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| ET LE VENT SOUFFLA DE L’OUEST VERS LE SUD |
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| Abdou FALL |
05/05/2011 | 07H43 GMT |
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| Caire 86. Sénégal/Egypte. Dans l’immense salle de conférence de l’Agence de presse sénégalaise (Aps), sis au 58 boulevard de la République, arriva un barbu tenant un cartable. Il se tenait debout, derrière nous. Je me lève pour je ne sais plus trop quoi. Quand je reviens, le monsieur au cartable avait pris ma place. Devrais-je rester debout ? Non ! On se partage la chaise. C’est pour « seulement » 90 minutes. |
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Le match terminé, le monsieur au cartable parti, Mamadou Amath (Yamatélé), Ibrahima Bakhoum (Ib) Mademba Ndiaye (As) et Saliou Traoré (St) me disent : « Abdou, waadji, c’est le Monsieur de Sud Magazine, c’est lui Babacar Touré. Tu travailles avec lui sans le connaître ». En effet, Sud Magazine venait d’être lancé et mes collègues de L’Aps, Bakhoum et consorts, me demandaient de saisir tous leurs manuscrits qui devaient être publiés dans le nouveau journal, pour disaient-ils, décharger un peu, Ndèye Combaye et Yahi Ndoye, qui étaient, au « siège », Rue de Bayeux,
Plus tard c’est Amadou Moctar Guèye, journaliste à l’Orts, mais avec qui je travaillais pour une revue publiée à Londres (West Africa) qui me dit « Diambar on va aller à la Rue Raffanel pour que je te présente à Babacar. Il y a un énorme boulot là-bas et ton aide sera précieuse ». J’étais d’accord d’y aller, mais seulement après mon heure de travail. En fait de boulot, c’était une série de reportages sur l’après-barrage qui devait être publiée et qu’il fallait saisir. Cheikh Abdoul Khadre Cissokho était ministre de l’Agriculture. Oh ! Il y avait aussi les contributions de Abdel Kader Boye et d’autres encore, qu’il fallait saisir. Le contact établi avec Babacar, j’entrais « officiellement » à Sud, non sans continuer à travailler à l’Aps. Quelques temps après, la navette étant devenue pesante, j’optais pour Sud.
Je me rappelle alors cet après de novembre 1988, où j’ai rencontré Ndiaga Sylla pour la première fois. Habillé d’un boubou « lagos », le regard fixé sur la machine à écrire, il m’invite, sans lever les yeux, à prendre place. Puis, il me lance exactement ceci : « Souma rak toggal. Mbaye (je sus plus tard que c’était Babacar Touré) m’a parlé de toi. Tu seras rémunéré à la tâche. Ouzin Ndiaye, le comptable est informé ». J’acceptais. Le vent commença de souffler de l’Ouest vers le Sud . « Mon Sud à moi » débutait.
Dès le premier jour, Ibrahima Fall, « Petit Chef » m’avertit : « Abdou, moi, je fais de longs papiers et j’écris petit. Arrange toi qu’il ne manque rien quand tu auras fini de saisir ». Ma façon de saisir ? C’est Sidy Gaye qui en était le premier allergique. C’est le premier également à mettre mon papier à la poubelle en me disant : « Abdou, tu as fait un papier d’agence. Ici, nous sommes un hebdo ». Quelle rigueur !
Cette aventure à Sud m’a fait rencontrer un Maître, mon Maître, Tidiane Kassé, qui m’a initié au montage avec le fameux Macintosh de 12 pouces dont il fait allusion dans « [Son] Sud à [lui] ». Au fait Tidiane, te souviens-tu de Mac Write ?
De retour du Canada, Abdou Latif Coulibaly me demande de lui saisir le manuscrit de sa thèse puis me lance : « Tu gagnes combien ici » ? « Seulement ! Je multiple ton salaire par deux, mais fais moi le boulot ». Saphie Ly -mais moi je l’appelle Khardiata - qui nous avait quittés momentanément pour s’occuper de l’Association des radios communautaires au Canada, me dit, quand elle rejoint une nouvelle fois la rédaction : «Abdou tu es toujours là ? Je suis en train de discuter avec Babacar, il me semble que je serais directrice exécutive. Une fois à ce poste, je vais proposer qu’on multiplie ton salaire par deux ». Décidément, ces « Canadiens » me vont bien. Parfaitement même. Merci Docteur ! Merci Khardiata
Je n’avais pas seulement des Canadiens. J’avais aussi Chérif Elvalide Sèye, qui toujours dans l’urgence, venait me dire « Abdou, j’ai quelque chose pour toi » et moi, je répondais « Ok Chérif, mais ce quelque chose doit être accompagné de quelque chose ». En fait, il voulait faire saisir ses textes. Je l’entends encore me dire « Mais Abdou, je viens de Ouagadougou. Je n’ai que des dollars ». « Pas grave, je peux les échanger ». Salut Chérif !
Babacar, te rappelles-tu ce fameux soir où Pape Diouf (ancien Président de l’Olympique de Marseille) promoteur du journal « Le Sportif » est venu te voir dans ton bureau de la rue Mohamed V, inquiet du fait que le numéro 1 de son magazine risquait de ne pas sortir, alors qu’il avait invité pour son lancement des hôtes de marque comme Arsène Wenger, Bernard Lama, Bernard Lacombe, parce ses ordinateurs étaient tombés en panne ? Tu m’appelas pour me dire ceci : « Ecoute Abdou, laisse Sud Hebdo et occupe –toi de Pape ». Commença alors d’interminables allers-retours entre la Rue Mohamed V et le troisième étage de l’Immeuble Maginot en compagnie de Pape Diouf pour aller récupérer les textes du Sportif sur disquette pour faire le montage en compagnie de Tidiane Kassé, Mamadou Diouf, Abdourahmane Camara et autres. Sacré Babs !
Quant à mon compagnonnage avec Mor Fall, il commençait tous les soirs, à 22 heures, au Boulevard du Général de Gaulle, dans un endroit qui porte le nom d’un oiseau. En 1996, la question était la même : « Ah ! Enfin, vous avez fini de boucler le journal ? Est-ce que Sidy va publier mon article ». Quand cela lui plaisait, il disait : « Bon, maintenant on va aller au restaurant de Vieux Savané, j’ai commandé pour vous tous des poulets kankan. Le transport et tous les autres frais seront à ma charge ». Nous voilà embarqués pour Dieuppeul, dans sa fameuse BMW qui tombait en panne à tout moment. Mais au fait Fall S’appelle (comme t’avait surnommé Cheikh Tidiane Gadio) où est cette voiture qui a failli nous casser les reins et dans laquelle on descendait au moins dix fois avant d’arriver à Dieuppeul parce qu’il fallait la faire démarrer à chaque « may leen ma lokho ». Quelle générosité Mor !
A la rédaction, Demba Ndiaye, (« Ndiaye », comme je me plais à l’appeler) disait que je lui donnais des crampes à la tête tous les matins. Mais lui m’en donnait toutes les veilles au soir, après un petit détour à la rue Alfred Goux, chez Na…. , notre première « deuxième rédaction ». Avant de saisir ses papiers, invariablement, je lançais à Ibrahima Fall, ou à Ndiaga Sylla et quelques fois à Latif : « Diangalène kayitou Demba, balla ma door ». Puis, il y avait une deuxième « deuxième » rédaction, tous les mercredis après le bouclage. La bande se posait au Tamango ou au Mayoti, et était « folle » : El Kass, Vieux Savané, Diana Segnhor (Diana où sont les cigarillos ? ), Baba Diop, Racine Talla, Idy Caras Niane, Cheikh Tidiane Gadio, Mor Fall. Je n’ose pas citer quelqu’un qui peut me conduire devant un juge. N’est-ce pas Me Sèye ? « Ndiaye », je te tire mon chapeau !
Malick Rocky Bâ lui, s’était donné pour mission, sans que personne ne le lui demande de me trouver. Et tous les jours, c’était le même dialogue : « Abdou, si le journal ne sort pas demain, ce sera de ta faute. Cela fait au moins trois heures que je te cherche ». « Tu m’as cherché où ? » « Mais en face ! Je te croyais avec les gars!». « Quels gars ? » « Sa gayi khana ! ». Malick, pas la peine de me chercher aujourd’hui, je suis devant ma machine et j’écris très sérieusement « Mon Sud à Moi ». C’est Bocar qui va être heureux !
« Abdou ta formation tu peux la garder, A ce rythme, on commencera jamais. D’ailleurs, on n’en a plus besoin, tu es en retard de deux siècles ». C’est Henriette Niang Kandé qui fait la grève. A la demande de Babacar, je devais les initier, elle et Marie Gaye au logiciel QuarkXpress. Le plan de formation avait été élaboré et accepté par mes deux « stagiaires ». La première journée de travail devait commencer à 8 heures. Je suis arrivé à 15. Sacrée Riette ! Mais au fait, on retourne à quand à Keur Guilaye ?
Quand Casimir se présentait pour l’entretien des Mac SE, et après son diagnostic, Cheikh Alima Touré consentait à ce que j’aille à Côte West. Jamais avant. Ils sont tous pareils ces financiers : JEB (Jean Emile Badiane), Iba Kane Alioune Diouf, André Diouf et Charles Dioh (mon grand Gourmette) ! Je vous salue.
Un jeudi qu’il était passé à l’Aps pour me déposer un exemplaire de Sud,Hebdo, Pape Ndoye me dit : « Rejoins définitivement Sud. Je suis fatigué des va et viens ». Il a fait partie du groupe, avec Leum, Bass et Thiémokho à qui Babacar a dit juste après que Sud a emménagé à l’Immeuble Fahd : « la récréation est terminée ». Pape Ndoye tu pourras facilement décortiquer.
« Mon Sud à Moi » c’est la grande famille au sein de laquelle, pouvait se sentir à l’aise des hommes et des femmes de toutes nationalités. Il y avait les Maliens Aly Coulibaly, Rose Dia, Moussa Diarra, Oumar Khouressy, le Burkinabé Emile Kaboré , les Togolais Franck Kwonu, Angèle Koffi, le Béninois Bonaventure Assoghba, le Tchadien Edmond Bagdé, les Mauritaniens Moussa Sidi Ba, Ibrahima Sarr, le Nigérien Ibrahim Cheikh Diop, l’Ivoirien Diégou Bailly, et l’ami de Sud qu’était Pius Njawé (Camerounais). Sud panafricaniste un jour, panafricaniste toujours !
Sud ce n’était pas seulement cela. Nous avons pratiqué l’enracinement dans l’ouverture en accueillant des étudiants et étudiantes français inscrits en Sciences po, des Hollandaises, et… Richard Ross, stagiaire écossais qui n’a pas encore oublié, j’en suis certain, son premier reportage sur le front social. Ce reportage l’a conduit directement dans un panier à salade de la police, puis au Commissariat Central de Dakar, en compagnie de … Babacar Touré.
Le Docteur Serigne Abdou Bâ, était plein d’attentions à mon égard. Il lui arrivait même de venir me chercher, en voiture, chez moi, à Ouagou Niayes en me promettant un bon repas que son épouse amènerait en personne à la rédaction. Docteur Abdou Ba, avec Baye Assane Diop, Souvasin Diouf, Jean Michel Ndiaye et tant d’autres, ont fait Sud Santé. Pour le cas de Serigne Abdou Bâ, en plus de ses articles à paraître dans le journal, je devais saisir le manuscrit de sa thèse. N’est pas Professeur ?
Mais à propos de repas, ce sont Ndèye Combaye et Maguette Guèye, qui allaient commander au Restaurant Darou Khoudoss le bol de riz que nous partagions tous. Sans distinction.
Babs, voilà comment les 90 minutes du match Sénégal/Egypte ont pris une allure sans mi-temps. On dirait qu’elles sont parties pour durer 99 ans. La durée d’un bail.
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