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Au cœur de tous les combats, Sud reste Sud
Albert BOURGI | 23/05/2011 | 06H38 GMT
 
Lorsque Babacar TOURE a souhaité que je m’exprime à l’occasion de la célébration du vingt cinquième anniversaire de la création du Groupe de Communication Sud, demande à laquelle j’ai immédiatement souscrit, je n’imaginais pas à quel point mon itinéraire politique personnel, au cours des vingt cinq dernières années, avait croisé l’histoire de Sud. En prenant la plume pour évoquer cette dernière qui au départ s’apparentait à un défi quasi insurmontable, je ne peux m’empêcher de voir défiler dans ma tête certaines des séquences fortes d’une tranche de la vie politique sénégalaise et africaine passionnante à laquelle je me suis intéressé  de prés et  dans laquelle Sud a pris toute sa part.
 
Il y a tout d’abord, et c’est incontestable, l’accompagnement d’une vie politique sénégalaise très agitée, dans une période où l’expérience pluraliste en cours, plutôt singulière dans un environnement régional voué au totalitarisme du régime de parti unique, a été sévèrement mise à l’épreuve. Au bout du compte, et l’alternance de 2000 en a témoigné, la maturité politique des Sénégalais en est sortie grandie, et cela indépendamment des turpitudes politiques générées ultérieurement par le pouvoir sorti des urnes.


Durant les années de braises (1988-1993), de vive contestation politique interne (1993-2000),  d’espoir dans l’alternance de 2000, ou encore de désenchantement profond qui s’en est suivi, Sud n’a, à mes yeux, jamais failli à l’ambition que Babacar Touré, entouré de ses confrères de l’époque, de certains de ses amis dont j’ai toujours été honoré de faire partie, a toujours fixée, aussi bien au quotidien qu’à à son complément naturel, la radio. Il s’agissait en 1985, comme par la suite de faire un journal écrit comme parlé qui réponde à tous les canons d’une presse indépendante se forgeant sur les valeurs et principes de liberté, notamment de la presse et ancrée dans un contexte pluraliste. Vingt cinq ans après sa création et malgré de multiples vicissitudes, dont certaines affectent aujourd’hui le tirage du quotidien, Sud reste Sud. C’est-à-dire une publication vouée certes à la transparence de l’information, mais aussi à des analyses prenant en compte des lectures politiques sans lesquelles le lecteur ou l’auditeur serait incapable de saisir la portée des événements.


Aujourd’hui comme hier je dois tout simplement avouer que je me reconnais toujours dans la ligne éditoriale de Sud.esquissée à l’origine Même si parfois je ressens quelques divergences sur la tonalité de tel ou tel « papier », ce qui est dans l’ordre des choses,  en revanche, je retrouve toujours l’exigence d’honnêteté et de rigueur qui a toujours caractérisé le contenu du journal. Ce constat est d’autant plus rassurant que le quotidien, avec des moyens aujourd’hui plus limités, mais pas pour longtemps, j’en suis convaincu, doit faire avec la concurrence d’une presse plus professionnelle  qui compte en son sein de plus en plus d’organes de qualité.


Compagnon de route de Sud depuis toujours je le suis bien évidemment ; nostalgique, je le suis aussi de l’époque des éditoriaux plus fréquents de Babacar Touré, et des analyses de grandes « plumes » dont certaines exercent aujourd’hui leur talent dans d’autres quotidiens Mais je demeure aussi convaincu que l’éthique et le partage de convictions fortes  qui ont présidé à la création de Sud, sont toujours présents, et que le rôle de conscience politique longtemps joué parle quotidien reste prégnant dans l’actuelle ligne éditoriale, ce qui en soi constitue un gage de pérennité pour un journal.

L’autre dimension qui a toujours singularisé Sud, c’est son ouverture à l’ensemble de l’Afrique. Ce trait n’est certainement pas étranger à la personnalité de son fondateur, et à son rayonnement sur le Continent. Sans donner prise à l’accusation de complaisance à l’égard  de Babacar Touré, il n’est pas exagéré de dire que celui qui a porté Sud sur les fonds baptismaux, a été de toutes les batailles pour la promotion et la défense de la liberté de la presse en Afrique, multipliant dans ce sens ses interventions dans nombre de colloques et séminaires tenus dans les capitales africaines ou à Paris. En s’ouvrant à l’Afrique et à ses causes, Sud a profondément marqué les lecteurs africains, en général. Qui n’a en mémoire les nombreux « papiers » qui ont accompagné les mouvements de contestation qui ont ébranlé les régimes de parti unique et ont surtout libéré la parole ? A cet égard, et parmi d’autres exemples, Sud a été omniprésent lors de la révolution populaire qui a emporté, en 1991, Moussa Traoré au Mali et fait souffler « le vent de la liberté dans le pays, d’un Modibo Keita ou d’un Mamadou Konaté, deux figures historiques de la lutte contre la domination coloniale en Afrique de l’Ouest.

Comment ne pas évoquer aussi la place prépondérante que Sud a occupée dans la bataille pour la libération d’Alpha Condé en Guinée pendant les deux ans et demi de son incarcération dans les geôles de Lansana Conté, celui qui est devenu depuis Président de la République guinéenne, a bénéficié d’une couverture sans pareille, dans Sud dont le directeur avait chargé l’un de ses rédacteurs de suivre en permanence le dossier Alpha Condé.

L’ouverture à l’Afrique s’inscrit dans le prolongement de l’intérêt porté aux questions internationales. Il suffit simplement  de rappeler la promptitude avec laquelle  réagit la rédaction de Sud FM aux grands événements, et les analyses pointues de géopolitique mondiale paraissant dans le quotidien. C’est précisément cette ambition africaine que le « patron » de Sud a voulu réaliser en lançant à Paris une chaine de télévision (LCA), entre 1999 et 2001, destinée à livrer une « autre information »sur le Continent. Ce fut un pari risqué que Babacar Touré, le connaissant, ne s’est jamais décidé à enterrer définitivement.

Arrivé au terme de ce témoignage, j’ai pleinement conscience, et je l’assume, de l’emphase de certains de mes propos. Pouvait-il en être autrement pour qui connait mes liens d’amitié ancienne, mais surtout, la complicité intellectuelle qui m’unit à Babacar Touré. D’aucuns verront sans doute un parti pris dans mes commentaires : là aussi j’assume, tout en soutenant l’idée qu’une bonne presse, et Sud en est un exemple probant, ne meurt jamais. A bien des égards, la démocratie peut se ramener aux urnes et aux kiosques à journaux, et c’est là qu’à mes yeux réside la marque de fabrique de Sud.
 
 
Pour l’Afrique (paru dans le 1er numéro de Sud Magazine- Mars 1986)
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