| |
|
|
| Amour-propre professionnel |
|
| Chérif Elvalide Sèye |
20/05/2011 | 07H17 GMT |
|
|
|
|
|
| Mon engagement dans Sud a assouvi ma faim professionnelle. |
| |
L’histoire de Sud Communication, est à mon sens, aussi l’histoire de vocations, de passions journalistiques, à côté, bien entendu des motivations idéologiques. Dans le Sénégal de cette époque, la grande majorité des étudiants et même des élèves sont engagés politiquement. Les cohortes de journalistes sortis du Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), de plus en plus nombreux à être recrutés à partir des années 70 par le seul quotidien pour ne pas dire le seul journal véritablement professionnel du pays Le Soleil, n’y échappaient pas. Certains d’entre eux étaient militants plus ou moins clandestins des partis de gauche, d’autres avaient payé leur engagement militant de quelques arrestations.
Poursuivre le combat idéologique pour les idées de gauche, rompre le monolithisme de l’information s’inscrivait donc naturellement dans le projet SudCom. D’autres témoignages des « premiers combattants » l’ont expliqué. Pour ma part, je voudrais évoquer l’autre motivation, professionnelle, celle-là.
La plupart des membres fondateurs, étaient devenus journalistes par vocation. Le CESTI, nouvelle filière pour embrasser le métier était très sélectif. C’étaient des centaines et bientôt des milliers d’élèves de terminale et d’étudiants qui passaient le concours et c’étaient les dix meilleurs, parfois un peu moins, qui y réussissaient. La formation, ensuite, était très bonne.
La direction de l’établissement était assurée par le Canada, pays nord-américain, de tradition anglo-saxonne en matière d’information. Rigoureuse donc, séparant nettement faits et commentaires. Qui plus est, le Canada envoyait de grands professionnels, des vedettes même, à la réputation bien établie dans leur pays.
Le semestre passé à l’Institut français de presse, le trimestre à l’université de Montréal, le séjour new-yorkais finissaient de forger une exigence journalistique, que jamais Le Soleil ne put combler bien que Bara Diouf, qui dirigeait le journal à l’époque eut l’intelligence de ne pas exiger de ces journalistes d’articles contre leurs convictions politiques. Ils ne l’auraient sans doute pas du reste, accepté. Pour faire ce boulot, le pouvoir avait trouvé sa solution : envoyer des militants socialistes en formation accélérée en France pour devenir journalistes et intégrer les rédactions du Soleil et de la Radiotélévision nationale.
La frustration n’en était pas moins réelle pour ces amoureux du journalisme, bridés à certains égards. Leur réponse, fut SUD. Temps d’exaltation. Les week ends, quand d’autres vaquaient à leurs loisirs et autres civilités sénégalaises, nous nous retrouvions pour donner vie à notre vocation. Il ne fallait pas donner que son temps. Il fallait aussi se cotiser. A chacun, selon ses moyens. Certains offrient leur machine à taper prise à crédit au Soleil. D’autres purent réunir cent mille francs CFA, d’un coup, ce qui leur valu d’être traité de grande puissance par Moussa Paye, jamais à court d’une remarque bien à propos.
Une question, reste, à cet égard, sans réponse pour moi. Pourquoi cet amour-propre professionnel qui explique l’engagement de journalistes du Soleil, de l’Agence de presse sénégalaise, du ministère de l’information, n’a pas touché à l’époque nos confrères de la Radiotélévision ?
Sud Magazine assouvissait la faim de ceux qui se voulaient journalistes. Mais dès que la périodicité trimestrielle devint mensuelle, le temps pris sur les loisirs s’avéra insuffisant. Les uns après les autres, en fonction des péripéties professionnelles, durent quitter leurs emplois, pour se consacrer à temps plein à l’aventure, sans aucune garantie de revenu.
Pour ma part, j’avais rejoint dès le début de l’aventure, Ouagadougou et le Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel. Ma soif de journalisme demeurait bien entendu car la direction d’un service de communication d’une institution interétatique n’a rien à voir avec le journalisme. Je me rattrapais pendant mes congés. Je venais toujours les passer à Dakar et travaillais à la rédaction comme tous les autres journalistes. Le lancement de Sud Fm fut l’occasion pour moi, bien après les autres, de rejoindre ce bateau qui continuait à avoir besoin de nouveaux bras pour rester à flot.
25 ans après, malgré de forts tangages, le navire est toujours là. Insubmersible.
|
| |
|
|
|