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Des empreintes indélébiles
Mamadou Thierno TALLA | 01/06/2011 | 07H55 GMT
 
Un quart de siècle après, que de souvenirs se bousculent dans ma tête, que de moments merveilleux partagés aves des grands au sens plenier du terme. Pour simplifier la relation de cette expérience, j'ai choisi la linéarité.
 
Mars 1986. Jeune inspecteur départemental du Contrôle économique à Velingara, je devore tous les journaux qui me tombent sous la main. Pour chasser l'ennui et se cultiver, pas meilleur endroit que la Sonadis du coin. Dans cette lointaine contrée du Sénégal, les journaux sont les rares produits à être vendus aux mêmes prix qu'à Dakar. Je  découvre avec une joie immense Sud magazine intitulé "Les sentiers de l"intégration".Abdou Diouf, depuis six ans au pouvoir, et trois  ansseulement après une présidentielle de légitimation, conforte son régime sous la toute-puissance de Jean Collin. La lutte contre l'apartheid fait rage.Dès l'entame, l'option panafricaniste de Sud est clairement affichée avec les photos de Kwamé Nkrumah et Cheikh Anta Diop à la une. Boubacar Boris Diop y signe un article qui fera date "Cheikh anta Diop :un contemporain capital". Le savant sénégalais et égyptologue venait de décéder quelques semaines auparavant, le 7 février. La qualité du travail du savant sera au moins reconnue par Abdou Diouf. On parlera d'université, d'institut fondamental d'Afrique noire, d'avenue, le tout portant son illustre nom.

C'était parti pour un pacte de fidélité à Sud, sans que j'aie pu imaginer un seul instant que j'allais intégrer cette grande école de formation, cette école de la vie tout court, sept années plus tard.

 Dans l'intervalle, Sud Magazine allait passer hebdomadaire dans le dernier trimestre de 1987 et paraître sous un format tabloid. Outre l'éditorial de Babacar Touré, je guettais comme beaucoup d'autres jeunes fonctionnaires à sensibilité de gauche tous les jeudis, les signatures de Abdoulaye Ndiaga Sylla, Ibrahima Fall, Alain Agboton, Moussa Paye et de bien d'autres célébrités. Il y eut aussi les grandes interviews de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Moustapha Niasse...Sud avait fini de s'imposer et d'être une référence. Pour beaucoup de fonctionnaires et pour l'intelligentsia.

En février 1993, à la faveur de l'élection présidentielle, Sud passe au quotidien et paraît en quatre pages. C'est pendant cette période que Sud a atteint ses records de tirage:80 000 exemplaires. Un record inégalé au Sénégal et peut-être même dans la sous-région.C'est dire la puissance d'alors de Sud. Il n'y avait
 pas encore l'explosion médiatique d'aujourd'hui avec une vingtaine de quotidiens de tous genres. Outre Le Soleil, on n'enregistrait que la présence des "quatre mousquetaires" : Sud quotidien, Wal fadjri, Le Témoin et Le Cafard libéré.
En juin 1993, alors que le contentieux consécutif aux législatives et à la présidentielle est encore bien réel et que l'assassinat de Me Babacar Sèye est encore frais dans les mémoires, j'intègre Sud. Un simple coup de fil de mon frère aîné Racine TALLA à feu Ibrahima FALL, allait bouleverser ma vie et me faire oublier les cinq ans et demi passés dans la Fonction publique à contrôler les prix et la qualité des produits vendus dans les boutiques et grands magasins. Abdoulaye Ndiaga Sylla, absent pour cause de grand pèlerinage, mon frère me présente à Grand Ibou comme passionné de lecture et d'écriture. Le dimanche 6 juin donc, me voilà devant le rédacteur en chef. Un homme simple habillé en jean et portant de grosses lunettes.

Mon article intitulé "LUTTE CONTRE L'INSECURITE A MOUSDALIPHA: les populations s'organisent" est écrit sur deux pages A 4 non signés. Ibrahima Fall ne retenant que le TALLA demandera à mon oncle Bocar Niang, le prénom, avant d'apposer au bas de la deuxième feuille Alpha. Il conseillait également de ne plus écrire au verso. Ce premier article paru le 7 juin me vaudra bien des ennuis dans mon quartier de Mousdalipha ou Nietty Mbars de la banlieue, certains n'ayant pas apprécié que j'aie parlé de prostitution et de drogue. Des ennuis que je compensais allègrement par le plaisir de voir mon nom figurer aux côtés des plus grands noms de la presse sénégalaise d'alors. Trois jours après ce fameux 7 juin 1993, je signais signer un article intitulé: "Départs volontaires: trois ans après, l'échec". Un article à succès. C'était parti pour une collaboration longue de près de trois années.

"Une journée avec..." que j'assurais chaque semaine fut aussi mémorable surtout avec Abdoulaye Wade, Iba Der Thiam, Abdoulaue Bathily, Amady Thiam, Séga Sakho, l'artiste internationale Ndèye Khady Niang...Quel plaisir ce fut que de travailler avec un Babacar Touré, un homme au grand coeur et qui comme l'a écrit Mamadou Amath, "malgré ses airs farouches a le sens de l'humour"; un Ibrahima Fall aux textes profonds semblables dans le style à ceux de B.T; un Abdoulaye Ndiaga Sylla, la rigueur personnifiée et qui rougissait au stylo votre texte même s'il ne comprenait qu'une phrase; Sidy Gaye qui incitait ceux qui comme moi avaient tendance à flâner; Abdou Latif Coulibaly qui savait gonfler à bloc les jeunes reporters que nous étions; El Hadji Kassé, un bel esprit très apte à créer une bonne atmosphère de travail; l'inusable Ibrahima Bakhoum, très enclin à partager son savoir avec ses cadets; Mame Olla Faye, le très affable cousin sérère, Mamadou Mika Lom, Pape Ndoye, Emile Kaboré le Burkinabé,le Mauritanien Moussa Sidy Bâ, le Togolais Franck Kowouno, Bassirou Sow, Thiémokho Coulibaly,Abdou Fall, Mbaye Kassé...J'en oublie sûrement, tellement bien des gens, et de qualité, sont passés par Sud.

L'autre grand moment vécu au groupe Sud Com à l'immeuble Fahd, c'est le démarrage de la radio Sud Fm, mais aussi et surtout son inauguration par les présidents Abdou Diouf, Maouiya Ould Taya et Alpha Omar Konaré(seul Lansana Conté, pourtant annoncé, faisait faux bond). Ah ! Cette main douce, cotonneuse du Président Diouf.

De grandes voix sont aussi passées par la première radio privée du Sénégal, la pionnière : Reine Marie Faye, Michel Diouf, Abdoulaye Sacko Faye, Jacqueline Fatima Bocoum, Mouhamed Pascal Faye; mais aussi de grands animateurs tels que Aziz Coulibaly, DJ Saf Niang,Siaka,etc. Sud était devenu le groupe de presse numéro 1 du Sénégal à la fin des années 90. C'est pourquoi tous les déboires que ce groupe a connus avec le pouvoir de Wade ont fait mal à tous ceux qui ont fait leurs armes à l'immeuble Fahd et à tous ceux qui sont simplement épris de justice. Il est heureux que le Président Wade ait accepté de restituer à Sud son terrain de la Bourse du travail et de lui permettre de l'aliéner à la mairie de Dakar. Pour que Sud renaisse afin que ses pères fondateurs, mus par de grandes ambitions, en fassent le groupe panafricain dont ils ont rêvé depuis le début de leur belle aventure entamée il y a un quart de siècle.

 
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Pour l’Afrique (paru dans le 1er numéro de Sud Magazine- Mars 1986)
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