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EUX & NOUS - Par Général Mamadou Mansour SECK*
L’Afrique face au terrorisme
04/12/2012 | 02H02 GMT
 
Mai 2004. L’Amérique se relève progressivement du traumatisme de septembre 2001. L’attaque terroriste contre les Tours Jumelles de New York et le Pentagone à Washington, ouvrait une nouvelle ère dans les relations internationales et appelait une nouvelle vision de la sécurité dans le monde. C’est dans le contexte d’alors, que l’Ambassadeur du Sénégal à Washington, le Général Mansour Seck, ancien Chef d’état-major des Armées, fut invité à donner une conférence sur le terrorisme, devant l’Africa Society de M Robinson, dans la capitale américaine. La situation qui prévaut aujourd’hui au Nigeria avec les attaques perpétrées par la secte Boko Haram, l’occupation du Nord Mali par des bandes armées, la fragilisation de la paix et de la sécurité en Afrique de l’Ouest, redonnent à la réflexion stratégique, toute militaire du Général Seck, une actualité qui nous autorise à diffuser le texte de la conférence, en le laissant dans sa forme originel, pour mieux en apprécier la pertinence, même si le sujet a été traité il y a huit ans. L’auteur a consenti lui-même à actualiser la réflexion et autorisé la rédaction de Sud quotidien à diffuser en première partie, ce qu’il considère comme urgent à adopter comme attitude, aussi bien pour faire face à la situation au Mali, que pour contrer les actions terroristes, où qu’elles puissent être projetées dans nos pays aux frontières poreuses, aux moyens limités et à la jeunesse généralement désœuvrée, donc potentiellement manipulable.
 
                     
I - L’initiative de Dakar
 
Après l'attaque contre l'ambassade des États-Unis à Nairobi en août 1998, tous les ambassadeurs africains de Washington assistèrent aux funérailles des diplomates américains qui avaient perdu leur vie. La cérémonie fut organisée sur la base aérienne d’Andrews à Washington DC. Nous avons présenté nos condoléances à Mme Madeleine Albright alors Secrétaire d'État et lui avons assuré que pour nous, le terrorisme ne fait pas partie de la culture africaine.
 
La terrible attaque du 11 septembre 2001 nous a trouvés à Washington. Aux questions que les média nous posaient nous avons répondu que l'attaque terroriste qui a endommagé le Pentagone et détruit le World Trade Center était une grande tragédie non seulement pour les États-Unis mais aussi pour le monde entier. Certainement, l'Amérique répondra à cette attaque mais avec la collaboration de ses amis de la communauté internationale pour une réussite plus probable .
Nous devrions nous armer de solidarité pour combattre ensemble le terrorisme et nous au Sénégal, sommes disponibles avec nos petits moyens mais aussi la volonté de partager nos activités dans la guerre contre le terrorisme.
 
Dans le rapport au Président du Sénégal, l’Ambassadeur a particulièrement insisté sur le fait que le gouvernement américain a décidé de changer sa stratégie de sécurité à travers le monde. Nos relations avec ce pays dépendaient désormais de notre réponse à cette menace. Les Africains, devront  non seulement  condamner énergiquement le terrorisme mais, vu sa nature ils devront prendre des mesures radicales. Le président du Sénégal a alors décidé de réunir à Dakar le plus rapidement possible, les chefs d'État africains pour une conférence sur le terrorisme qui eut le lieu le 17 octobre 2001. Les Etats-Unis étaient invités et représentés par l’Ambassadeur Bob Perry, adjoint à l’Assistant du Secrétaire d’Etat pour les affaires africaines. La France aussi était invitée.

 Même si notre pays paraissait stable et en sécurité, nous étions quand même vulnérables ; car avec cette nouvelle menace, nos services de renseignement sont désormais dépassés et devraient être rapidement modernisés de même que nos forces de sécurité devraient disposer de moyens adéquats et suivre une formation spécifique.
 
Par exemple, notre pays devrait compléter les cartes d'identité de nos nationaux surtout à nos frontières qui sont poreuses. Il est important de savoir qui est Sénégalais et qui ne l’est pas. En outre, pour les transferts illicites d'argent sale pouvant servir aux terroristes, il faut une police spéciale au niveau des banques, des ports et aéroports. Dans ce domaine, notre expertise était limitée pour les contrôles. C'est pourquoi nous devrions collaborer avec les pays les plus expérimentés en la matière, notamment les États-Unis, l'Angleterre et la France pour partager notre réflexion et notre concept antiterroriste car il s'agit d'une menace commune.
 
Les pays musulmans aussi doivent convaincre la communauté internationale que l'islam est une religion de paix. Salam qui veut dire paix en arabe et Islam ont les mêmes racines. Le mot paix est mentionné 666 fois dans le Coran, pour souligner son importance. De même, cette communauté devrait reconnaître qu'il y a des radicaux dans chaque religion.
 
Il est en effet difficile de constater que des croyants en Dieu puissent  tuer d’autres croyants innocents de même religion en invoquant Dieu (Allah) comme le faisait le GIA en Algérie, y compris pendant le mois sacré de Ramadan où la tolérance et l'entraide sont particulièrement recommandées, même envers les non-croyants.
La conférence de Dakar a réuni 10 chefs d'État africains dont Obasanjo du Nigéria et Museveni de l'Ouganda et 18 délégations nationales. Le secrétaire général de l’Oua, Amara Essy et le Sous - Secrétaire général  des Nations unies, Mr. Ibrahima Fall étaient aussi présents. 
La décision qu'ils ont prise est intitulée Déclaration de Dakar sur le Terrorisme. En fait, jusqu'en 2004, très peu d’Etats africains s'étaient préparés pour combattre réellement les actes terroristes. Les commanditaires des actions terroristes de Nairobi et de Dar Es Salam n’étaient pas Africains. De plus, les bombes utilisées n’étaient pas fabriquées en Afrique.
Deux paragraphes de cette déclaration peuvent être cités :
« - Exprimant notre solidarité et nos condoléances aux États-Unis pour la tragédie du 11 septembre 2001,
- convaincus de la nécessité de faire de l'Afrique un continent où tout acte de terrorisme ou de complicité avec le terrorisme doit être bannie sans restriction, qu'il soit motivé par des considérations politiques, philosophiques, idéologiques radicales, ethniques, religieuses ou autres
-condamnons fortement tout acte terroriste perpétré sur le continent africain ou partout dans le monde. »
 
II-Définition du terrorisme
 
Qu'est-ce que le terrorisme : les Chinois ont été les premiers à le définir. Ils disent : « tue un et terrorise 10.000 ». D’ailleurs, la surprise est la meilleure arme du terrorisme. Pour réussir, le terroriste doit opérer d’une manière différente de tous les scenarios connus et pratiqués. On parle alors d'une lutte asymétrique du faible au fort. Mais les activités des terroristes sont toujours du domaine du possible. En particulier, la situation idéale pour eux est celle où tous les instruments et outils nécessaires sont préparés et mis en place à l’avance, et qu’il suffit simplement de déclencher le mécanisme de l'opération pour qu’une réaction en chaîne s'en suive. Exemples : faire sauter un barrage ou une usine nucléaire, un avion ou un train à grande vitesse.
 
La définition américaine du terrorisme est contenue dans le Titre 22 du Code US section 265 F qui stipule que : « une violence préméditée, motivée politiquement, perpétrée contre des cibles non-combattantes (désarmées ou pas en mission) par des sous-groupes nationaux ou des agents clandestins avec l'intention d'influencer une audience donnée ».
 
La guerre contre le terrorisme ne peut être gagnée par une seule nation comme l'avait cru le président George W. Bush, ni même par un groupe limité d'États. Elle doit être un objectif mondial avec la participation de tout État démocratique. C'est pourquoi l’Oua a signé une convention contre le terrorisme en 1998, après les attentats de Nairobi et de Dar-es-Salaam. L'Afrique a donc commencé à se soucier de ce problème avant l'attaque du 11 septembre 2001.
 
La force militaire peut être utilisée comme dissuasion d'abord mais aussi comme outil quand la confrontation est inévitable. A Nairobi, au World Trade Center et à Madrid, une force militaire classique n’aurait pas été efficace. En réalité, les terroristes sont des cibles mobiles taillant la forme ou l'aspect de leur opération, en fonction d’un environnement nébuleux ou confus. C'est pourquoi des forces massives ne sont pas efficaces mais plutôt une réponse spéciale, flexible, agile, mobile et discrète. Mieux, il faut un service de renseignements adapté, surtout outillé pour le renseignement par homme (Human intelligence =humint) complété par le renseignement électromagnétique (sigint).
 
Des analystes attribuent d’ailleurs à un mauvais renseignement humint, l’erreur d'évaluation de la situation par leurs services, avant le 11 septembre.
La connaissance d'un pays ne donne pas une vue globale de la culture d'un peuple, même à travers les outils de la NSA (National Security Agency). Ces équipements, dont des satellites, peuvent pourtant écouter, même des messages cryptés et traités par un système d'ordinateurs les plus puissants.
Voilà où des pays partenaires comme le Sénégal, peuvent disposer d'opportunités de traduire la réelle connaissance du terrain dans une stratégie commune envers un ennemi commun.
 
Quelle est la stratégie nécessaire ?
 
III - Pour une stratégie commune
 
1/ Les Etats-Unis et l'Afrique peuvent confronter cette menace s'ils réunissent les conditions suivantes :
bâtir une confiance entre partenaires : il est facile de trouver de nombreux obstacles à cette opération. Par exemple, il est arrivé plusieurs fois que des ambassades américaines en Afrique soient fermées pour des raisons de sécurité mais le paradoxe est que rarement nous autres Africains  sommes informés de la menace dans notre propre pays. Il est par contre évident qu’un policier sénégalais bien informé est mieux armé pour protéger les ambassades étrangères de son pays et la population de celui-ci. Et il est tentant de classer le pays où l'ambassade est fermée comme pays sans sécurité.
Il est important de noter que le Sénégal a toujours promu la démocratie et la liberté, et qu’il n’a jamais été influencé par le communisme. Nous sommes des musulmans modérés en majorité (95%) avec une tolérance envers toute autre religion. L’exemple le plus spectaculaire est celui du premier président sénégalais, le président Léopold Sédar Senghor, un catholique, qui a dirigé le Sénégal pendant 20 ans, sans conflits religieux.
 
Les fameux Tirailleurs Sénégalais, nos anciens dans l’armée française, ont participé avec bravoure aux deux grandes guerres du 20e siècle. Nous avons été la 1ère armée africaine au sud du Sahara, à participer à la 1ère guerre du Golfe (Désert Storm) où nous avons perdu une centaine de soldats.
 
 Enfin nos militaires n’ont jamais perpétré un coup d’Etat. Ceci pour dire que notre armée est républicaine et qu’elle participe aussi à la stabilité reconnue du Sénégal.
C’est le moment de citer une évaluation de notre pays par le département d’Etat : « le Sénégal est l’allié de l’Amérique qui a le plus d’influence en Afrique francophone au sud du Sahara ; il est un rempart de stabilité dans une région marquée par des conflits et des crises humanitaires. Une démocratie multi-partisane à prédominance musulmane mais laïque, le Sénégal est une voix modérée dans le monde et en Afrique. Il est l’un des rares pays à avoir maitrisé le Sida avec une prévalence de moins de 2%. Participant actif dans la résolution des conflits et dans le maintien de la paix dans la région, ce pays a fortement affirmé le droit des USA à se défendre contre le terrorisme et il a organisé la première initiative africaine contre le terrorisme (octobre 2001) après l’attentat du 11 septembre. » 
 
La dernière décision prise par le Sénégal en  matière financière, est la modification de la régulation des banques centrales et régionales pour bloquer le financement du terrorisme en contrôlant sa traçabilité.
 
Nous méritons donc la confiance de nos amis et nous offrons un partenariat sincère et effectif pour le combat contre le terrorisme. Il faut reconnaitre cependant, la réticence « naturelle » des services de renseignement à coopérer entre eux, quelque fois dans un même pays (exemple entre le FBI et la CIA), à plus forte raison entre pays étrangers, quoiqu’alliés. Cette réticence est évidemment un obstacle à l’efficacité. Après l’attaque du train à Madrid en mars 2004, la Communauté européenne a décidé de réunir ses services de renseignement pour combattre le terrorisme et a nommé l’ambassadeur De Vries Monsieur antiterrorisme.
 
 
       Suite dans notre édition de mercredi 5 décembre 2012
Demain, le Général Mamadou Mansour Seck met l’accent sur l’importance pour tous les pays démocratiques de coopérer dans les domaines du renseignement, de la formation et pour l’appui logistique aux Africains. Dans le viseur de l’ancien patron des Armées sénégalaises, le Nord Mali occupé et, plus largement, toute la bande sahélo saharienne où sévissent les groupes qui terrorisent les populations et entretiennent l’insécurité dans cette partie du monde.
 
+ Le Général Seck est un saint-cyrien pilote qui a commandé l’Armée de l’Air avant d’être Chef d’état-major général des Armées (Cemga 1988-93). Il est diplômé de l’Ecole Supérieure de Guerre Aérienne (Esga -1974) et de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (Ihedn) de Paris. A sa retraite militaire il a été ambassadeur à Washington de 1993 à 2002 avec juridiction sur le Mexique, l’Argentine, la Jamaïque, Haïti, Trinidad et Tobago.    
 
 
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