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STRATEGIES DE DEFENSE DES DROITS HUMAINS
DES ACTIVISTES AFRICAINS PARTAGENT LEURS EXPERIENCES A DAKAR
Chérif FAYE | 28/04/2016 | 11H08 GMT
 
Près d’une quinzaine de défenseurs des droits de l’homme sont en conclave à Dakar depuis hier, mercredi 27 avril. Ces activistes venus de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest échangent sur le thème «Initiatives portées par les communautés : partager des outils pour accroître les impacts en Afrique de l’Ouest». Cette rencontre est initiée par l’ONG Lumière Synergie pour le développement, en partenariat avec la Fondation OSIWA et le Centre de ressources pour les droits humains et les affaires.
 
Partager des outils pour accroître les impacts des initiatives portées par les communautés en Afrique de l’Ouest, dans le cadre de la lutte pour les droits humains. C’est l’objectif de l’atelier qui a mobilisé depuis hier, mercredi 27 avril, à Dakar plus d’une quinzaine d’activistes de la société civile du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Nigeria, de Sierra Leone, du Niger et du Cameroun, entre autres. Chaque pays a présenté un exemple spécifique de violation des droits humains en rapport avec des projets d’investissement généralement financés par les banques multilatérales de financement comme la Banque mondiale, la Banque Européenne d’investissements, la Banque Africaine de développement et l’Agence Française de développement pour ne citer que ceux-ci. Les expériences partagées laissent toutes entrevoir un laxisme des Etats quant à la sécurité de leurs populations.
 
UN ENGAGEMENT POUR LES COMMUNAUTES
 
En Sierra Léone, Shiaka Musa Sama relate la mainmise de Bolloré sur plusieurs hectares. La lutte engagée par les communautés en 2011 va aboutir à l’arrestation par la police et l’inculpation d’environ 50 personnes pour avoir tout simplement réclamé leurs droits de savoir. «Nous nous sommes rendus compte que le gouvernement qui devait nous soutenir s’est rangé du côté des investisseurs étrangers dont ils défendent les intérêts. Les politiciens ne pensent qu’à s’enrichir. Dès qu’ils sont élus, ils tournent le dos à ceux-là qui ont voté pour eux», a laissé entendre l’activiste Sierra Léonais. 
 
Paul Guy Hyomeni, Coordonnateur national du Réseau Camerounais des organisations des droits de l’homme (RECODH), relate l’affaire d’un barrage hydro électrique qui pollue la vie de 20 000 habitants de 69 villages de l’Est du Cameroun. Construit sur 540 km2 à Lom Panga, ce barrage mis en place par la compagnie «Electricity Development Cooperation» est d’un très grand enjeu. «Après avoir mené une campagne de plaidoyer et produit un rapport pour dénoncer le projet, notre réseau a fait l’objet d’une tentative de corruption. Car on nous a proposés de l’argent pour organiser une conférence de presse dans le but de dire que nous nous sommes trompés sur ce que nous avons dit dans le rapport», explique-t-il. Il révèle que des produits chimiques étaient déversés dans les eaux du fleuve utilisées par les populations pour la boisson et un impact sur le droit à l’éducation des enfants des populations déplacées dans le cadre du projet.
 
DES JEUNES POUSSES VERS BOKO HARAM AU NIGER
 
Ousmane Djibo, vice coordonnateur du Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives du Niger (GREN), étale les problèmes créés par l’exploitation du pétrole dans son pays. Pour lui le pétrole en a rajouté aux problèmes. Il y a plus de chômage et l’environnement est de plus en plus dégradé. «Il n’y a plus d’herbe dans le paysage. Les champs de pâturage sont réduits car il y a des pipelines partout. Ce qui agite beaucoup les populations. Il y a beaucoup de jeunes qui partent au Nigeria pour se faire enrôler par Boko Haram. Et ils reviennent se venger sur leurs parents et les fonctionnaires qui les ont opprimés avant. C’est un grand problème», révèle M. Djibo qui avec un soutien de OSIWA a organisé une caravane pour aller à la rencontre des populations des deux régions concernées par la production et le raffinage du pétrole. Sur le terrain, ils ont constaté que les entreprises ont menti, car ayant déclaré qu’elles avaient construit des écoles. Or, ce sont les conteneurs qui ont servi à transporter leur matériel sur place qu’elles ont aménagés en classes. Les membres du GREN ont croisé sur leur route des serviteurs des lobbies et ont essuyé des intimidations. Ils seront considérés comme des intrus dans leur propre pays car ils se feront encercler et obligés à revenir à Difa. 
 
Prince Chima Williams, directeur des ressources juridiques du mouvement Nigérian des Amis de la terre, a partagé sur les droits des pêcheurs de six régions situées dans le Delta du Niger et qui avaient souffert de la marée noire causée le 21 décembre 2011 par un transfert de pétrole brut par la compagnie Shell. Ce qui avait un impact négatif sur les activités de ces pêcheurs, mais aussi des ressources halieutiques de la plateforme de Bonga où plus de 50 000 pêcheurs et femmes ont été forcés à quitter les lieux et à abandonner leurs activités à cause de la pollution et du risque de contamination des produits utilisés pour récupérer le pétrole brut éparpillé dans les eaux. Un bras de fer juridique était alors engagé contre la compagnie. Malgré une plainte déposée, il n’y a jamais eu de procès contre la compagnie qui bénéficiait d’un soutien quelque part.
 
Selon Gregory Regegon, du Centre de ressources pour les droits humains et les affaires, «au Sénégal comme ailleurs, on privilégie souvent le développement économique sans faire attention aux droits des communautés et aux impacts locaux des entreprises minières, infrastructurelles ou énergétiques, ou des entreprises d’agriculture à grande échelle ». Il estime qu’il y a «des impacts négatifs comme le déplacement des populations, la pollution, l’exclusion d’opportunités économiques qui ne prennent pas en compte la vulnérabilité des populations». Pour Aly Sagne, président de LSD, il s’agit de voir comment les populations peuvent accéder à plus de considération et de réparation par rapport aux préjudices qu’elles subissent partout dans le cadre de ces projets dits de développement.
 
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