A la Une | Editorial | Analyses | Chronique | Dossiers | 100% Sud | Mon Sud a moi | Journal des internautes
 

 
 
 
 
CONTRE-COURANT - Par Ibrahima BAKHOUM
Aux mêmes recettes, les mêmes résultats
Ibrahima BAKHOUM | 24/10/2012 | 05H33 GMT
 
« Douze millions de talibés », autant de Thiantacounes, pour une population estimée à quelque 13 millions d’habitants dont au moins 5 pour cent de non musulmans. Le premier chiffre a été brandi par un Administrateur civil, diplômé d’Etat et tout adulé Cheikh dans une communauté mouride pas encore majoritaire au Sénégal.
 
Pas de paradoxe à relever. C’est le délire qui est à son maximum. Chez Cheikh Béthio Thioune, tout est démesure. Dans ses certitudes comme dans la manifestation de son allégeance à Serigne Saliou Mbacké, « guide et inspirateur » dont la seule évocation du nom semble suffire à l’illustre talibé, pour oser s’attaquer à la montagne. Comment espérer alors plus de retenue quand entrent en scène, ceux qui se nourrissent à la source de Béthio et se réclament de sa lumière ?

Voilà toute la problématique Thiantacoune. Conjuguée à une situation sociale peu portée à l’apaisement, le cocktail n’en peut être qu’explosive pour peu que les disciples de la confrérie (ou sous produit mouride ?) voient la main politique dans le traitement du dossier concernant leur « raison de vivre » et possible motif de sacrifier ce qu’ils ont de plus cher.  Béthio Thioune maintenu en détention préventive et balloté entre des prisons, d’une région à une autre pour des arguments (administratifs) battus en brèche par ses conseils (juridiques), il n’en fallait pas davantage pour exaspérer des talibés désormais peu convaincus de la justesse des rigueurs de la Justice. Et Dakar renoua lundi, avec un spectacle du genre qui, il y a quelques mois, était couvert des couleurs nationales et attribué au « Nouveau Type de Sénégalais ». Au nom d’un idéal auquel les acteurs sont attachés ou se réclament, s’ils n’y sont simplement embrigadés, le Sénégal peut toujours remettre entre parenthèse sa réputation de pays de paix.  Quant à la Téranga, elle perd du terrain au rythme des agressions politiciennes et aux fautes de gouvernance qui laissent au peuple le sentiment que hors du parti, c’est vainement qu’on chercherait sa part de la patrie.
 

A l’Ecole du Sopi

Lundi comme des mois auparavant,  des années plus tôt et des décennies encore plus en arrière, la violence s’est invitée dans la rue de la capitale, dans des régions du pays et ailleurs dans la diaspora. Au Sénégal, la violence est politique, (anti)sportive, sociale, civile et se couvre de plus en plus du manteau de la religion. Suivant les capacités des acteurs à mobiliser des médias, les objectifs poursuivis gagnent ou perdent en noblesse.
 
Dans un passé pas très lointain, ce sont les meetings de l’opposition qui se terminaient toujours par la casse, si ce n’est que les échauffourées et autres courses-poursuites entre militants (ou simples badauds) et les forces de l’ordre commençaient avant même l’arrivée des leaders sur les lieux de la manifestation. La leçon était venue d’un certain « Pape du Sopi », invitant les manifestants à ne pas reculer devant les policiers et - au besoin – leur retourner leurs projectiles. Les graines étaient ainsi semées de la défiance de l’autorité.  La question n’est pas de savoir si la cause était ou pas politiquement correcte. Une décennie après les années « Wade maître de la Ruepublique », des comportements tout aussi condamnables en démocratie ont laissé des vies sur le macadam et créé l’encombrement dans les services d’urgences des hôpitaux. On croyait le processus enclenché de luttes politiques apaisées. La première alternance ne le permit pas. Le rêve a été réactualisé depuis le 25 mars dernier, mais il s’est révélé de courte durée avec un réveil subit et cauchemardesque, au contact d’une réalité aux antipodes du sport. Au lendemain des évènements du 13 octobre, au Stade Léopold Sédar Senghor, un observateur très avisé a laissé deux messages sur mon portable. Le premier  en ces termes: « Le mauvais signe ; hier l’aire de jeu, demain la rue. Au secours… la rue reprend du service ». Le second est à venir.

Un technicien du milieu du football atténuait la veille, l’accusation portée contre les supporters à l’occasion de Sénégal-Côte d’ivoire. « La violence est devenue banale dans le sport ». Pour étayer sa thèse, il renvoie à la série noire du navétaan, mais pas seulement.
 
En Ligue professionnelle comme en compétitions de moindre envergure ou dans d’autres disciplines, les riverains des stades et les familles sur le parcours des supports déchainés, font les frais d’un mauvais après-midi de football ou de lutte. Dans un entretien à nos confrères de l’Observateur (édition d’hier mardi), Dr Serigne Mor Mbaye a revisité les sources du mal.  Selon le psychologue, « quand l’Etat fait faillite, quand les jeunes ne croient plus à l’Etat, aux perspectives de construction d’une société démocratique et développée, le sentiment de désespérance les amène vers d’autres cieux ».                         
 

 Fausse piste

Et ils trouvent toujours sur leur chemin, des personnes et organisations suffisamment prêtes pour entretenir leur rêve de mieux. N’allez pas leur parler de ces bonnes intentions qui bordent le chemin de la perte d’humanité.
Dans le même numéro de l’Observateur d’hier, le Président de la Radho appelle « les chefs religieux au plus haut niveau (à) unir leurs voix pour condamner ces violences. Nous n’avons pas besoin de violence au Sénégal où en ce moment la situation est fragile… ». A la même période l’année dernière ce sont des milliers de femmes (des hommes avec elles) vêtus de blanc qui tenaient le même langage, alors que d’autres activistes évoquaient un scénario de « 3000 morts » avant que la communauté internationale ne daigne intervenir pour demander à Abdoulaye Wade de ne pas briguer un autre mandat en 2012.  Ceux qui aujourd’hui demandent le respect de la Justice et des institutions de la République étaient les premiers à contester toute légitimité au Conseil Constitutionnel pourtant seul habilité à valider ou invalider une candidature à une présidentielle.      
                                    
Les responsables des actes de vandalisme qui ont défiguré Dakar lundi surfent sur le registre de « l’infiltration » pour se dédouaner. Personne ne leur accordera cette sortie plutôt trop vite convoquée. Même si ce n’est pas la première fois que des organisateurs de manifestations cherchent à se défausser sur d’autres sources de troubles, dès qu’ils sentent l’opinion les abandonner à leurs turpitudes.

Le second message laissé sur mon portable ne manque pas d’intérêt pour demain. Son auteur, enseignant de profession rappelle : « en 2002, j’avais dit k les jeunes étaient incultes, mal instruits, sans éducation, forts et conscients de leur force. Personne ne m’a entendu. Demandez à Wade en 2012. La rue ! ». L’ex  « maître de la Ruepublique »  venait de (re)découvrir à ses dépens, la force de cette jeunesse que quelqu’un n’hésita pas à qualifier de « malsaine ». Il y a comme un effet boomerang de tout ce qui se dit et se fait en politique dans ce pays. Parce que la donne est constante, que quand les moyens de l’épée sont seuls à permettre l’ascension, le glaive revient toujours, annonciateur de la déchéance.
 
Commentaires (0 )
 
    • Veuillez saisir votre nom
      Invalid format.L'adresse n'est pas valide
      Exceeded maximum number of characters.Veuillez saisir votre message
      Security Code
      Le code n'est pas valide
 
 
LE RAMADAN DE BABA :
LA PANSE DE TONS
HORS JEU PAR Abdoulaye THIAM
AU-DELÀ DU FIFAGATE !
EUX & NOUS - Par Ahmadou FALL
26 mars 2013, et alors ?
EUX & NOUS - Par Amadou Gallo DIOP
UNIVERSITES, SANTE et PERSPECTIVES de DEVELOPPEMENT DURABLE
DECRYPTAGE - Par Bacary Domingo MANE
La forme plutôt que le fond
FLASH-SANTE - Chronique du Pr Amadou Gallo DIOP
Rappel de conseils d'hygiène de vie
EUX & NOUS - Par Amadou FALL
A ces «singes» qui veulent secouer le cocotier !
 
 
 
 
   
 
 
 
Sud Quotidien Amitié II x Bourguiba BP : 4130 DAKAR Tél : (+221) 33 824 33 06 / (+221) 33 824 33 15 Fax : (+221) 33 824 33 22