A la Une | Editorial | Analyses | Chronique | Dossiers | 100% Sud | Mon Sud a moi | Journal des internautes
 

 
 
 
 
Conséquences de choix politiciens irréfléchis : le front social toujours en ébullition !
02/02/2018 | 16H12 GMT
 
Dans ma précédente contribution (jeudi 25 janvier 2018), j’attirais l’attention du lecteur sur la situation inextricable où nous avait conduits la ‘’générosité’’ insouciante de notre Crésus national. Je lui annonçais également que, dans celle de ce jour, il découvrirait bien d’autres cas d’injustices flagrantes, responsables directes de nombre de frustrations qui expliquent, aujourd’hui comme hier, les vives tensions sociales que nous vivons.
 
Et cette situation est malheureusement partie pour durer longtemps, avec cette ‘’générosité’’ insupportable de l’ancien vieux président-politicien. Elle s’est mesurée, nous nous le rappelons, dans l’augmentation facile de salaires et d’indemnités à des niveaux qui défient tout bon sens. Elle s’est mesurée aussi dans les contrats ‘’juteux’’ au bénéfice de personnes venues souvent de nulle part. Dans un dossier consacré aux « Grands maux de l’Administration sénégalaise » par Sud quotidien du jeudi 30 mars 2002, un administrateur civil confie que, « sous l’ère Diouf, on a eu droit à un maximum de 50 contrats spéciaux dans l’administration ». Deux ans après l’alternance, « les contrats spéciaux sont passés sous l’ère du président Abdoulaye Wade à près de 900 ».
 
Les contractuels bénéficiaient de rémunérations substantielles, sans commune mesure avec ce qui avait cours dans la Fonction publique. Le paradoxe, c’était que « ces contractuels (n’apportaient), le plus souvent, aucune plus value à l’administration ». Les contrats étaient souvent établis sans que cela ne répondît à aucun critère, à aucune cohérence, à aucune utilité. D’anciens fonctionnaires du journal « Sopi » et des calots bleus ont été ainsi purement et simplement versés au « Quotidien de la République », avec des contrats spéciaux fort ‘’intéressants’’. Il n’était pas rare qu’une secrétaire contractuelle perçût un salaire mensuel de 400 à 500 000 francs, pendant qu’un haut fonctionnaire en fin de carrière se contentait de 250 000 francs au plus. Ce qu’il y avait de plus grave dans cette situation, c’est que, poursuivait l’administrateur civil, « les compétences (étaient) étouffées. On (nommait) des gens à des postes névralgiques de l’Etat, à la place de personnes formées pour cela, mais mises sous le boisseau ». Le vieux président ne disait-il pas à l’envi qu’ « il pouvait nommer son chauffeur même ambassadeur » ? Et avec lui, des nominations, nous en avons beaucoup vu, et de toutes les couleurs.
 
Cette iniquité insoutenable allait s’aggravant. Si, deux ans après l’alternance, l’administration libérale en était déjà à 900 contractuels, combien devraient-ils être, au moment où le vieux président-politicien quittait le pouvoir, avec les changements intempestifs de gouvernements et l’inflation de ministres que nous lui connaissions ? Deux mille (2 000) ? Quatre mille (4 000) ? Sept mille (7 000) ? Qui sait ? Les ministres du vieux et insouciant président, dont beaucoup n’avaient pratiquement jamais travaillé, constituaient des cabinets à leur image. Il n’était pas rare que, dans un cabinet ministériel, la majorité des membres fût des contractuels, qui étaient pratiquement analphabètes en matière d’administration. Si on y ajoutait les directeurs de services et de sociétés nationales, les directeurs de diverses agences, de projets et de programmes, on se retrouvait avec un nombre incalculable de bénéficiaires de contrats immérités, sans rapport avec leur profil. La plus grande aberration se rencontrait au niveau des très nombreux «conseillers techniques». Beaucoup d’entre eux, qui étaient au plus de la hiérarchie B – s’ils l’étaient encore  –  (alors qu’ils devaient être de la hiérarchie A ou avoir un diplôme d’enseignement supérieur), seraient nommés à cette fonction dans les différents ministères, à la Primature et à la Présidence de la République. Nombreux d’entre eux  n’avaient jamais travaillé de leur vie dans une administration publique ou privée. Il serait intéressant aujourd’hui de vérifier les longs CV qu’ils avaient en bandoulière, avec des copies de gros diplômes dont on ne voyait jamais les originaux.
 
On était loin, très loin de l’époque du président Senghor qui, au lendemain de chaque formation d’un nouveau gouvernement, adressait de superbes instructions (tant au niveau du fond, de la forme que de la langue) aux nouveaux ministres. Il en était ainsi, pour ne donner que quelques exemples, de :
l’Instruction générale n° 15 P.R. du 1er mars 1968, sur l’organisation du travail gouvernemental ;
l’Instruction n ° 16  P.R. du 1er mars 1968, relative aux cabinets ministériels ;
l’Instruction n° 15 P.M. / JUR du 13 mai 1970, relative à la déconcentration des pouvoirs au sein des départements ministériels (Instruction primatorale).
 
Peut-être, l’opportunité nous sera-t-elle donnée de revenir sur le contenu de ces instructions et de bien d’autres importants documents.
L’administration sénégalaise, du temps des libéraux, était donc infestée de contractuels que nous traînons encore. Ils étaient tellement nombreux qu’on se demandait s’ils devaient jamais quitter la Fonction publique. Ils avaient mille raisons d’y rester, avec la ‘’générosité’’ légendaire du ‘’Fari’’ Wade à leurs profits. La ‘’Une’’ du journal Le Quotidien du 17 mars 2005 confirme cette ‘’générosité’’ en titrant : « Hausse en catimini des contrats spéciaux : l’Alternance engraisse son personnel politique ».
 
Tout est parti d’une lettre n° 1 231 du 10 décembre 2004 adressée à l’ex- Ministre de la Fonction publique, du Travail, de l’Emploi et des Organisations professionnelles, que le Premier Ministre Macky Sall (déjà lui) avait notifié sa décision de relever les niveaux de rémunération des contrats spéciaux. Au terme de cette décision, les directeurs de cabinet, conseillers techniques, chefs de cabinets, chargés de mission à la Présidence de la République recrutés sur la base d’un contrat spécial, percevaient respectivement un salaire mensuel de 500 000, 450 000, 300 000 et 250 000 francs Cfa. Quant aux attachés de cabinet, secrétaires et chauffeurs, ils avaient un salaire mensuel de 200 000 francs. Cette ‘’générosité’’ avait naturellement suscité bien des frustrations chez les fonctionnaires. Sud quotidien fait dire à l’un d’eux, très en colère : « C’est frustrant pour nous de voir des gens du PDS si gracieusement rétribués, alors que beaucoup d’entre eux n’ont travaillé nulle part auparavant ». Un autre s’insurge contre de tels montants octroyés « à des gens sans qualification, sans expérience alors que des fonctionnaires totalisant 20 ans de service ou sortis de l’École nationale d’Administration et de Magistrature (ÉNAM), gardent leur niveau de salaire. »
 
On sent déjà la responsabilité de celui qui sera le digne successeur du vieux président-politicien dans l’ébullition du front social que nous avons vécue et qui se prolonge aujourd’hui. Le lecteur comprendra, avec la prochaine contribution, que sa responsabilité est bien plus lourde encore. Elle le sera davantage dans les douze mois à venir. Un de ces décrets particulièrement ‘’généreux’’ que je passerai en revue plus tard en est déjà un signe patent.
 
Par Mody Niang
 
Commentaires (0 )
 
    • Veuillez saisir votre nom
      Invalid format.L'adresse n'est pas valide
      Exceeded maximum number of characters.Veuillez saisir votre message
      Security Code
      Le code n'est pas valide
 
 
Gonflement inquiétant de la masse salariale et ébullition du front social : le président-politicien veut se dérober
Le digne successeur du vieux président-politicien entretient la flamme qui met en ébullition le front social
La mort de Hamidou Dia !
lu pour vous Mauritanie/Sénégal : Il faut savoir raison garder
UNE CALEBASSE DE NOIX DE COLA POUR LE PRESIDENT MACRON
LE FRONT SOCIAL EN EBULLITION : La solution n’est sûrement pas pour demain
Différend OUAKAM/ MBOUR SUITE A L’ARBITRAGE DU TRIBUNAL DU SORT : La voie de la réconciliation, Solution à envisager ?
 
 
 
 
   
 
 
 
Sud Quotidien Amitié II x Bourguiba BP : 4130 DAKAR Tél : (+221) 33 824 33 06 / (+221) 33 824 33 15 Fax : (+221) 33 824 33 22