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| Flagrantes dérives |
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| Henriette Niang Kandé |
27/04/2011 | 07H33 GMT |
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| Il m’est difficile de dire, en peu de mots et en évitant les simplifications extrêmes, ce qu’est pour moi, dix sept ans de Sud, qui fête ses 25 ans. 25 ans. Un face à face avec le réel qui ne va pas jamais sans turbulence, et qui a un nom : la crise du quart de vie. Un groupe de musiciens du nom de Superflu, fredonnait en 1999 : « Regardez-nous. 25 ans. Ce n’est déjà plus tout à fait pareil déjà… ». La mélodie faisait allusion tout en douceur et nostalgie à cet âge charnière. Un trouble passager. Un blues peu évoqué. Ce passage psychologique à la fois difficile et riche de promesses. |
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Oui, 25 ans après, en effet, ce n’est plus tout à fait pareil. Les cheveux ont blanchi sous le harnais, les dos se sont voutés, les pas sont plus lourds, quelque tour de taille s’est épaissi et la scène médiatique s’est profondément métamorphosée.
L’histoire veut qu’un dimanche de 1985, de jeunes journalistes se réunirent dans la proche banlieue de Dakar, pour parler de leur métier, mais surtout pour trouver un espace dans lequel ils pourraient « faire du journalisme comme on [le leur] avait appris. Ils se mirent en commun. Sud Magazine sort des presses en mars 1986 et déjà dans ses langes, faisait l’objet d’un regard torve de la part de ceux qui étaient habitués au « journalisme de développement ». Ils ont vite fait de le baptiser : « une certaine presse », car le considérant, dès sa création, comme étant une exception intolérable. Ceux qui étaient venus en dilettante ne sont pas restés longtemps, d’autres sont partis sur la pointe des pieds, un groupuscule est resté, rejoint par des hommes et des femmes de talent, débordant d’enthousiasme et dont l’énergie, l’intelligence, et surtout la liberté, ont été le verrou qui a garanti sa permanence pour toutes les générations qui sont arrivées plus tard. Sud c’est également une grande capacité de renouvellement.
Le journal était encore dans ses limbes, porté par le Groupe Sud Communication-Multimédia. Les Fondateurs avaient-ils rajouté ce mot pour faire classe et différent ? Toujours est-il que ce journal a « enfanté » un réseau de radios couvrant le territoire national et émettant sur la bande Fm, un centre de formation aux métiers du journalisme et de la communication, une société de productions audiovisuelles, la première télévision africaine par satellite, basée en France.
Dans l’éditorial du premier numéro de Sud Magazine, Babacar Touré écrit : « […] Notre prétention est de prendre les risques de nos responsabilités de professionnels africains de la communication, engagés dans un acte de foi […] Notre prétention se réalisera dans la pratique d’un journalisme de foi et de bonne foi. Honnête au possible, mais sans complaisance, ni compromis sur le chemin du devenir africain » ». Cet acte de foi a porté les signatures et les empreintes indélébiles de Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Ibrahima Fall, Chérif Elvalide Sèye, Abdou Latif Coulibaly, Ibrahima Bakhoum, Moussa Paye, Vieux Savané, Baba Diop, Ass Mademba Ndiaye, les jumeaux Hassan et Hussein Bâ, Alain Agboton, Amadou Mactar Guèye, El Hadj Momar Wade, Alioune Fall, Babacar Justin Ndiaye, soutenus au plan administratif et commercial par Mass Dia, Kader Cissé, Fabienne Alcantara, Maguette Guèye, Fatou Diop, Mame Fatou Fall, Max Sohai, épicurien né, qui pendant ses heures creuses, théorisait sur les « pagneuses » et de « robeuses » : avantages et inconvénients ».
.La naissance à la même période d’autres organes de presse privée, n’a pas été accompagnée par une diversité de choix d’imprimeries. Les Nouvelles Imprimeries du Sénégal, étaient donc les seules à mettre sous presses, les différents journaux, en fonction de l’ordre d’arrivée du dépôt des pages. La directrice d’alors, un soir qu’elle avait attendu assez tard pour informer Sud qu’il lui était impossible d’assurer le tirage du nombre d’exemplaires comme indiqué dans le bon de commande, vit l’imprimerie envahie par toute la rédaction. A ses côtés, les gens du Sud trouvent un monsieur, venu du Nord, fraîchement débarqué de Paris, se prévalant de son « statut d’administrateur du Groupe Hersant, venu avec les pleins pouvoirs », qui s’entend répondre : «On n’a rien à f… de tes pouvoirs ». Puis, les journalistes exigent de voir Sud imprimé sur le champ et à la limite de la légalité, décident d’arrêter les machines. Pendant que tout le monde vociférait, Latif près de qui se tenait El Hadj Kassé, égrenait, les différents délits réprimés par tel ou tel article du Code pénal, dont tous ces « fous furieux» risquaient de se voir accusés.
Demba Ndiaye, Bocar Niang, Safi Ly, Malick Rokhy Bâ, Alassane Cissé, Malick Diagne, Serigne Mour Diop, Mbaye Kassé, ont raconté l’actualité, avec qualité et sérieux. Thiémokho Coulibaly l’a traduite en images et Pape Ndoye l’a conservée. Ils ont contribué à rendre Sud indispensable à ses lecteurs, y compris ceux qui ne partageaient pas toutes les opinions ou toutes les prises de position. Jusque là, gestionnaires de leur journal, les fondateurs ouvrent une brèche en intégrant, Cheikh Alima Touré, économiste, relayé par Ousseynou Ndiaye (Ouzin), ensuite, Jean Emile Badiane, expert venu d’un cabinet d’audit, Iba Kane après Alioune Diouf, Sader Diagne puis André Diouf, financiers « purs et durs » qui se sont souvent pris la tête entre les mains, dans le tourbillon de ce milieu de l’urgence et de l’immédiateté. Madior Fall, Abdou Fall, Daouda Toumbou , Mame Aly Konté, Abdoulaye Thiam, Malick Ndaw, Bacary Dabo, Bacary D. Mané, Mika Lom, Ibrahima Diallo, Charles Diokh, Diadine, Bara, Karine et Mouhamadou Niang, Alioune Ba, Amara Niasse et Sidy Diaw, Alassane Sané, sont aujourd’hui des atouts précieux pour continuer la mutation de Sud Quotidien, tout en le maintenant à sa place dans le paysage médiatique sénégalais : un observatoire privilégié des pouvoirs et de la société.
La liberté de ton, la ligne éditoriale intangible, l’indépendance des auteurs des articles et autres contributeurs, la véracité des faits révélés, la profondeur des analyses et le niveau d’écriture n’étaient pas une écume qui brouille la surface de la vague et de la vogue toute fraiche de la presse privée. Ils ont suscité tout au long de ces 25 années, des irritations flagrantes. L’histoire de ce qui est devenu Sud quotidien est riche d’épisodes épiques qui sont autant de paliers gagnés dans la conquête de la liberté de presse et de la liberté de la presse. Bon nombre d'acteurs de ce jeu ambigu, pourtant essentiel pour la démocratie peuvent témoigner de la complexité de cette relation, soutenus par des exemples emblématiques du passé et même du présent. Sud et parfois ses contributeurs ont subi, de façon différente certes, les pressions, les foudres, les colères, ou l’humeur –la mauvaise surtout- des skippers, leurs mousses, leurs moussaillons qui se sont succédés ou qui tiennent le gouvernail de ce Sunugal que nous avons en commun.
Suite à une série d’articles sur la Crise des Institutions, le Professeur Kader Boye qui les signait, est convoqué au tribunal, puis laissé libre. Mais la chose ne s’arrêta pas là, car les tenants du pouvoir avaient encore en travers de la gorge, les dits papiers. Bien des temps plus tard, invités au Palais de la République par M. Babacar Sine, pour présenter au Président Diouf, les résolutions d’un séminaire sur les médias et la gouvernance, Abdoulaye Ndiaga Sylla et Ibrahima Fall sont outrés, suite à la sortie d’un conseiller du Chef de l’Etat, qui prétendait que Sud n’ouvrait ses colonnes qu’ « à ceux qui, comme le Professeur Kader Boye, s’attaquent au régime ». Nullement démontés par cette sortie inattendue, ils répondirent : « Sud » s’interdit tout parti-pris. A preuve, les Professeurs Serigne Diop et Jacques Nzouankeu lui ont apporté la réplique dans des contributions publiées dans notre journal ».
Silence lourd dans la salle. Finie l’affaire ? Non. Le Conseil des ministres du 10 janvier 1989 « a vivement déploré la tendance d’une certaine presse à verser dans la diffamation, l’intoxication, la déstabilisation morale de la Nation et le discrédit des institutions républicaines et demande aux ministres compétents de veiller à une stricte application des dispositions législatives et réglementaires en matière de presse dont notamment celles relatives à la sanction des excès et infractions ». Ibrahima Fall, si prompt à demander à Ndiaga Sylla de « préparer une réponse, parce qu’on nous attaque », réplique : « Les menaces qu’on brandit aujourd’hui nous laissent de marbre. Nous sommes si insensibles au langage de la déraison qui se revêt du manteau de la toute puissance étatique. Nous n’avons pas peur, non pas parce que nous sommes des hommes d’exception, loin s’en faut, mais simplement parce que nous avons conscience que notre combat est juste. Nous ne nous tairons pas tant qu’il y aura quelque chose à dire. De larges secteurs de notre pays sont aujourd’hui guettés par la « dévirilisation ». C’est la religion du silence qui triomphe. Dans ce climat indigne du Sénégal et de ses valeurs cardinales nous avons fait vœu de paroles et d’actions ».
Dans ce même Palais, bien des années plus tard, sous un nouveau régime, le tout nouveau président de la République, fondateur de nombreux journaux, reçoit une délégation des Editeurs de la presse, parmi lesquels, Abdoulaye Ndiaga Sylla. L’entrée en matière présage déjà des relations de la presse privée avec le nouveau pouvoir. : « Je dois attirer votre attention sur un fait. Ce que vous écrivez, nos partenaires au développement en tiennent compte. L’image du Sénégal est très bonne à l’étranger. Il ne faut donc pas, par ce que vous dites, contribuer à détruire cette image positive ».
A cela, Abdoulaye Ndiaga Sylla répond : « Faut-il vous rappeler, Monsieur le président, que la presse n’est ni pour le pouvoir, ni contre le pouvoir. Les journalistes ne sont-ils pas dans le rôle en posant des questions sur les financements de vos projets. N’ont-ils pas la latitude, après avoir exposé les faits, de faire des commentaires ?
« Le Sénégal n’appartient à personne ». Cette contribution, signée par Jacques Habib Sy, a « obligé » un juge à attraire Sud quotidien devant tribunal pour… « délit de diffusion de fausse nouvelle ». L’échange entre le juge et le Directeur de publication témoigne de la différence de vues sur la nature de l’Etat : «Comment pouvez-vous diffuser cette fausse nouvelle ? » « Non, M. Le juge. Une fausse nouvelle ? Comme si le Sénégal n’est pas une République mais une monarchie ? Le Sénégal n’est pas la propriété d’Abdou Diouf. Il n’a pas hérité ce pays de ses parents ». La greffière arrête de prendre des notes. Le dirpub insiste auprès du juge pour que sa réponse soit consignée au même titre que la question. On passe à autre chose. . Dans la «Tontine des juges », barrant la Une du journal, Sud qui a révélé que plus d’un milliard de francs avait disparu des greffes du Tribunal régional de Dakar, se voit menacer d’une plainte par Ousmane Camara, à l’époque Premier président de la Cour Suprême. Le magistrat, avait « crû se reconnaître de dos sur une photo et dans une allusion faite sur sa personne ». De procès, il n’y en eut point. Entre temps, Abdou Diouf crée la Médiature de la République et l’y nomme. Le magistrat « magnanime » revient sur sa plainte. « Pas si vite Monsieur le Président !», s’était exclamé le journal
Par contre, l’affaire du « sucre roux d’aspect blanchâtre », plonge Sud dans sa « période diabète ». Cette révélation, d’une « gigantesque fraude commise par la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) sur 16 500 tonnes de sucre importés du Brésil avec des droits éludés, se montent à 1, 4 milliard de F Cfa », a valu à Sud quotidien « 7 plaintes, 38 chefs d’inculpation et 15 délits commis à l’encontre de Jean Claude Mimran et 23 à Claude Chavane, le directeur général de la Compagnie sucrière », nous avait valu une condamnation à payer à la Compagnie sucrière sénégalaise, la somme de 500 millions de F Cfa.
Quelques jours avant le jugement en appel de ce procès-là, Abdou Diouf avait épinglé sur le revers des costumes de Jean Claude Mimran et de son frère Robert, des décorations. Sud quotidien posait la question de savoir si ce geste était un signal à la magistrature et Demba Ndiaye de signer : « Le Président lave plus blanc que Loum ». Réponse de l’Etat : « diffusion de fausses nouvelles, atteinte au crédit des institutions, offense et injure au chef de l’Etat ». Mais une épée de Damoclès suspendue au-dessus des têtes n’enlevait rien à la rigueur des plumes et ne gâchait aucunement l’ambiance. Au contraire, dès qu’une date était annoncée pour la tenue d’un procès, une autre activité était menée automatiquement : la préparation et l’organisation d’un pot de l’amitié. La première fois qu’il devait être organisé, Babacar Touré et Ndiaga Sylla, avertissent. « Vous servez ce que vous voulez, mais pas de boissons alcoolisées. C’était un vœu du propriétaire des lieux ». Les habitués du Massalia, le troquet d’en face, pour qui il était inconcevable de partager leur amitié autour d’une bouteille d’eau plate ou de jus sucrés, faisaient des allers-retours entre le parking et la salle où avait lieu les retrouvailles d’après-procès. Ndiaga Sylla, très perspicace et nullement dupe, capable de citer tous les hommes de sa rédaction assidus des « chez Margot », « chez Pascaline » ou « chez Pierrot » me dit un jour : «Dis leur de ne pas trop trainer dehors, une pneumonie est vite arrivée, alors que le journal doit sortir demain, et je vois qu’ils n’ont pas encore posé le sac par terre»…. Dans le sac, qui passait de main en main sur le parking, était contenu le pot d’une amitié enivrante aux vapeurs éthyliques.
Sud Fm après quelques mois d’essais est inaugurée officiellement le 12 janvier 1995. Abdoulaye Wade et Landing Savané avaient recouvré la liberté, eux qui avaient été arrêtés après un meeting de l’opposition tenu un an auparavant. Six policiers avaient trouvé la mort ce jour du 14 février 1994. Avec Moustapha Sy du Mouvement Moustarchidine Wal Moustarchidate, ils en avaient été tenus responsables.
Alpha Oumar Konaré du Mali et Maaouiya Sid’Ahmed Taya de Mauritanie hôtes de Abdou Diouf et de Sud ce jour-là, représentaient chacun un symbole fort de la liberté de presse dans son pays. Alpha Oumar Konaré, journaliste lui-même, militant de l’émergence de médias libres et indépendants en Afrique, avait libéralisé la presse au Mali, Abdou Diouf venait de lâcher très timidement la bride. A la question posée au chef de l’Etat mauritanien de savoir quand est-ce que la presse privée verra le jour chez lui, il répondit après un long moment de silence, en tapotant la table de mixage du studio : « Vous savez, les gens du désert vont très lentement. Comme les chameaux qui les portent ». Tout était dit. Quand il quittait le pouvoir, suite à un coup d’Etat, le chameau et la caravane qui l’accompagnaient étaient bien loin d’avoir franchi les frontières de la Démocratie. Quelques heures auparavant, Abdoulaye Wade, invité à la cérémonie officielle, fit part à Babacar Touré, par l’intermédiaire de Ousmane Ngom, de son indisponibilité à répondre à l’invitation, pour « cause de voyage urgent et imprévu ». « Dont acte », s’est-il entendu dire. Puis, changeant d’avis (eh oui !) il se fait annoncer, toujours par le même canal et visite au pas de course, les installations de la radio. En partant, il croise dans le hall de l’Immeuble Fahd, les trois chefs d’Etat. Viviane Wade, a été l’une des premières invitées de Sud Fm. Dès le 1er juillet 1994. Le jour du lancement, dans la première édition du journal parlé en wolof, elle devait lire un texte écrit dans cette langue par Babacar Touré, Abdoulaye Ndiaga Sylla et Pape Fall. Il aura fallu plusieurs essais pour cause de lecture très pénible qui rendait la teneur du texte incompréhensible, de « La Sénégalaise d’ethnie Toubab ».
Sud a très tôt expérimenté le Net. Aux premiers moments de l’introduction de cette nouvelle technologie au Sénégal, le groupe signe un partenariat avec le Metissacana, leader et provider, en ces temps-là, de services Internet. Sudonline balbutiait dans les locaux d’un immeuble en face du siège de Sud, et Sud Fm, avait élaboré en vue des élections locales de novembre 1996, un programme spécial, incluant une émission « Spéciale soirée électorale » qu’elle émettait du Metissacana.
Le soir des élections, Alioune Diouf et Daouda Toumbou, restés avenue Djily Mbaye, envoyaient, via le net, les résultats qui leur parvenaient. Les spectateurs au Metissacana et les auditeurs étaient informés en même temps. Ce fait dérangea au plus haut sommet de l’Etat au point que le gouverneur s’est déplacé à Sud. Face à « chef Niang » le policier en faction à Sud Fm, il émit le souhait d’aller dans le studio pour voir les résultats des votes qu’on égrenait sur les ondes. A cela, « Chef Niang » lui répond : «désolé, je suis seul ici, personne n’est dans le studio ». Incrédule, le gouverneur insiste. Impassible, « Chef Niang » répète la même réponse. Le lendemain, à l’heure d’embauche, le gouverneur était dans le bureau de Chérif Elvalide Sèye. Il était revenu, chercher les résultats des élections locales. A Sud Fm !
Le paradoxe est flagrant : alors que la démocratie avance sur le front, le pouvoir politique use de moyens pernicieux, visant à porter atteinte au droit à la vie de notre organe de presse. Si Abdou Diouf et son régime étaient très prompts à nous convoquer à la police et/ou devant les tribunaux, le régime actuel a une méthode plus pernicieuse et diabolique de vouloir nous faire taire. C’est ainsi que beaucoup se sont pressés au chevet du journal, pour sinon l’acheter, aider à le redresser. Toutefois, cette concupiscence est largement compensée par nos lecteurs et nos annonceurs qui continuent d’éprouver une forte empathie pour le journal. Le terrain acheté par Sud a fait l’objet d’une expropriation pour cause d’utilité publique. Huit ans après, c’est encore un terrain vague. Mais pas un vague projet dans la tête de certains… En octobre 2005, alors que Pape Alé Niang faisait sa revue de presse, le signal de Sud Fm est coupé et les locaux du 5ème étage de l’immeuble Fahd assiégés par des éléments de la Police nationale. Salif Sadio, chef de la branche armée du Mouvement des Forces démocratiques de Casamance, donné pour mort sous le régime de Abdou Diouf, venait d’être « ressuscité » par Ibrahima Gassama, chef de la station Sud Fm Ziguinchor. L’interview diffusée sur les ondes de Sud Fm et reprise dans les colonnes de Sud Quotidien, relève, selon le ministère de l’Intérieur, « d’atteinte à la sûreté et à la sécurité du Sénégal ». Et M. Ousmane Ngom de prévenir : « Non seulement la radio Sud est fermée, conformément à la loi, mais également toute radio qui diffusera l’interview de Salif Sadio subira exactement le même sort ou toute radio qui fera même la revue de presse de cette interview-là qui est en violation flagrante des intérêts du Sénégal ». Quelques semaines plus tard, présentés devant le procureur de la République, les dirigeants du Groupe, ainsi que le journaliste-interviewer au titre d’auteur principal, seront seuls à la barre du tribunal. L’Etat, qui les y avait attraits, n’avait pas trouvé le …maquis où déposer la convocation de Salif Sadio.
Ces obstacles, compte tenu de notre conception de la liberté, nous les reconnaissons et les assumons comme une part de notre combat. La liberté sous peine de disparaitre doit rencontrer une donnée sur laquelle elle peut s’exercer. La liberté doit nous découvrir en situation. L’acte libre ne peut prétendre à une création absolue, puisqu’elle a besoin de s’articuler sur une donnée. C’est pourquoi nous avons compris que ce prix, nous le payons : 10 ans sous Abdou Diouf, depuis 8 ans sous Abdoulaye Wade. Huit années pendant lesquelles, la « prétention » originelle a été malmenée. A cela, il faut ajouter l’explosion médiatique, l’irruption de l’information en temps instantané.
Sud Quotidien se débat aujourd’hui dans une grave crise financière et comptable. Malgré cela, il éveille toujours autant de convoitises qu’il suscite de craintes. Cette ambivalence s’est traduite pour nombre d’hommes politiques, de décideurs, d’entrepreneurs, de businessmen, de proposer un prix. Pour trouver une solution à leurs déboires médiatiques, à leur défaut d’influence, ou nous amener à résipiscence? Voire. Dans tous les cas, notre foi reste intacte dans le journalisme de qualité et dans la force de l’engagement. Sur le net ou sur le papier, Sud quotidien n’a rien d’autre à vendre que du bon journalisme. C’est son honneur. Ce moment des 25 ans, nous le considérons comme « un virage à négocier » plus que comme une crise. Comme dans tous les virages, on ralentit, pour mieux repartir ensuite.
Merleau Ponty a écrit : «…Nous n’avons pas à craindre que nos choix ou nos actions restreignent notre liberté, puisque le choix et l’action nous libèrent seuls de nos ancres ». La liberté non pas de mettre à nu des individus, mais de dévoiler des politiques. Parce que si en démocratie le peuple est souverain, alors la politique menée en son nom ne saurait être l’apanage exclusif d’experts, de spécialistes, d’élites et de professionnels qui seraient les seuls destinataires des informations, agissant en quelque sorte comme des propriétaires privés d’un bien public. C’est cette conception de la liberté qui a guidé ces 25 ans pendant lesquels, ni les circonstances, ni les contraintes, ni les situations particulières n’ont empêchés d’avoir cette posture exaltante et difficile que l’on appelle si précieusement la liberté et qui n’est rien d’autre que le prix de l’honneur et de la dignité.
Réimposer Sud comme une lecture indispensable suppose non seulement de gérer et de préserver un héritage et si pompeux que cela puisse paraître, refaire Sud, en réadaptant ses structures. C’est un travail qui demande des précautions, parce que l’époque préfère souvent les fausses recettes aux réponses inventives. Relancer ce journal, c’est la seule ambition que nous devons à ceux qui se sont engagés dans l’aventure et qui nous y ont associés, pour que le 26ème anniversaire ne soit pas qu’une ébullition mélancolique.
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