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EUX & NOUS - Par Général Mamadou Mansour SECK*
L’Afrique face au terrorisme II
05/12/2012 | 04H45 GMT
 
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Dans notre édition d’hier (Sud quotidien du 4 décembre 2012), le Général Mamadou Mansour Seck explique comment le terrorisme est en train de devenir un fléau mondial, depuis un certain 11 septembre 2001. Aujourd’hui, il met l’accent sur l’importance pour tous les pays démocratiques, de coopérer dans les domaines du renseignement, de la formation et pour l’appui logistique aux Africains qui en ont le plus besoin, au regard des actes posés dans différents pays, par des individus et/ou groupes armés. Dans le viseur de l’ancien patron des Armées sénégalaises, le Nord Mali occupé, où il urge d’intervenir, en application de la résolution du Conseil de sécurité. Attendre c’est laisser le temps aux terroristes et aux bandes armées, le temps de s’organiser tout en recrutant de plus en plus de jeunes, estime le général Seck. Cela passe par l’avènement à Bamako, d’un gouvernement de civils, sur la base de la Constitution. Les militaires doivent rester à leur place, selon l’ancien patron des Armées sénégalaises, Ambassadeur du Sénégal à Washington.
 
  
Décembre 2012. Depuis 2004, il y a eu évidement de nombreux développements dans la guerre anti-terroriste. En particulier, le Président Barack Obama a remplacé George W Bush en 2008, en déclarant que l’Amérique n’avait pas d’ennemis et qu’elle ne combattait pas l’Islam.
 
Obama a supervisé, du début à la fin, l’opération « Geronimo » d’élimination de Ben Laden en mai 2011 à Abbottabad au Pakistan par les forces spéciales, les fameux US Navy seals.  Les drones, avions sans pilotes, difficiles à détecter à cause de leur profil et leur petite taille, ont fait des grands progrès en performances de précision de navigation et motorisation. Alors qu’il y a une dizaine d’années, leur autonomie était de quelques heures et leur capacité d’emport limitée à des caméras de photos, aujourd’hui, les drones « Predator » construits par les Américains et les Israéliens volent près de 24 heures à très haute altitude tout en transportant des bombes. La précision de leur navigation par satellites est telle qu’ils peuvent tuer des individus cachés, même dans les montagnes de l’Afghanistan. Il est d’ailleurs bon de noter à ce sujet, qu’actuellement,  l’Amérique forme plus de « pilotes de drones » 1  que de pilotes de chasse.

L’emploi de ces engins serait un atout majeur dans l’intervention prévue au Mali, en application de la résolution 2071 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il est évident que les Africains, tout en fournissant les troupes, auront besoin de formation, d’entraînement ainsi que de la logistique, de l’équipement, de l’armement et des renseignements sur le terrain. Seuls les Américains peuvent leur fournir le renseignement recoupé collecté par ces drones. Ainsi, seront fragilisés  les plans des chefs de guerre islamistes qui auront de plus en plus de mal à se cacher dans le désert. 
 
            L’héritage de Mouammar Kadhafi
 
Les Européens du groupe « Weimar Plus » (France, Allemagne, Pologne, Espagne et Italie) menés par la France, sont les plus engagés pour soutenir cette intervention. Il est dommage que l’Angleterre ne soit pas encore décidée à les rejoindre, malgré son expérience africaine. La motivation principale de ces Européens est la crainte de voir le terrorisme sahélien se réorienter vers leur continent.
 
Depuis qu’une intervention militaire de la Cedeao est envisagée au Nord Mali, les Jihadistes du Gia (Groupe Islamique armé), du Fis (Front Islamique du Salut), de l’Aqmi (Al Qaida au Maghreb islamique), Ansar Dine et peut-être le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad), recrutent des jeunes désœuvrés sur place et même des candidats du Polisario, de Somalie, d’Algérie, d’Afghanistan et du Maroc.  Cette intervention militaire peut être opérationnelle avec un effectif de 3000 à 5000 hommes, disposant de l’équipement adéquat, des armes, des moyens de mobilité adaptés à cet environnement vaste et désertique.
 
   L’effectif exact serait déterminé par les renseignements obtenus sur le recrutement en cours.
 Ces Jihadistes reçoivent leur logistique du Nord Mali donc à travers des frontières algérienne, libyenne et peut-être nigérienne. Une bonne partie de leur armement provient des anciens arsenaux de Kadhafi. D’où l’importance vitale que l’Algérie, grande puissance militaire régionale, s’engage sans hésitation dans cette intervention. Elle est la seule à disposer d’une aviation de combat crédible au Sahel. Elle devrait au moins s’engager à bloquer les convois de ravitaillement venant du nord.
En aval de ces opérations islamistes, nos politiciens et spécialistes devraient s’intéresser aussi au financement de leurs activités. En effet, en plus de la corruption, de la drogue des narcotrafiquants, et l’échange d’otages (dont des Français et des Algériens) contre de l’argent, il semblerait que des pays du Golfe, en particulier le Qatar, participent à ce financement.
 
Cette intervention, après une bonne préparation d’état-major, doit s’effectuer le plus rapidement possible, avant que ces islamistes ne s’incrustent et ne sympathisent avec les habitants du Nord Mali. Mais avant tout, il est nécessaire que le pouvoir politique à Bamako soit légitime et entre les seules mains des civils et selon la Constitution.
Au niveau de la Cedeao et en Afrique au sud du Sahara, il est reconnu que le Nigéria, le Sénégal et le Ghana, ont le plus d’expériences en opérations internationales de maintien de la paix, depuis nos indépendances dans les années 60.
 
                    Retour à la Constitution au Mali,  civisme et discipline au Sénégal
 
Au niveau national sénégalais, nos services de sécurité devraient enregistrer et contrôler toutes les Ong et groupes à caractère religieux dont les daaras ; les banlieues des grandes villes devraient faire l’objet de quadrillages et contrôles stricts, surtout auprès des jeunes sans emploi faciles à embrigader. Les milices doivent être interdites.
Nos frontières sont poreuses et la menace peut venir de toutes les directions. Nos services de sécurité et de renseignement doivent être en alerte à nos frontières et à l’intérieur du pays, et suivre avec vigilance ce qui se passe au Mali et dans la sous-région.
Une nouvelle tactique des islamistes consiste à recruter des jeunes désœuvrés dans un Etat ciblé, de les entraîner en Afghanistan ou ailleurs, pour les utiliser dans leur propre pays où ils peuvent passer inaperçus.
 
De la même façon que le groupe Boko Haram s’est allié avec Aqmi, il ne faut pas exclure que le Mfdc en fasse de même.
 
La guerre antiterroriste dite « asymétrique » du faible (le terroriste), au fort (l’Etat) devrait concerner tous les pays démocratiques, qu’ils soient musulmans ou non.
De même, les dirigeants de ces pays ne doivent pas ignorer la demande sociale, la pauvreté et les frustrations de leurs populations, surtout dans les banlieues des grandes villes et aux frontières.
 
Les jeunes Africains qui empruntent des pirogues pour aller en Europe au risque de leur vie, sont aussi des proies faciles à orienter vers des buts inavoués. Sans les affoler, nous devons informer nos populations sur cette menace spécifique. Un père nigérian a dénoncé à temps, son propre fils qui se préparait à participer à un attentat terroriste.
 Une excellente méthode en la matière est celle de Scotland Yard, l’une des meilleures polices au monde. Sachant qu’il est impossible de placer un bobby à chaque coin de rue, elle exploite le fait que le peuple anglais est éduqué et informé pour rendre compte aux services concernés, de toute anomalie constatée.
 
La « Téranga » traditionnelle sénégalaise doit désormais être plus sélective et prudente. L’indiscipline et l’incivisme doivent être éradiqués.  Notre sécurité collective peut en dépendre.
 
+ Ces pilotes de drones peuvent, tout en restant sur le sol américain, opérer leur guidage sur des champs de combat, comme dans des jeux vidéo.  
 
+ Le Général Seck est un saint-cyrien pilote qui a commandé l’Armée de l’Air sénégalaise, avant d’être Chef d’état-major général des Armées (Cemga 1988-93). Il est diplômé de l’Ecole Supérieure de Guerre Aérienne (Esga -1974) et de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (Ihedn) de Paris. A sa retraite militaire il a été ambassadeur à Washington de 1993 à 2002, avec juridiction sur le Mexique, l’Argentine, la Jamaïque, Haïti, Trinidad et Tobago. 
 
Commentaires (2 )
 
 

ABIB FALL 09/12/2012 | 10H54 GMT

Le Mali doit etre en mesure de combattre les envahisseurs ètrangèrs avec l'aide de la communautè internationale. L'usage des drones ne representent absolument pas une garantie d'efficacitè ou d'efficience pour la resolution du conflit. Les mèfaits, crash et dèsaventures des drones americains ont provoquè la mort de personnes: enfants, femmes, vieillards innocents et inoffencifs en Afghanistan.
- En avril 2011: un drone Predator a ouvert le feu par erreur sur deux soldats américains et un civil afghan près de Sangin.
les bavures récurrentes des drones américains ont causé la mort de centaines de civils au Pakistan. Une enquête menée par le Bureau d'investigation du journalisme (The Bureau of Investigative Journalism), basé à Londres, dénonce des frappes d'avions sans pilote américains sur des civils au Pakistan. Les drones de la CIA, auraient, à plusieurs reprises, ciblé des sauveteurs qui venaient en aide à des civils touchés par une première frappe selon le New York Times du 08 fevrier 2012. Ainsi les drones risquent de toucher la règion de Tambacounda par inadvertance.

 
 
 
 

Lat Soucabe MBOW 13/12/2012 | 10H03 GMT

Il est indeniable que les drones pourront rendre de grands services dans la reconnaissance, le renseignement et les manoeuvres tactiques. Mais pour etre d'un emploi efficace, il faudrait au prealable une numerisation du theatre de leur intervention. Est ce le cas ?

Dans le cas du nord Mali, le plus a craindre doit etre un engagement de longue duree. Dans le desert prevalent en effet des conditions climatiques d'une severite particuliere auxquelles seuls des combattants aguerris sont capables de s'adapter.

En outre si les rebelles de l'Azawad disposent de possibilites de repli en dehors du territoire malien, le conflit pourrait a defaut d'une victoire totale des forces coalisees se transformer en une guerilla qui n'aurait plus pour seul theatre le territoire malien mais l'ensemble des pays ayant apporte une contribution a la force internationale. C'est bien dans les pratiques du terrorisme international. Les attentats de Madrid, de Londres, d'Oslo sont la suite logique de l'intervention des forces de l'Otan en Afghanistan.

 
 
 
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