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| Construire le passé ou quand le futur se joue au présent. |
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| Mademba Aas NDIAYE |
26/04/2011 | 07H10 GMT |
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| Devrais-je mesurer l’évolution de la pensée Sud sur une période de 25 ans par le passage de «Notre Sud à nous » à « Mon Sud à moi » ? Cette singularisation a provoqué une petite surprise chez moi qui n’avais pas encore pu parfaire mon « Je » professionnel (ou mon « jeu professionnel » d’ailleurs) lorsque, pour une raison plus affective qu’objective, Babacar Touré m’a plongé dans ce « nous » professionnel en construction et qu’allait devenir Sud. |
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Eh oui, je suis membre fondateur de Sud – et je n’en suis pas peu fier ! - même si le poids (au sens propre s’entend !) total des mes articles dans Sud est inversement proportionnel à mes écrits pour d’autres journaux, notamment Wal Fadjri. Je n’ai jamais jugé utile de donner une explication à ce paradoxe. C’est peut-être par pudeur (si je suis prétentieux) ou par indifférence (si je suis réaliste) que personne ne m’a jamais demandé de rendre compte de ce choix consistant à continuer à travailler à Walf plutôt que dans le journal dans le capital initial duquel j’avais mis mes rares billes, soit 100.000 F comme tout le monde. Et encore ce n’est que grâce à une généreuse interprétation de Babacar Touré que la plupart des membres – y compris l’auteur de ces lignes - ont pu s’acquitter du restant de leur cotisation en donnant à leur contribution intellectuelle ou en nature, une valeur vénale largement supérieure à ce qu’elle était en réalité !
En fait, en séparant ma contribution dans le capital (un bien grand mot d’ailleurs pour cette coopérative naissante) de ma pratique professionnelle, j’avais le sentiment de mettre en acte la philosophie Sud collectivement partagée dans le groupe : le pluralisme médiatique comme condition sine qua non pour satisfaire le droit du public à l’information.
En effet, dans mon jeu professionnel, je me disais bien que la passion pour la liberté de la presse ne suffisait pas, même si, sans elle, rien de grand ne s’accomplit, nous enseigne-t-on. Il y a avait comme une exigence intellectuelle de maintenir la flamme que nous avions allumée après que Babacar Toure ait amené et le fagot, et le silex et la méthode pour faire naître la flamme ! Mais, chez moi, cette exigence passait par la multiplication des Sud, des espaces d’écriture de l’information dans une perspective conforme à ce qui nous avions considéré comme les principes universels du journalisme : le respect de la déontologie professionnelle, y compris contre la loi mais en assumant, si nécessaire, toutes les conséquences pénales, « pour l’information juste et vraie » pour reprendre le slogan de Sud.
J’avais l’impression – et je l’ai toujours d’ailleurs – que si la rivalité avec le « wujj »* pousse assurément vers la bassesse, la concurrence avec le « nawle »* pousse vers les sommets de l’éthique ! Là où il y avait, en plus de Babacar Touré, Boubacar Boris Diop que nous admirions déjà alors qu’il était enseignant à Saint-Louis, Ibrahima Bakhoum dont nous avions appris à connaître la rigueur dans d’autres circonstances, Moussa Paye, sans doute le plus fin analyste politique de ce pays (avec Mame Less Camara), le trio Sylla-Gaye-Fall venu du quotidien Le Soleil, et j’en passe, j’avais pris le parti de continuer à m’investir professionnellement dans la « concurrence ». Car le pluralisme meurt de sa belle mort par la concentration dans un seul pôle et comme malheureusement la liberté ne s’auto-entretient pas, au contraire de la misère intellectuelle qui se nourrit d’elle-même, la flamme allumée avait besoin, pour se revivifier sans cesse, de l’oxygène d’un « nawle » ! En somme, pour me soumettre à la tyrannie lexicale du sport en cours aujourd’hui, pour mieux vibrer (tiens, c’était aussi l’époque de Positive vibration de Marley !) l’arène avait besoin que tous les lutteurs ne soient pas dans la même écurie !
Et je suis convaincu (peut-être à tort) que si Walf et Sud n’avaient pas partagé le même moment médiatique, à peu d’années prés, le journalisme sénégalais aurait pris encore beaucoup plus de temps pour se fixer des repères solides sur la façon de traiter l’information. Notamment dans les grands moments où il faut ramer à contre-courant du tsunami pseudo-patriotique pour préserver la liberté, la démocratie et le respect de l’autre (événement 1989 avec la Mauritanie, Mondial de foot, etc.). Il est vrai que des expériences avaient eu cours, quand c’était encore moins évident d’afficher sa soif de liberté sous le parti unique (ou unifié) et la pensée impériale senghorienne. Il y a eu cette Lettre fermée avec ce jovial personnage qui repose à Sébikotane que fut Abdourahmane Cissé ou encore ce sacré Mame Less Dia et Boubacar Diop pour ne citer que ceux-là parmi d’autres promoteurs d’une presse privée qui n’avait pas encore fini de marquer son territoire. Il est vrai aussi que quelques années auparavant, mais sous un régime politique plus démocratique, j’étais aussi, avec le moustachu du Waalo Pathé Mbodje, la talentueux Xun Xunoor, Abdourahmane Camara, M.O.N., T. Kassé, etc., dans l’éphémère mais exaltante aventure de Takussan d’un certain Wade Abdoulaye.
Seulement, à la différence de Takussan journal indépendant propriété privée d’un homme politique visant la conquête du pouvoir, de Wal Fadjri où j’étais d’abord avec une bande de camarades, devenus des amis, de la 10ème promotion du Cesti, (Abdourahmane et Tidiane) au service d’un idéal incarné par un arabisant convaincu qu’une presse ne peut être respectée qu’entre les mains de professionnels, ce qui était remarquable à Sud c’est que finalement nous nous considérions comme une bande de pairs alors que nous n’avions pas du tout la même trajectoire de vie. Au fond, aujourd’hui, c’est sans doute par commodité de langage que nous parlons de Génération Sud mais nos expériences en faisaient plutôt une synthèse de générations avec des gens rompus à la clandestinité politique (je ne cite personne !) et/ou à l’écriture journalistique et des moins jeunes dont les seuls faits de guerre ont été de suivre studieusement leurs études avec quelques rares grèves que dirigeaient toujours les plus brillants élèves de Terminales. Parait que cela a changé maintenant dans les lycées.
C’est déjà long, ce texte que seul mon ami Abdou Latif Coulibaly risque de lire jusqu’à la fin en souvenir peut-être d’une démarche commune chez mon exquis oncle Ibrahima Sow Dembel qui avait sa bénédiction à lui donner pour entériner le choix de celle qui allait devenir la mère de ses enfants ! Eh oui, « Notre Sud à nous », c’est aussi cet « au-delà » de la salle rédaction qui a forgé de solides amitiés.
Lui aussi, Abdou Latif, comme Tidiane Kassé (l’autre qui faisait, comme moi, du Walf-Sud !), pourront témoigner sans doute que pour nous qui n’avions pas de passé d’ancien combattant journalistique avec estampille, Babacar Touré, était moins celui qui a eu l’idée de lancer le concept ou l’auteur d’éditoriaux attendus des lecteurs que le coach poussant chacun à donner le meilleur de ce qu’il avait professionnellement et humainement.
Mais humainement, la seule fois que j’ai regretté la lecture de Sud, c’était à Praia, lorsque Sud, déjà online, m’apprenait le décès de Rokhaya Daba Sarr, sans doute la plus brillante journaliste de la presse sénégalaise, avide de lecture. Elle fut aussi de Sud et si elle était encore de ce monde, son « Sud à moi » aurait été un chef d’œuvre d’écriture. N’est-ce pas Mamadou Oumar Ndiaye ?
Bref, « Notre Sud à nous », je devrais plutôt dire en ce qui me concerne « Notre Sud Magazine », fut un atelier de construction de notre passé. Il fallait, au présent, poser des actes qui, dans le futur, devaient nous permettre – mais en avions-nous vraiment conscience à l’époque ? - de regarder le monde sans baisser les yeux devant ses « nawle » de tout genre. Même une génération après. Alors aux fourneaux jeunes journalistes, à vous de construire, maintenant, votre passé ! Evidemment pas question de réinventer la roue, car les acquis sont là mais pas question aussi de faire du « copier-coller » comme vous le permettent ces nouveaux instruments de travail qui, de matériel de luxe il a y a seulement 25 ans, sont devenus du mobilier de base de salles de rédaction.
Finalement, ce passage de « Notre Sud à nous » d’il y a 25 ans à ce « Mon Sud à moi » est la preuve que le fruit est devenu si appétissant que « les hommes et les femmes de bonne volonté, désireux de scruter l’avenir avec nous, pour les 25 prochaines années et au-delà », comme a écrit Babacar Touré en lançant cette rubrique, peuvent revendiquer d’avoir participé, ne serait-ce que par leurs encouragements ou leurs oppositions, à l’ensemencement ! En toute légitimité. Ainsi ce « nous » d’hier ne nous appartient plus et tant pis pour les nostalgiques du futur !
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* Selon une ex-future journaliste, cousine de Papa Yama Ndiaye, devenue linguiste, « wujj » peut être compris comme concurrence mais au sens négatif et « nawle » comme une personne de même rang social avec qui on fait du « jonggante », saine concurrence. Cela dit, il y a vingt cinq ans, j’aurais absolument refusé de mettre un seul mot wolof dans mon texte !
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