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EUX & NOUS - Par Fadel DIA
«DELIT DE SOLIDARITE»
Fadel DIA | 23/08/2017 | 08H48 GMT
 
Un homme vient d’être condamné à quatre mois de prison, avec sursis certes, et à mille euros d’amende, et le crime tout neuf invoqué pour justifier sa peine est un révélateur du délabrement de la fraternité humaine dans le monde d’aujourd’hui. C’est une condamnation en appel, plus sévère encore que le premier verdict, puisque la cour d’appel est revenue sur le jugement qui, dans un premier temps, l’avait relaxé du délit  «d’occupation illicite» d’un bâtiment désaffecté, patrimoine du service  public auquel il est désormais  sommé de verser des dommages et intérêts.
 
Cet homme peut  pourtant se réjouir car il a  échappé au pire puisqu’au tout début de l’affaire  l’avocat général avait requis contre lui une peine de  huit mois de prison …
 
Quelles sont les raisons de l’acharnement judiciaire dont il est l’objet et de quel crime  est il coupable ? Je vous le donne en mille : il a été condamné pour avoir fourni de l’aide à ses semblables, qui, il est vrai, avaient le tort d’être des migrants et de venir du Sud, des demandeurs d’asile fuyant des foyers de guerre  qu’il avait secourus et soignés. Il  voulait échanger avec l’autre, ne pas rester indifférent face  à la misère, il n’arrivait pas à oublier que quelques décennies plus tôt certains de ses compatriotes avaient été condamnés pour avoir eu le tort de recueillir sous leurs toits des femmes et des hommes en danger de mort.   Cet homme qui a subi six garde à vue en l’espace d’un an, n’est pourtant pas un illuminé marginal ni un dangereux anarchiste qui défie les lois. C’est un agriculteur, producteur d’arbres dont le rameau symbolise la paix, un récidiviste certes, mais pacifique et rangé, vivant dans une vallée dont le monde entier ignorait jusqu’à l’existence et sa seule motivation est sa détermination à agir «lorsqu’il y a défaillance de l’état». Ce combat là, il se dit prêt à le poursuivre même en prison ! D’ores et déjà le crime invoqué pour le condamner enrichit le vocabulaire juridique puisqu’il  porte le surprenant et déroutant nom de «délit de solidarité» ! Ce n’est encore qu’un slogan qui n’est pas formellement spécifié, mais il est aussi pernicieux que le délit de sale gueule…
 
Précision utile pour compléter le tableau  et souligner l’incongruité de ce fait divers : il s’est bien déroulé en 2017 et a pour théâtre  un pays qui a inscrit la fraternité dans sa devise nationale et en a fait  un des fondements de sa révolution.
 
C’est peut-être le temps pour nous, hommes et femmes du Sud, habitués à bénéficier de la mansuétude de quelques esprits éclairés et généreux du Nord opulent, de rendre pour une fois la monnaie de la pièce à  ceux d’entre eux qui prennent le risque de nous défendre, de sacrifier leur liberté, leur temps et leurs moyens pour venir en aide aux naufragés de la Méditerranée, aux sans domicile fixe de la «jungle» de Calais, aux résidents privés de leurs droits les plus élémentaires aux Pays-Bas  ou en Hongrie… Le « temps de nous-mêmes » est arrivé et il nous impose de faire entendre notre voix, signifier notre solidarité et, pourquoi pas, offrir notre aide.

D’abord parce que s’il y a bien un domaine où nous pouvons nous autoriser de donner des leçons, d’offrir notre expertise, c’est bien celui  de la solidarité, celui de l’hospitalité à l’endroit de personnes ostracisés par leurs pays, chassés par l’insécurité et le dénuement. On se garde bien au Nord de rappeler que les principaux pays d’accueil des réfugiés et des migrants africains ce sont précisément les pays africains eux-mêmes. L’Ouganda, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, vient de notifier qu’elle a, à ce jour, accueilli un million de réfugiés venus du Soudan du Sud, ce qui rend dérisoire le nombre de ressortissants de ce pays qui hantent le sommeil de la droite française en squattant quelques places de Paris !
 
Mais si nous devons manifester notre  soutien, sous toutes les formes possibles, à Cédric Herrou, car c’est le nom de cet agriculteur rebelle, ainsi qu’à d’autres qui surgissent ça et là en payant de leur personne, c’est que tous ces migrants qu’il a convoyés  et nourris et qui pourraient bientôt le conduire en prison, sont des Africains. D’une certaine manière, même si ce n’est pas son intention car lui le fait par plaisir, en se portant à leur secours il a  tant soit peu, compensé l’erreur commise et jamais reconnue par la «communauté internationale» dont son pays est l’une des grandes voix. C’est elle, constituée d’un quarteron de nations influentes qui, il y a quelques années nous avait assurés que la seule solution pour rétablir la paix au Soudan était de faire ce que, eux, se refusent à accepter sur leurs propres territoires, de scinder le pays en deux, de séparer le nord, défini «arabe et musulman», du sud  stéréotypé «chrétien et animiste», mais surtout riche en pétrole. Le résultat est catastrophique : une nouvelle guerre civile dont l’horreur est inouïe à l’endroit notamment des femmes et des enfants, des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et de déplacés. C’est principalement à ces Soudanais du Sud, qui voulaient fuir la guerre, la famine et la violence en portant leurs pas vers ceux qui ont fait de l’humanitaire leur titre foncier, que Herrou a prêté son  faible bras, quand tout autour de lui on récuse toute responsabilité et qu’on ferme la porte de la charité humaine.
 
Voila pourquoi nos gouvernants, notre opinion et nous tous ne pouvons rester indifférents à son combat, voila pourquoi nous devons être prêts à l’accueillir, si l’envie lui prenait de s’évader de sa vallée, et en tout cas à le soutenir et à l’encourager dans son combat pour que disparaisse à jamais le délit de solidarité !
 
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