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Trois questions à ... Pr Penda Mbow, historienne sur les relations entre le Sénégal et la Mauritanie
«IL Y A LIEU D’ALLER DE L’AVANT... CAR IL N’EST PAS POSSIBLE DE SEPARER LES DEUX PEUPLES»
Mariame Djigo | 08/02/2018 | 10H27 GMT
 
Le président Macky Sall est attendu, ce jeudi 8 février 2018, à Nouakchott (Mauritanie) pour une visite de travail de deux jours à l’invitation de son homologue, Mohamed Ould Abdel Aziz. Cette visite du chef de l’Etat sera très suivie par les populations de la région nord, notamment à Saint-Louis où un pêcheur Guet-Ndarien (Fallou Sall âgé de 19 ans) a été tué par des Garde-côtes mauritaniens. Donc, elle sera une occasion pour les deux chefs d’Etats de discuter du raffermissement des relations entre les deux pays, surtout des questions liées à la pêche.
 
Qu’est ce qui est à l’origine des différentes crises entre le Sénégal et la Mauritanie qui sont deux peuples condamnés à vivre ensemble ?
 
«Cette crise est un problème qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle relève de la longue durée. Il faut l’analyser en tenant en considération l’évolution depuis l’histoire, l’implication de la colonisation ou de l’administrateur colonial et aussi les mutations importantes qui sont liées aux problèmes fonciers, à la frontière qui constitue le fleuve Sénégal, mais avec aussi une coloration à la fois raciale et ethnique. Tous ces éléments doivent être pris en considération si on veut bien comprendre les différends entre le Sénégal et la Mauritanie.
 
Il y a aussi le jeu de l’administrateur colonial qui explique ça. Pendant la période coloniale, ceux qui allaient à l’école, c’était essentiellement les négro-africains. On a fait comprendre aux arabes et berbères que s’ils n’allaient pas à l’école, ils allaient être dominés par ces négro-africains. Ce qui fait que les premiers cadres de la Mauritanie indépendante, surtout les toucouleurs parce que ce sont eux qui étaient partis à l’école et on les retrouvait beaucoup dans l’Armée mauritanienne. Ce qui fait qu’il y a une domination, chez les cadres, de Haalpulaar  qui vient s’ajouter à ces problèmes fonciers issus de la période de la grande sécheresse des années «70».
Ce sont ces crises de foncier, les problèmes qui vont se développer jusqu'à aboutir à ce qu’on a vécu en 1989 qui ensanglantaient les villes de Mauritanie et du Sénégal. Il ne faut pas aussi oublier le phénomène des échanges culturels et surtout religieux. Les foyers religieux ont été formés pour la plupart de nos érudits. Ces foyers ont contribué au ciment entre les peuples sénégalais et mauritaniens. Au dela des incidents que nous vivons tous les jours, les incidents avec pêcheurs, il y a d’autres types d’incidents, ne serait-ce que la traversée du fleuve au niveau de Rosso. Tout cela montre qu’il y a lieu d’aller de l’avant.»
 
D’aucuns disent que la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie n’était pas le fleuve, elle était un peu à l’intérieur de la Mauritanie, et que c’est le Président Senghor qui l’a ramené à ce niveau. Est-ce vrai ?
 
«Absolument. Ça, je crois que c’est un point que l’histoire a déjà retenu. Parce que le Président Senghor, il voulait peut-être faire bénéficier la Mauritanie de l’eau de ce fleuve, mais en même temps, il voulait une zone tampon entre le Sénégal et le grand Maroc. Parce que le Sénégal, c’est vrai que nous sommes trop proches du Maroc, mais ce que le Président Senghor voulait dans cette démarche, c’était surtout préserver l’intégrité territoriale du Sénégal face à un Maroc qu’on pouvait considérer comme un pays tout à fait conquérant des différentes manières. Je pense que c’était beaucoup plus cela. En faisant aussi du milieu du fleuve Sénégal la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, ça devrait, à mon avis, aider et faciliter l’intégration des peuples. Parce que quand on prend, par exemple les familles Haalpulaar, les familles du Walo, n’oublions pas aussi que pendant toute la période historique, il y avait des incursions des maures du Trarza souvent à l’intérieur des territoires qu’on considère aujourd’hui comme sénégalais, les femmes de Nder, tout cela est resté dans la conscience et la mémoire collective. Ce qui fait qu’on a voulu juguler ces rapports qui ont toujours été des rapports, qui ont été plus ou moins conflictuels,  pour qu’on avance.»
 
Qu’est ce que vous conseillez aux autorités politiques pour une paix durable entre les deux pays ?
 
«Nous sommes des peuples condamnés à vivre ensemble. Et que la Mauritanie, à un moment donné, avant la crise de 1989, au moment où Saddam Hussein était tout puissant, il soutenait les maures. Et, dans les milieux diplomatiques, certains disaient que les pays arabes rappelaient nos ambassadeurs souvent pour leur dire: «il n’est pas question qu’un nègre lève la main sur un maure blanc». Pratiquement, ça allait créer des dissensions entre le Sénégal et beaucoup de partenaires du monde arabe. Il a fallu beaucoup de tacts à l’époque au gouvernement du Président Diouf pour contenir cela. Et Saddam Hussein était l’allié d’Ould Taya. Et si par exemple Saddam avait triomphé, il aurait été capable d’armer la Mauritanie. C’était donc une menace qui planait sur le Sénégal.

Maintenant que tout ce spectre-là est éloigné, ce sont des peuples inséparables et il y a le ciment culturel que constitue aussi la religion. Ce que je peux dire à nos Chefs d’Etats, c’est d’exploiter tous ces réseaux pour trouver des solutions. Pourquoi les pêcheurs ? Ce qui se passe, c’est qu’à un moment donné, les maures n’allaient pas à la mer pour pêcher, c’étaient les Nguet-Ndariens qui allaient à la mer. Même dans l’Armée, pendant la période des Almoravides, la plupart des soldats venaient du Sud de la Mauritanie, dans cette région nord du Sénégal et il y avait des noirs.

De mon point de vue, il n’est pas possible de séparer les deux peuples. Nous devons unir nos forces pour faire face à ces mutations importantes aussi bien du point de vue «civilisationnel» que du point de vue culturel. Il nous faut aussi construire les voies de communication. Par exemple, faciliter la traversée du fleuve par la construction d’un pont et aller vers une meilleure intégration, faire le fleuve Sénégal qui a été un fleuve navigable, voir comment exploiter toutes ses ressources et toutes ses possibilités. Pourquoi la Mauritanie veut être arabe et pas africaine ? Pourquoi la Mauritanie n’intègre pas la CEDEAO ? Pourquoi la Mauritanie ne serait-elle pas le premier pays à intégrer toutes les organisations sous-régionales ? Aujourd’hui, ce n’est pas possible que le G5 Sahel existe sans la participation du Sénégal. Et je crois que la Mauritanie qui joue un rôle extrêmement important dans le G5 Sahel devait être le premier pays à s’ouvrir vers le Sénégal pour son intégration au G5 Sahel.»
 
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