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Certains signes ne trompent pas : la rupture n'est pas pour demain
01/03/2013 | 00H57 GMT
 
 
Deux ou trois jours avant l’installation officielle du président Macky Sall, un journaliste qui animait une émission radiophonique dont  j’étais l’un des invités, me demandait ce que je pensais du nouveau gouvernement qui allait être formé.  Je lui répondais qu’il était difficile de donner un point de vue sur un gouvernement qui n’était pas encore en place, mais que j’en avais tout au moins une idée, une vision. Il devrait être formé – c’était en tout cas mon souhait ardent –, d’hommes et de femmes qui allient, entre autres qualités, la compétence, l’expérience, l’esprit d’entreprise et la bonne moralité. Et j’ajoutais, pour me faire plus concret, qu’à la place du nouveau président, je ne nommerais sûrement pas Mbaye Ndiaye ministre, mais que je l’enverrais plutôt à l’Assemblée nationale où il avait déjà acquis une certaine expérience. Je ne nommerais pas non plus, à certains postes stratégiques, des hommes ou des femmes qui n’en avaient pas le profil, malgré la proximité que je pouvais avoir avec eux (elles).

Le tout nouveau président de la République officiellement installé nomma son premier gouvernement où figurait en bonne place Mbaye Ndiaye, en qualité de Ministre de l’’Intérieur. Ce gouvernement, ainsi que trois nominations aux postes stratégiques dont j’ai fait état plus haut, furent ma première déception de l’Alternance du 25 mars 2012. Le temps allait me donner rapidement raison. A l’occasion d’un premier réaménagement, Mbaye Ndiaye quittait le gouvernement et devenait (curieusement) Ministre d’Etat auprès du président de la République. A côté des titulaires des trois postes stratégiques, furent nommés plus tard, en qualité d’adjoints, des administrateurs civils de classe exceptionnelle ou qui n’en étaient pas très loin. En vérité, si on ne se souciait que de bonne gouvernance, d’efficacité administrative, les seconds devraient être les titulaires.

Pour revenir à notre ami Mbaye Ndiaye, qui sert de prétexte à cette contribution, il n’avait vraiment pas le profil de l’emploi et en avait rapidement administré la preuve. Aujourd’hui, en plus d’être Ministre d’Etat auprès du président de la République, il est le Directeur des structures et Président de la Commission d’implantation de l’Alliance pour la République (Apr). Il est apparemment bien plus à l’aise dans cette fonction politique – ou politicienne – qui consiste, pour l’essentiel, à massifier l’Apr. Pour s’en convaincre, il faut lire l’interview qu’il a accordée au journal « Le Quotidien », dans son édition du lundi 25 février 2013, pages 8 et 9. Cette interview nous révèle vraiment qui est cet homme que le président Macky Sall avait nommé au poste stratégique de Ministre de l’Intérieur. Son premier souci est de massifier son parti et, pour y arriver, enfourche sans état d’âme le cheval de la détestable transhumance. Sa stratégie, c’est de débaucher des militants d’autres partis et d’organiser des meetings de ralliements. Il ne s’en cache pas et en est même très fier. C’est ainsi qu’il déclare sans gêne ceci : « Nous accueillons avec fierté Malick Guèye et Khouraïchi Thiam. » Accueillir avec fierté Malick Guèye et Khouraïchi Thiam ! Je ne m’appesantirai vraiment pas sur cette déclaration qui anéantit déjà tous les espoirs que l’on pouvait placer dans l’Alternance du 25 mars 2012. Le parcours politique tortueux de ces deux individus est suffisamment connu des Sénégalaises et des Sénégalais.

Le même Mbaye Ndiaye se glorifie que «  plus de 33 anciens députés du Pds dont Abdoulaye Sène ont rejoint l’Apr ». Ces mêmes députés qui ont modifié la Constitution et fixé, à partir de ce moment-là et par voie du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, la durée du mandat du président de cette institution à 1 an au lieu de 5 précédemment, rien que pour se débarrasser de ce dernier, en l’occurrence Macky Sall, qui refusait de démissionner !

L’ancien Ministre de l’Intérieur fait état aussi de son ambition de briguer la Mairie de Dakar, ce qui est son droit le plus absolu. Mais là où le bât blesse, c’est quand il appelle Khalifa Ababacar Sall à rejoindre l’Apr, s’il veut rester Maire de Dakar. Et il lâche cette autre déclaration : « Nous ne pouvons pas être à la tête du pays et laisser un autre parti diriger la capitale. » Est-ce vraiment celui-là qui fut Ministre de l’Intérieur et qui est aujourd’hui Ministre d’Etat ?

D’abord, l’homme semble n’avoir aucun respect pour Khalifa Ababacar Sall. Ce dernier a quand même un parcours et une expérience politiques respectables. Même si, par extraordinaire, il devait rejoindre l’Apr, ce ne serait quand même pas aussi facilement, sur un simple appel d’un Mbaye Ndiaye. Ce dernier va plus loin encore quand il déclare que l’Apr – car, c’est d’elle qu’il s’agit – ne peut pas être à la tête du pays et laisser un autre parti diriger la Capitale. D’abord, ce n’est pas un parti, mais bien une coalition qui dirige la Capitale nationale. Ensuite, que fait-il du droit des électeurs à accorder leur confiance à qui ils veulent ? En outre, oublie-t-il déjà que, des élections locales du 22 mars 2009 au 25 mars 2012, cette même Capitale nationale est dirigée par Khalifa Ababacar Sall, même si l’ancien vieux président politicien lui mettait tous les jours des bâtons dans les roues ? Ne sait-il pas que, dans une grande démocratie comme la France, Jacques Chirac est resté Maire de la ville de Paris pendant tous les deux septennats de François Mitterrand, et que le président Nicolas Sarkozy a « cohabité » avec Bertrand Delanoë de 2007 à 2012 ?

Notre ancien Ministre de l’Intérieur a même un droit de regard sur le parti qui devra prendre le relais de Macky Sall. En tout état de cause, ce ne peut pas être le Parti socialiste. Ce serait un rêve, selon lui. D’abord, ce n’est pas un parti qui prendra le relais de Macky Sall, mais bien un homme ou une femme. Ensuite, M. Ndiaye oublie toujours le peuple, le seul détenteur du pouvoir et qui le confie à qui il veut. L’homme est tellement partisan, tellement obnubilé par l’Apr, qu’il ne parle que de parti, ne sachant pas que la période est dépassée, où un seul parti politique dirigeait le pays ou la Capitale nationale. L’heure est désormais aux coalitions politiques. Mbaye Ndiaye est le seul à ne pas le savoir.

L’homme met aussi en évidence ses limites en matière de connaissance de l’Etat quand il révèle, dans son interview, que le président de la République l’a consulté pour le Conseil économique, social et environnemental, mais qu’il n’était pas intéressé. En d’autres termes, s’il était intéressé, Madame Aminata Tall ne serait peut-être jamais présidente de cette institution. Elle ne serait donc qu’une présidente par défaut ! Que pensera la « dame de fer » de cette révélation ?

L’interview de Mbaye Ndiaye est riche de bien d‘autres surprenantes déclarations et révélations qui attestent que, malgré ses longues années de militantisme politique, il n’a pas les qualités d’un homme d’Etat. C’est un politicien, un politicien médiocre et qui le reste. Sa seule préoccupation est de reconstituer le Pds autour du président Macky Sall. Ce dernier ne doit pas accepter de tomber facilement dans le piège de la détestable transhumance, ni dans les autres pratiques malsaines qui étaient les fondements de la gouvernance des Wade. La massification d’un parti ne devrait pas être un objectif national. Les nombreux meetings de ralliements et de fusion de partis squelettiques dans l’Apr sont loin, très loin de nos préoccupations.

Le 25 mars 2012, nous nous sommes débarrassés du vieux président prédateur et avons porté massivement nos suffrages sur le candidat Macky Sall, qui s’engageait à gouverner autrement le Sénégal, dans la vertu, la sobriété, la transparence et l’efficacité. Nous n’oublions surtout pas son slogan «La Patrie avant le parti». Aujourd’hui, nombre de nos compatriotes commencent à se poser des questions. Ils ne s’attendent certainement pas à ce que tous les problèmes soient réglés tout de suite. Ils souhaiteraient, cependant, une vision claire, des objectifs précis et des débuts de solutions rassurants et, en particulier, une rupture nette d’avec la nauséabonde gouvernance des Wade.

Le président Sall est certainement bien fondé à avoir un œil sur les élections locales de 2014 et à sa réélection en 2017. Pour autant, ses troupes, ni par ailleurs d’autres, ne devraient pas installer le pays dans une campagne électorale prématurée, qui nous éloignerait de l’essentiel de nos préoccupations. Ce que nous attendons de lui et de son gouvernement, c’est qu’ils remettent le pays au travail, prennent à bras le corps les nombreux problèmes qui l’assaillent : dette (intérieure comme extérieure) pesant de plus en plus sur nos maigres finances publiques, faible croissance du Pib, chômage et sous-emploi qui frappent en particulier les jeunes, prix des denrées de première nécessité toujours élevé, distribution de l’énergie électrique encore défaillante,  secteurs pourvoyeurs potentiels d’emplois comme l’agriculture, l’élevage, la pèche, le tourisme, l’artisanat et l’industrie (pour ne citer qu’eux) attendant d’être boostés, crises continuant de perturber sérieusement l’éducation et la santé, etc.

C’est sur ce terrain-là que nous attendions le président Macky Sall, plutôt que sur la massification de son parti par la détestable transhumance. Ce qui fera la différence en 2014 et en 2017, ce ne sera sûrement pas la taille de l’Apr ni, par ailleurs, les pratiques politiciennes et clientélistes qui nous ont empoisonné l’existence pendant douze ans. Le 25 mars 2012, l’ancien vieux président politicien l’a appris à ses dépens, malgré les cinq millions de militants dont se réclamaient ses troupes. L’écrasante majorité des citoyens et des citoyennes qui donnent le pouvoir sont hors des partis politiques. Et ils sont plutôt portés vers une bonne gouvernance, avec des hommes et des femmes de qualité, que vers des activités purement électoralistes.

Mody Niang,
E-mail : modyniang@arc.sn
 
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