PROFIL - Par Ibou FALL
Karim Wade, successeur embusqué : La candidature la plus invalidée de toutes…
Publié le 15/02/2012 | 02H09 GMT
 
Youssou Ndour et Kéba Keinde, dont les candidatures viennent d’être invalidées par le Conseil constitutionnel, sont manifestement inconsolables… Pendant que le premier resquille à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une manif’ pour cracher son exaspération, le second, quant à lui, sillonne le pays pour déclamer des leçons de vertus à ces traîtres de politiciens accompagnées d’un p’tit chef d’œuvre de programme économique, histoire de refiler des regrets éternels aux authentiques Sénégalais. Ils ont en commun la certitude que le pays ne se relèvera pas de s’être privé de leurs lumières…
Au chapitre des rêves éveillés, toujours, on passera sur les reculades de dernière minute : El Hadj Diouf, Mansour Sy Diamil, Mamadou Lamine Diallo, Landing Savané, Latif Coulibaly, pour les plus connus, qui préfèrent s’incliner respectueusement devant l’obstacle insurmontable du trésor de guerre indispensable.
 
A vrai dire, la candidature la plus invalidée de toutes, durant cette présidentielle est bien celle de …Karim Wade. Depuis le fiasco du Pds à Dakar aux dernières locales, l’imam de la Génération du Concret est passé troisième bilal des rescapés de la furie infanticide du Père Wade. Il se tient en embuscade, derrière les urnes du 26 février prochain si l’on en croit les principaux ténors du M23 dont la transhumance vers les terres arides de l’opposition est partie de ce satané «projet de dévolution monarchique du pouvoir». Il inspire même un chapitre des assises, qui bricole un passage à son intention dans les liens de parenté tolérables entre un président et son successeur…


Aujourd’hui, si Idrissa Seck, Macky Sall et Cheikh Tidiane Gadio se retrouvent dans des postures d’archanges outragés, c’est bien parce qu’ils ont le mauvais goût de se cabrer face à la tribu Wade alors qu’ils sont aux affaires : il n’est pas dans leurs plans de carrières d’être la rampe de lancement au destin présidentiel de Karim Wade. On connaît la suite…

N’empêche, l’accession au pouvoir de Karim Wade est au premier rang dans les obsessions de tous les candidats : ils interprètent le forcing du candidat Wade comme l’ultime assaut du vieux roublard qui multiplie les alchimies depuis une décennie pour transformer la boue Karim en or présidentiel.

Pense-t-il vraiment à le faire coopter comme vice-président après un ultime tripatouillage de la Constitution qui enregistrera son quota de morts et de blessés entre le rond-point de l’Assemblée nationale et l’Obélisque de Colobane ? Quoi qu’il en soit, la seule voie envisageable est bien celle des urnes et de ce point de vue, il n’est pas pour demain la veille, le raz-de-marée électoral du candidat embusqué. Il n’est pas nécessaire de faire un dessin : Karim Wade, qui ne peut pas le moins, ne pourra pas le plus.

Le moins, pour Karim Wade, est prendre l’initiative de se construire un fief politique. Le Point E et alentours : les Sicap Amitié, Zone B, Fann Résidence… Son royaume d’enfance, que dis-je, son milieu naturel, bastion de la bourgeoisie, juste sous ses fenêtres, cherche encore un leader charismatique capable de mobiliser le formidable potentiel en ressources humaines qui y réside. Certes, ce ne sont pas des quartiers surpeuplés dont le poids démographique pèse sur le corps électoral national, mais on y trouve un formidable vivier d’intellectuels et d’hommes d’affaires capables d’asseoir un pouvoir pour longtemps. C’est le territoire qui comprend la plus forte densité en ressources humaines de qualité dans tout le Sénégal.

C’est vrai, du temps des socialistes, les habitants de ces quartiers plus ou moins chics ont longtemps snobé Laye Wade, le voisin agité. Ils n’aiment pas ses manières de Sénégalais moyen, ses façons de m’as-tu-vu, son wolof de kaw-kaw, ses boubous en malikane. On le tolère dans les environs parce que c’est aussi ça la démocratie. Quand on a les moyens de s’installer dans un quartier résidentiel, on ne se gêne pas. Il suffit simplement de payer. Aux yeux de cette bourgeoisie pleine de suffisance, sa place, à ce truculent monsieur, est à Niaari Tally, Grand-Dakar ou Fass. Il a des allures de nouveau riche, des manières de rustre fruste, et surtout, il est dans le collimateur des autorités socialistes. En un mot comme en cent, il est carrément in-fré-quen-table. Parce que dans les quartiers cossus, ça n’aime pas le bruit, l’agitation, la fureur. L’héroïsme n’y est pas une vertu première. Leur fou furieux de voisin, Abdoulaye Wade, est le cheveu dans la soupe : son extravagance, ses va-et-vient incessants entre Versailles et Rebeuss, ses cortèges de militants mal mouchés venus des quartiers difficiles… Il fait désordre. Il est comme la preuve vivante que Dakar se «nègrifie» depuis que Senghor est parti… Djily Mbaye et Ndiouga Kébé y ont bien élu domicile, dans ces quartiers résidentiels réservés aux toubabs durant la coloniale, alors, pourquoi pas Laye Wade ? Quelle tristesse…

Ah, si Laye Wade avait eu la chance de Karim…



Son accession au pouvoir en mars 2000, après avoir essuyé moult râteaux électoraux, n’y change rien. Nos amis les bourgeois ont beaucoup plus de considération pour les tombeurs efféminés de mannequins décharnés, les collectionneurs de bolides dernier cri, les pète-sec maniérés qui sentent le parfum cher, les intellos torturés qui s’engraissent au per-diem… L’actuel locataire de l’avenue Léopold Sédar Senghor a beau être un président de la République politiquement correct, ils le saluent du bout du nez. Dans ces coins snobinards, ça n’aime pas les parvenus. Et ça le leur fait savoir sèchement. Que les arrivistes restent à leur place.

Si Abdoulaye Wade n’est pas des leurs, et c’est manifeste, Karim, en est. Lui, est un authentique «Doom’ou madame». Il est le fils d’une toubab, vient tout droit des écoles chics et fréquente des Libanais. Pas de doute : il est des leurs. Et il a tout pour leur plaire. Cerise sur le gâteau : c’est un fils de… Ah, si Maître Abdoulaye Wade avait présenté pareil pedigree !


Et c’est là que les limites de Karim Wade sautent aux yeux. Il aurait été la bête politique digne de son père, les Sicap Amitié, Zone B, Point E et Fann ne respireraient que par lui. Surtout depuis que la rumeur lui donne plus de pouvoirs qu’il n’en a.
Karim Wade est vraisemblablement travailleur, doté d’indiscutables talents dans son domaine, la finance, je n’en doute pas une fraction de seconde. Mais il n’est pas un leader politique. L’icône de la Génération du Concret a étalé depuis longtemps son incompétence en la matière. C’est vrai, dans sa position, il ne peut que traîner des cohortes d’opportunistes qui passeront leur temps à démontrer qu’il est un être hors-pair, un génie méconnu qu’il sera toujours temps de découvrir le moment venu, qu’il choisira tout seul, sans pression d’aucune sorte…

Ne leur en voulez pas, c’est leur gagne-pain. Quand par la grâce de Karim Wade, ça roule en 4X4 dernier cri, collectionne les I-phone et les Blackberry, se sape à Paris et Londres, voyage en Première toutes les semaines, ça ne peut pas voir en ce faiseur de miracles autre chose qu’un élu de Dieu au destin exceptionnel, qui finira à la place de son père… Ce ne sont que des troupeaux de profiteurs dont la plupart s’en iront dès que les premiers problèmes sérieux surviendront. Les autres ne partiront que lorsque la table sera vraiment desservie, parce qu’ils racleront jusqu’aux dernières miettes du festin…


Un vieux compagnon de Maître Abdoulaye Wade m’a dit aux premières heures de la Génération du Concret : «tu sais, l’entourage de Karim Wade ne fait que des bêtises. Ce sont des gamins qui s’y croient déjà, parce qu’ils viennent émarger tous les mois avec leurs costumes neufs, leurs multiples cellulaires de dernière génération. Ce n’est pas ce genre de militants qui ont porté son père au pouvoir. Les militants qui ont conduit Me Wade au palais ont tout sacrifié pour lui… Leur confort, leurs familles, leur carrière, leurs études. Ils étaient prêts à mourir pour lui. La vie de beaucoup d’entre eux a été brisée comme ça. C’est pourquoi nous essayons de réparer ce qui peut encore l’être en venant en aide à ces vieux militants. Mais nous ne pourrons jamais leur payer ce qu’on leur doit. Un exemple : pour contrôler le déroulement du scrutin à Thiès le jour des élections, on donnait 2.500 francs à nos militants. Ils partaient de Dakar la veille, dépensaient 1.000 francs de transport et se débrouillaient pour leurs trois repas avec les 1.500 francs restants. Qui, parmi les prétendus militants de la Génération de Concret accepterait cela ?».

Ça, mieux que personne, le président Wade le sait, surtout depuis la raclée que son parti a récoltée à Dakar aux dernières municipales, alors que, paradoxalement, Dakar commence à ressembler à une vraie capitale internationale.

Le tandem gagnant qui tarde à se dessiner…



Il ne fait aucun doute que l’avenir de Karim Wade dans le système après la retraite de Wade père est envisagé sous diverses formules. Dont celle de le mettre en tandem avec un «Sénégalais bon teint», susceptible de gagner une présidentielle… Il aurait alors un destin à la Jean Collin, homme fort du régime socialiste, qui régna sur ce cher Sénégal sans partage pendant une décennie, entre 1980 et 1990. Tapi quelque part à la Présidence, Karim Wade détiendrait alors le vrai pouvoir : les fonds politiques, les Renseignements et la Force publique…

Face à cette perspective, Idrissa Seck, la créature préférée de Wade père, se cabre vigoureusement, tandis que Macky Sall, pressenti à sa suite, se révèle moins docile qu’il n’y parait. En fait, ce sont les échanges de tirs entre les seconds de l’ancien Président de l’Assemblée nationale et Karim Wade, Abou Abel Thiam et Assane Bâ, qui pourrissent l’ambiance. La solution Abdoulaye Baldé, un moment esquissée, semble également écartée : ce flic placide est trop malin pour être inoffensif, lui qui a le mauvais goût de déraciner le baobab Robert Sagna à Ziguinchor aux dernières municipales, pendant que son mentor, Karim Wade, se crashe dans une capitale traditionnellement acquise au Pds. Souleymane Ndéné Ndiaye, semble avoir les faveurs de la tribu Wade en dépit de ses déclarations fracassantes au sujet du «gosse»… Peut-être que si on lui demande gentiment…

Parce que faire descendre Karim Wade dans l’arène directement n’est pas envisageable aux yeux de son président de père, qui connaît les arcanes de la politique mieux que personne… Et puis, entre nous, dans quelle langue Karim Wade va-t-il battre campagne à Touba, Tivaouane, Lambaye, Pékesse ou tant d’autres bleds où seul le gros et rugueux wolof résonne ?

Ibou Fall

(avec quelques extraits
de Banc Diakhlé)
 
 
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