Mise à jour: 11/10/2013 à 10H24 GMT
 
A la Une | Editorial | Analyses | Chronique | Dossiers | 100% Sud | Mon Sud a moi | Journal des internautes
 

 
 
 
 
CINEMA
Khady Sylla une fille de l'eau
Baba DIOP | 11/10/2013 | 10H00 GMT
 
La réalisatrice- écrivaine Khady Sylla auteure de plusieurs nouvelles, romans et docu-fictions s'est éteinte le mardi 8 octobre 2013. Elle avait fini le montage de « Simple parole »  long métrage documentaire sur sa grand-mère coréalisé avec sa sœur Mariama Sylla , tourné dans le village de Barele Ndiaye à 15 kilomètres de Louga.
 
Comme Djibril Diop Mambety, la réalisatrice écrivaine  Khady Sylla ne verra pas  sur grand écran son dernier film, coréalisée  avec sa sœur Mariama Sylla dont le titre est « Simple parole » . UN retour au village pour capter les paroles de l’une des dernières gardiennes de la généalogie de la famille : la grand-mère Penda Diogo Sarr. Il y a dans les silences de ce film  comme un air d’adieu. Le film qu’elles ont tiré de leur immersion au pays de grand-mère, avait été soigneusement monté. Khady Sylla y avait posé sa voix sans se douter qu’elle posait sa dernière empreinte  sur l’asphalte du cinéma sénégalais, confiant  à sa sœur la tâche de peaufiner ce qui reste à peaufiner.

Solitude, enfermement sur soi, incommunicabilité sur ce qui vous ronge, il faut alors desserrer l’étau et libérer la parole pour dire et dire encore  ce qui fait mal. En résumé voila l’essentiel du travail de l’écrivaine et cinéaste Khady Sylla. Il ne serait pas inexacte d’affirmer qu’elle est tombée toute jeune dans le bassin du cinéma. Sa mère tenait le secrétariat des Actualités Sénégalaises que dirigeait Paulin Sumanou Vieyra. Lieu d’incubation et d’élaboration du jeune cinéma sénégalais de l’époque. Lieu dénommé « Katanga » où se menaient de chaudes discussions sur le cinéma à faire et sur les autres courants cinématographiques  (réalisme versus soviétique,  néoréalisme italien, nouvelle vague, cinéma novo brésilien…).

Chaque courant avait ses adeptes. Les effluves  de ces interminables discussions finirent par se répandre dans la famille de Khady. Conséquence : les deux sœurs sont devenues cinéastes. Le choix de Khady  Sylla pour les images sera renforcé par sa rencontre avec l’ethnologue –cinéaste français Jean Rouch à qui elle doit sa formation. Elle relate cette rencontre dans le livre de Françoise Pfaff « A l’écoute du cinéma sénégalais » Ed L’Harmattan. : «J’étais à Paris et je lui ai envoyé mon livre «  Le Jeu de la mer ». Rouch l’a lu , il m’a appelée et m’a dit que mon histoire lui rappelait le mythe des filles de l’eau. Pendant un an, nous nous sommes rencontrés tous les dimanches matins dans un café pour écrire un scénario inspiré de mon livre. On n’a jamais tourné le film mais j’ai conservé le scénario. » Mais il n’y a pas eu que Jean Rouch, elle cite le réalisateur allemand Wim Wenders ; «  J’ai su que Wim Wenders avait appris le cinéma à Paris. Il est resté  trois mois à l’intérieur de la Cinémathèque et quand il en est sorti, il a commencé à faire des films. J’ai un peu voulu faire comme lui et j’ai commencé à fréquenter les petites salles du Quartier Latin »

Sa première plongée dans la réalisation date de 1997 avec  « Les bijoux » une courte fiction dont elle dit qu’elle est à placer dans un style réaliste corseté  dans sa rigidité. Cette première tentative laisse à l’auteure un gout mi figue- mi raisin vert. Pas entièrement satisfaite, pas absolument mécontente L’enseignement qu’elle a tiré, était de laisser désormais la caméra voguer dans une grande autonomie. Tirant profit de cet enseignement, elle fait de  « Colobane Express » son second film un observatoire de la réalité sociale sénégalaise. Une réalité recomposée par les comédiens qui jouent leur propre rôle. Un film à classer dans le registre du docu-fiction.

Dés lors se précise davantage le parti prix esthétique de Khady Sylla : faire avec les images ce que fait  l’écrivain argentin  Borges avec les mots. Elle explique :   «Un peu, avec ses mots qui ont une double face. On peut retourner les choses d’un coté et de l’autre  et voir deux significations qui se rejoignent ». Le mystère de  Jorges  Luis Borges  est qu’il se sert du mot comme si le sens en était inépuisable ou comme s'il se renouvelait à chaque lecture. Les images de Khady Sylla sont remplies de sous-entendu. Tout n’est pas explicite dans ce qu’elle montre. Khady Sylla a été  aussi frôlée par l’aile de l’école romantique japonaise par le truchement de  Yokio Mishima  dont elle fait référence. L’auteur japonais a écrit «  La mer de la fertilité, » titre  à rapprocher avec celui de Khady  Sylla « le Jeu de la mer»  sauf que « La mer de la fertilité,» est un cycle de quatre romans qui s’achève avec « L'ange en décomposition » et l’amante qui sombre petit à petit dans la folie.

 «Fenêtre ouverte » film  parle de la folie, de sa folie et lui  a valu plusieurs récompenses. Au festival d’Apt, en France,  l’année de sa sortie,  Charlie Van Dam, le chef opérateur s’exprimait ainsi : « Ce sont les images les plus simples et les plus fortes que j'ai jamais faites». Khady Sylla de compléter «Ce film, j'y ai pensé longtemps. J'ai été malade dix ans, hospitalisée à plusieurs reprises. A un moment, j'ai déliré, perdu la mémoire. Aminta passait me voir. J'ai voulu faire le film avec elle. Pendant le tournage, j'étais trop impliquée pour donner des directives. Je vivais le film à fleur de peau. Le film m'a beaucoup aidée.

Comme si je m'étais un peu regardée. C'est un autoportrait dans un miroir brisé.». «Le monologue de la muette» son avant dernier film pose le regard sur les gens de maison et leur dure condition. Retour à la case de départ Khady Sylla qui est arrivée à l’écriture incidemment par le truchement de sa grand-mère, morte et  voici que son dernier « Simple parole » part à la rencontre d’une autre grand mère. Images, extraites du   site www.guissguisscom.com,  le film résonne comme le chant du cygne sur la musique  Wasis Diop, frère de Mambety.
 
Afficher tous les commentaires (0 )
 
 
2EME FESTIVAL DU FILM DE MARIAGE
Le dépôt de candidature clôturé au 30 octobre
CINE MEMOIRE
Paulin - Sembène en duo
FOIRE INTERNATIONALE DU LIVRE ET DU MATERIEL DIDACTIQUE (FILDAK)
Le ministre tient à sa diversité culturelle
OUSMANE DIA, GESTIONNAIRE CULTUREL
«Le Sénégal souffre d'un déficit alarmant d'infrastructures culturelles»
PREPARATION DU XVE SOMMET DE LA FRANCOPHONIE
Un thème, mille et un enjeux
SORTIE D'ALBUM
El presidente sort «Iqra»
LIVRE : « UNE MORT MAGNIFIQUE »
Ou la deuxième chance d'un «traitre heureux»
 
 
 
 
   
 
 
 
Sud Quotidien Amitié II x Bourguiba BP : 4130 DAKAR Tél : (+221) 33 824 33 06 / (+221) 33 824 33 15 Fax : (+221) 33 824 33 22