nous sommes obligés d’agir tous ensemble, populations, autorités. Et je crois que si ce drame là nous permettait de voir un peu comment l’habitat et l’établissement humain à Dakar sont faits, ce sera déjà une grande avancée. Vous avez vu un peu la Médina était le quartier le mieux loti de Dakar. Comment pouvez-vous penser qu’à la Médina on ait une ruelle comme-ça où les sapeurs pompiers n’ont même pas les moyens d’accès parce que chacun a construit sur la rue ? Donc, il n’y a plus de rue. C’est des situations comme celle-ci qu’il faut voir et montrer en exemple de ce qu’il ne faut pas faire».
 
 
Eva Marie Coll Seckminsitre de la Santé

«Ça choque et ça fait mal»

«En tant que mère de famille, entendre parler d’un nombre important d’enfants que l’on retrouve morts, brulés et qui ne sont presque pas identifiables, ça choque et ça fait mal. En tant que ministre de la Santé et de l’Action Sociale, nous avons été impliqués depuis le début aux cotés des sapeurs pompiers. Le service social du ministère a été à leur coté et nous avons essayé d’appuyer toutes les familles alentour et voir ce qui pouvait être fait. Voilà, c’est une situation que nous suivons depuis ce matin très tôt. Donc nous ne faisons que déplorer cette situation et nous pensons que cela interpelle tout le monde, que ce soit les autorités, les populations elles-mêmes, les personnes qui s’occupent des talibés. Il y a beaucoup de choses à faire.»
 
IMAM MBAYE NIANG

«On ne peut pas enseigner le coran dans ces conditions»

«C’est très étroit et les conditions dans lesquelles vivent ces enfants, il faut le reconnaitre, on ne peut pas dire inhumaines, mais extrêmement difficiles. On ne peut pas enseigner le coran dans ces conditions. Vous avez vu le nombre de morts, c’est extrêmement important, c’est déplorable. Ce qui nous fait dire que l’Etat doit faire un effort pour assainir  les «dahras», permettre aux Sénégalais  qui veulent envoyer leurs enfants  aux dahras de pouvoir le faire  en sécurité et d’éradiquer complètement la mendicité  des enfants. Vous ne pouvez pas vous promener à Dakar sans voir les enfants de 3, 4, voire 6 ans, la nuit, le matin, dans des conditions inhumaines entrain de manger. Je crois qu’il faut mettre fin à tout cela. Donc nous déplorons cela et il faut prendre des dispositions pour leur venir en aide».
 
 
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