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GENERAL LOUIS TAVARES DE SOUZA
«DIOUF RECEVAIT L’ARGENT DES NATIONS UNIES SANS LE REVERSER AUX SOLDATS»
Abdoulaye THIAM et Baye Oumar GUEYE | 06/07/2017 | 10H06 GMT
 
Dans cette dernière partie de l’interview exclusive que le Général Général Louis Tavarès De Souza avait accordée au groupe Sud Communication (Sud Quotidien en Sud FM), en novembre 2014, il était revenu sur ses relations assez heurtées avec l’ancien président de la République Abdou Diouf mais aussi de celles qu’il a eues à entretenir un autre ancien Chef d’Etat du Sénégal, Abdoulaye Wade. L’ancien CEMGA qui est décédé lundi dernier avait confié que «Diouf recevait de l’argent des nations unies sans le reverser aux soldats». Ce dernier rappelle-t-on l’avait accusé dans ses mémoires d’avoir tenté de fomenter un coup d’Etat en 1988 
 
Qu’est-ce que vous reprochez à Abdou Diouf ?
 
Quelque chose m’a beaucoup choqué chez Abdou Diouf. Quand, j’ai été nommé Chef d’Etat major général des armées, j’ai pris le commandement. Mais, j’ai constaté que je n’avais pas le service de renseignement. J’ai demandé à rencontrer ceux qui étaient là avant. Il y avait un (paix à son âme) qui était chef de renseignement, qui m’a dit : «je ne dépends plus de vous. Je rends compte désormais au secrétaire général du gouvernement (Jean Colin, Ndlr)». Je lui dis : «Ah bon et les armées ?». Il me répond : «j’ai reçu l’ordre de ne répondre qu’au secrétaire général du gouvernement qui rend compte au président de la République». Quid du Chef d’état major ? Il me dit : «ça, je ne sais pas». C’est là que j’ai demandé une audience à Diouf en lui posant la question suivante : «comment se fait-il que l’armée n’ait plus de service de renseignements ?» Il me répond : «bof, je l’ai laissé au secrétaire général du gouvernement». Je lui dis : «mais M. le Président, vous avez confié les services de renseignement à votre secrétaire général du gouvernement. Autrement dit, tous les renseignements militaires ce sera avec lui ?» Diouf me dit «oui». Je lui dis, mais vous savez que ce n’est pas normal. Il m e répond à n o u - veau :«c’est ce que je v e u x . C ’ e s t comme ça que je vois les choses». C’est là que je lui dis : «si je  comprends bien, vous n’avez pas confiance en moi ? Mais pourquoi m’a-t-on fait venir du lieu où je travaillais en toute confiance pour me confier l’armée nationale, alors que le chef de l’Etat, chef suprême des armées, n’a pas confiance en moi. Je lui pose la question». Il me dit : «écoutez hein, c’est ma décision. C’est ma décision». C’est là que j’ai compris à qui j’avais affaire. J’ai aussi compris que ce n’était pas lui. Que derrière lui, il y avait Colin. C’est là que j’ai décidé de créer mon service de renseignements. Parce qu’une armée ne fonctionne pas sans services de renseignement. Diouf me dit : «faites, ce que vous voulez, ce n’est pas mon problème». J’ai alors créé mon service de renseignements qui m’a permis de savoir ce que ce français était venu faire au Sénégal. Ce blanc n’était personne d’autre. C’était Colin. C’était son agent. 
 
Les rapports entre le pouvoir et l’armée sont souvent des rapports heurtés, alors que le civil commande le militaire, qu’elle lecture faites-vous de cette situation ?
 
Le civil commande le militaire et les militaires l’acceptent et obéissent au civil. 
 
Jusqu’où peut aller cette subordination ?
 
Tant qu’il y a de l’ordre, la vérité dans les rapports entre civil et militaire, il n’y a pas de danger. N’oubliez pas que l’armée est également le garant de la Nation. Sur tout cela, quel est le plus important. Est-ce que l’obéissance au civil est plus importante que la garantie du militaire à l’égard de la Nation. Tout est là. 
 
On a constaté que de plus en plus, l’Etat en tout cas, sous Diouf ou sous Wade utilisait des Généraux à des postes de responsabilité. Il y a eu les Généraux Lamine Cissé (Intérieur) et Mamadou Niang (Onel sous Diouf et Intérieur sous Wade). Dans les sociétés nationales, on a eu Badara Niang au Port, Oumar Ndiaye à la Lonase. Mais jusque-là, seul Alexandre Diam a brigué en mai 2002, la mairie de Joal, sans succès. Qu’est-ce qui  explique l’absence des militaires dans l’arène politique, d’autant plus que vous votez désormais ?
 
On nous permet de voter. Certes ! Toutefois, celui qui veut se présenter à un poste politique ne doit plus être en activité. Personnellement, je me suis présenté à un poste politique et j’ai été  nommé député.
 
Vous avez été député mais avec un parti modéré. Il s’agissait du Pds Rénovation. 
 
Non ! Je l’ai fait exprès. 
 
Pourquoi ?
 
Parce que je ne voulais pas être avec Diouf. Je ne voulais pas non plus être avec Wade que j’avais rencontré plusieurs fois. Il m’a reçu plusieurs fois chez lui. C’est lui qui me convoquait et il menaçait lui-même de venir à la maison. C’est pour ne pas voir quand même un ancien chef d’Etat qui vient me voir que j’ai accepté de le rejoindre chez lui au Point E. Je l’ai rencontré plusieurs fois. Je ne me cachais pas quand j’allais voir Wade.
 
Mais quels étaient vos rapports avec Wade ? Dans ses Mémoires, Abdou Diouf parle également des rapports un peu troublants entre Abdoulaye Wade et vous même ?
 
Mais ça, c’est Wade. Il est fort. Il savait ce qu’il faisait. Je vous confie quelque chose : une fois,  Wade m’a convoqué chez lui. Il m’a invité à aller assister à un meeting qu’il devait faire aux Allées du centenaire. J’ai refusé. Je lui ai dit que je ne suis pas politique et je ne vais adhérer à aucun parti. Je n’assiste à la réunion d’aucun parti. Il y a un qui était présent, c’est Jean Paul Diaz. Il parle à Jean Paul Diaz qui lui dit : «mais, monsieur le Président, il vous dit la vérité. Avec tout le travail qu’il a fait, laissez-le se reposer. Il faut qu’il prenne le temps de voir la situation avant de prendre sa décision. Pourquoi vous voulez coûte que coûte qu’il vous accompagne à un meeting ?» Wade ne s’est pas arrêté là. Il est teigneux. Il a insisté. Il m’a encore donné des rendez-vous au bureau cette fois. Je suis allé au bureau où il avait tout préparé. Quand je suis arrivé, il y avait une dame qui était la femme d’un ministre aussi qui lui servait de secrétaire. Celle-là m’a retenu. Pourtant, elle n’avait rien à me dire et lui (Wade, Ndlr) devrait être occupé dans son bureau. Elle me dit : c’est le Président mais vous ne bougez pas, il tient absolument à vous rencontrer. Elle s’est mise à me montrer des tas de gentillesse. Je savais qu’elle avait du travail. Je lui ai dit que je préfère me mettre à côté pour vous permettre de faire votre travail. Elle me dit non, vous restez là où vous êtes face à moi et nous discutons. Je lui ai dit : c’est vous qui me convoquiez ou bien c’est le Président. Elle dit non, c’est le Président. Je réponds : «Si c’est lui, pourquoi voulez vous que je sois devant vous pour qu’on discute ?». Ah oui, les secrétaires là, il faut faire très attention avec elles. 
 
Que pensez-vous des hommes politiques que vous avez côtoyés?
 
Ça dépend de la position qu’ils ont. Pour moi, un homme politique a une certaine catégorie pour être un grand homme. Je respecte un homme politique, selon son comportement. Ce que je déteste chez un homme politique, c’est le mensonge. Vous savez, quand j’ai voulu faire la politique, à Ziguinchor, quand je me mettais à dire la vérité devant la foule qui m’écoutait, des camarades me disaient que je ne serais jamais un politicien. Selon eux, on ne dit jamais au  peuple la vérité. Je leur ai dit que parce qu’on n’a jamais dit la vérité au peuple, commençons à dire la vérité, on verra bien leur comportement. Si vous dites la vérité et qu’ils n’obéissent pas et qu’ils constatent un jour en vous obéissant que c’est vous qui aviez raison, ils prendront  l’habitude. Pourquoi veut-on coûte que coûte faire croire aux militants que c’est le mensonge qui prévaut. 
 
Général, au sujet des scandales à répétions dans la gendarmerie, la police. Comment vous les expliquez ? 
 
Les dérives, les scandales dans l’armée, on en parle. Mais dans la police, quels scandales avez vous vu ? 
 
Les scandales de la drogue, ces derniers temps. Sans occulter le brûlot du lieutenant d’Abdoulaye Aziz Ndaw ?
 
Ça, j’avoue que depuis que j’ai quitté l’armée, je ne le suis plus. Mais, quand j’ai appris, ça ne m’a pas étonné. Vous savez, il est arrivé un moment, la gendarmerie dépendait du civil, également une bonne partie des gens de l’armée, de la police. Ce n’était plus vraiment l’armée nationale qui tenait les choses en main. C’était les civils. Le chef d’Etat major de la gendarmerie, que je connais bien, il faut savoir d’où il sort. Comment s’était-t-il retrouvé à la tête de la gendarmerie ? Qui l’y a amené ? Vous voyez toujours quel est celui qui nomme ces gens-là.  Collin n’était plus là. Qui avait remplacé Collin ? Il y avait quelqu’un.
 
En Casamance, voilà plus de 30 ans que dure la rébellion. Pourquoi il n’y a pas encore de solution ?
 
C’est le politique qui sait. A commencer par les premiers chefs d’Etat, j’ai toujours été contre le fait que l’on donne de l’argent et des armes, de quoi acheter des armes à la rébellion ; que l’on donne à la rébellion de quoi se nourrir ; des chars partaient de Dakar bourrés de produits, de ration militaire.
 
Qui donnait de l’argent aux rebelles ?
 
C’est une question que vous voudrez poser aux chefs. C’est les chefs d’Etat qui décidaient. Abdou Diouf évidement le faisait mais avec son  ami Jean Collin. Abdou Diouf ne décidait rien.
 
Mais, Général, comment en est-on arrivé là ? On élit un président de la République au suffrage universel, alors que c’est quelqu’un d’autre qui va commander ?
 
S’il (Abdou Diouf, Ndlr) ne sait rien, il est un pauvre malheureux, s’il a peur même du moindre coup de vent à coté de lui. 
 
Abdou Diouf ne vous a jamais donné de l’argent ?
 
Qui ? Jamais ! Abdou Diouf sur ce plan-là, il a pris quelque chose de bien avec Senghor. Il ne donne jamais de l’argent, même quand il t’envoie en mission. Si tu n’insistes pas, il ne te donne rien parce qu’il pense que tu dois prendre ton argent pour faire la mission au lieu de se contenter de parler. Si tu ne protestes pas, tu ne peux pas remplir la mission. Ça m’est arrivé quand il m’a envoyé en mission, j’étais dans l’armée. Abdou Diouf aime l’argent. Non, il en est même malade quant il s’agit de sous. 
 
En parlant d’argent, Abdou Diouf soutient que vous percevez un double salaire. Un salaire de l’ANAD et un autre de l’armée. Qu’en est-il ?
 
Mais il ne dit pas la vérité. Excusez-moi, c’est le terme qu’il faut dire. Il est arrivé que l’on me convoque, précisément chez Jean Collin, non excusez-moi mais plutôt chez Kountché (Seyni Kountché, militaire nigérien, chef de l’État (président du Conseil militaire suprême) de 1974 à sa mort en 1987). Kountchém’a téléphoné un jour, j’étais en Côte d’Ivoire, en me demandant qu’est-ce que je foutais encore en Côte d’Ivoire. Est-ce que je suis au courant de ce qui se passe ? Il y avait en ce moment cette rébellion-là entre les autorités ivoiriennes et la bande Sankara et Blaise Compaoré. Il me dit : «je demande comment tu n’es pas au courant ?» J’ai répondu «si, mais quand même, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous voulez que j’aille là-bas ? Pourquoi faire ?» «Mais tu devrais y être pour savoir ce qui se passe et que tu suives l’événement », indique-t-il. (Rires) Je dis que ce n’était pas dans mes prérogatives. Mais, si tu m’ordonnes en tant que chef d’Etat, je peux y aller. Je lui fais part qu’il ordonne et je m’en vais pour rencontrer les autorités ivoiriennes et savoir ce qui se passe pour suivre la situation sur place. Comme ça, je pourrais décider s’il faut intervenir, à quel moment intervenir et sous les ordres de qui ? 
 
Réalisé par Abdoulaye THIAM et Baye Oumar GUEYE (Sud FM)
 
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