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Cornel West, une pensée rebelle
05/01/2017 | 12H57 GMT
 
C’est un sénégalais, docteur en sociologie, qui entreprend de présenter en France cet étrange philosophe afro-américain Cornel West. 
 
Déjà célèbre là-bas, ici pratiquement inconnu, ce Cornel West.
Mahamadou Lamine Sagna nous aide beaucoup en nous exposant ses idées, en un langage clair et élégant. 
 
Ce Cornel West sur lequel un film fut projeté récemment, lors d’un colloque sur Frantz Fanon, est un personnage fascinant, au verbe chaleureux et convaincant. Cela suffit-il pour expliquer le succès de sa philosophie ? Certes non. Et au départ il semble en effet paradoxal d’ériger le Jazz, le Blues et le Rap en philosophie.
 
Mahamadou Lamine Sagna cependant développe ce cheminement de l’esprit du nouveau philosophe : s’appuyant sur le « prophétisme religieux » exercé naguère avec efficacité par Martin Luther King, Cornel West interroge et creuse le phénomène du Blues (musique et paroles) comme personne ne l’a fait avant lui. Nous nous étions arrêtés à la définition d’un blues comme expression de la souffrance et des épreuves subies par des esclaves noirs déportés en Amérique. Et sans doute n’est-ce que cela, pour qui n’est pas concerné. Mais pour ceux qui le chantent, qui le vivent, le Blues peut être infiniment d’avantage.
 
En se livrant à la plainte, à la remémoration des épreuves du passé, le Noir américain opère « un glissement » vers l’avenir, en affirmant l’amour qui doit rassembler les hommes.
 
Cette profession de foi l’amène à s’opposé au système politique et économique ambiant, celui qui engendre le racisme, la violence et les inégalités. En cela le Blues est, en effet, une pensée rebelle et, dans la pensée comme dans l’histoire, il accompagne la lutte des Noirs pour les droits civiques, qui n’a pas cessé de perturber la vie politique américaine. 
Et si on examine comment le, Blues évolue en Jazz et en Rap, on découvre une exigence de justice qui aboutit au souci de mettre en place « une chaine de solidarité combattante ». 
 
Par ailleurs « l’énergie critique du Blues permet de dénicher la vérité des êtres » écrit encore Cornel West, et « Duke Ellington a proclamé que le Jazz c’est la liberté, et cette liberté traverse tout le monde des exclus.»
 
On perçoit comment, de proche en proche, partant des sentiments de souffrances ancestrales, de compassion et de solidarité, germe une énergie transformatrice, une « résilience », puis une résistance, qui conduit à la recherche d’un mode de vivre ensemble qui ne soit plus basé sur la concurrence et le profit, comme l’est actuellement la société capitaliste ; mais ce mode de vivre ensemble serait fondé sur la liberté pour chacun d’exprimer sa vérité, tout comme le solo de chaque instrument dans l’orchestre de jazz ; métaphore qui reconnait la dignité et la culture des minorités. 
 
C’est en cela que cette philosophie du Blues déborde les problèmes des Noirs. Elle peut récupérer les revendications des indiens ou des « latinos » qui pâtissent eux aussi du système américain. Elle peut également récupérer les revendications plus larges du Rap où une jeunesse planétaire se plaint de ne pas trouver place dans une technocratie mondialisée, sans égard pour les activités non rentables. 
 
Ainsi le Blues et ses dérivés font passer d’un état psychologique à une réflexion : « avoir le Blues c’est constater un état de déprime, et chanter le Blues c’est chercher déjà à le dépasser » résume Lamine Sagna. Mais, on l’a compris, la réflexion de Cornel West qu’analyse longuement ce chercheur sénégalais, est infiniment plus riche. 
Est ainsi mise à jour une sorte de philosophie immanente, à partir d’une situation collective traumatisante, qui a engendré un mode d’expression artistique comportant non seulement une éthique, mais aussi les possibilités de transformer la vision du monde de ses adeptes. 
 
Ici les concepts naissent de l’expérience, du vécu populaire ; en Europe on imagine une philosophie que produite en système par des intellectuels de haut vol (Kant, Sartre, Hegel, etc). Tandis que Cornel West ne fait que dégager la philosophie du Blues, il ne l’invente pas. Très instructif vraiment l’ouvrage de Mahamadou Lamine Sagna !
 
Lilyan Kestelot –
Ifan, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
 
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