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| L’audace au quotidien… |
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| Bocar NIANG |
12/04/2011 | 09H37 GMT |
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| 25 ans… Voilà donc Sud devenu un vigoureux jeune adulte en dépit des turbulences, des vicissitudes et aléas de la vie. En jetant un regard sur ce quart de siècle, je mesure la chance d’avoir partagé des moments palpitants de l’histoire d’un groupe de presse exceptionnel. |
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Ma relation avec Sud débute en 1989 quand, jeune étudiant au Cesti, je décide de consacrer mon mémoire aux trois titres-phares de la presse écrite sénégalaise de l’époque : Sud Hebdo, Walfadjri et le Cafard Libéré. Pour les besoins d’un tel travail de fin d’études, je me devais de passer des journées entières dans les rédactions de ces journaux afin de vivre la réalité de leur fonctionnement au quotidien. J’avoue avoir alors été saisi d’une grande excitation à l’idée de rencontrer ces plumes qui me fascinaient : Babacar Touré, Sidy Gaye, Ibrahima Fall, Abdoulaye Ndiaga Sylla, Ibrahima Bakhoum, Vieux Savané, Michel Ben Arrous, Moussa Paye, Amadou Bira Guèye, Baba Diop, Demba Ndiaye. Je me rappellerai toujours mon premier rendez-vous avec Ibrahima Fall, alors rédacteur en chef du journal dont le siège se trouvait à la Rue Raffenel. Je ressentis un choc en découvrant des locaux étroits constitués d’un bureau exigu qu’occupait Babacar Touré et d’une salle de taille moyenne servant de local au reste de la rédaction. C’était donc cela Sud. Une sorte de boite d’allumettes produisant de grands feux dont les flammes jetaient une lumière crue sur la gouvernance du pays.
Alors que je m’attendais à un climat feutré collant mieux à la réputation de « journal des intellos », je découvrais une ambiance extrêmement détendue, laissant penser qu’on avait affaire à une bande de vieux potes. Plus tard, je me rendais compte que cette ambiance pouvait être aussi très tendue lors des moments de bouclage du journal, avec notamment les coups de gueule légendaires de Babacar Touré alias BT.
Le journal qui dérangeait le Prince et osait titrer « Non Monsieur le Président » fonctionnait en réalité avec des moyens dérisoires (je me souviens encore du comptable Ousseynou Ndiaye qui, répondant à mes questions, avait les yeux rivés sur un cahier d’écolier rempli de chiffres!).
J’avais l’impression que Sud était un miracle au quotidien, mais aussi une belle machine humaine et professionnelle tant la passion portée en bandoulière et le talent déployé étaient impressionnants. Mon parchemin du Cesti en poche, je soumettais un premier projet d’article à Ibrahima Fall sur un sujet passagèrement racoleur que je croyais accrocheur : les trésors de séduction des femmes sénégalaises dans le ménage. Ce fut pour moi l’occasion de recevoir une belle leçon de journalisme, celle du terrain, loin des salles du Cesti. Je fus vite recadré par le rédacteur en chef, soucieux de privilégier des angles de traitement délaissant le futile (le racolage) et se focalisant sur l’essentiel.
Mon premier article « séducteur » sur une pleine page de Sud, agrémenté de quelques photos suggestives prises par le photographe-maison Thié, m’apparaissait alors comme un trophée de guerre, fier que j’étais de voir ma plume jeune, hésitante, immature car portant encore la fraicheur estudiantine, côtoyer celles de mes aînés admirés. Sud, une école? Pour moi, ce fut une évidence dès le premier jour.
Avec son stylo à l’encre rouge, Ibrahima Fall opérait un minutieux « rewriting » de la plupart des articles à paraître, repérant la moindre faute de langue et les errements dans le traitement des faits. En ces temps là, un reporter repassait au moins deux ou trois fois sur le terrain, pour vérifier les infos, les affiner, les enrichir. Babacar Touré, Ndiaga Sylla et Sidy Gaye prenaient volontiers le relais et poussaient l’exercice à un niveau qui faisait de Sud Hebdo, l’un des journaux les mieux écrits de son époque.
L’organisation de Sud était telle qu’elle offrait à tout jeune professionnel de formidables opportunités de s’améliorer, de s’imposer et de relever les défis les plus audacieux. Ainsi un beau jour, Sidy Gaye qui est pour moi à la fois un modèle et un mentor, me propose d’intégrer le desk Économie. Grâce à son encadrement serré et précieux, renforcé par celui d’Amadou Bira Guèye, connu pour sa connaissance fine du monde des affaires sénégalais, je finis par me passionner pour les sujets économiques qui vont occuper les trois quarts de ma production journalistique à Sud.
Devenant en 1993 chef du desk Économie, j’avais dorénavant les dix doigts sur le volant, dans un contexte qui voit le journal se muer en quotidien d’informations. Ce contexte était également riche en mutations socio-économiques, avec l’affirmation de plus en plus forte des acteurs du secteur informel par le biais notamment de la puissante UNACOIS et l’émergence de la CNES comme porte-voix des entrepreneurs sénégalais. C’était également le moment d’un sévère recadrage macroéconomique illustré par le Plan Sakho-Loum, mais aussi et surtout de grandes réformes structurelles inspirées par la Banque mondiale avec un programme de privatisations qui n’épargnait même pas les vaches sacrées du tissu économique national (Sonatel,Senelec…). Cette forte effervescence sur le front socio-économique fut un moment exaltant pour les jeunes reporters que nous étions, et les pages de Sud se transformaient volontiers non seulement en supports d’informations sur tous ces évènements mais également en plateforme de débats.
C’est dans ce contexte également que des scandales politico-économiques de toutes sortes sont révélés au public grâce à Sud. Le plus marquant de ces scandales reste sans aucun doute l’affaire ayant opposé la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) et la Douane sénégalaise. Par une enquête minutieuse et impartiale (puisque la CSS avait été largement interrogée et toutes les informations recoupées pour éviter toute manipulation), Sud publiait le 13 octobre 1995 une enquête sur cette affaire d’importation par la CSS de 16 500tonnes de « sucre roux blond d’aspect blanchâtre » dans des conditions contestées par la Douane.
Piqué au vif, le camp de la CSS va théoriser le grand complot. Son argumentaire : Sud est manipulé par certains lobbies, en particulier par la Cnes, organisation patronale à laquelle est affilié le groupe Sud Communication. Une assertion fausse. D’abord, Babacar Touré n’a découvert le premier article sur ce scandale qu’à l’heure du bouclage du journal et je me rappelle encore sa réaction : « Ah! Tu es au courant ». Ensuite, j’entretenais de bien meilleures relations avec le CNP, l’organisation rivale de la Cnes, au point que BT aimait bien me railler sur ce point. Mais jamais il n’a empêché la sortie d’un papier et encore moins cherché à influer sur le contenu d’un article lorsque nos enquêtes éclaboussaient ou gênaient ses amis de la Cnes. C’était cela aussi Sud : une pratique libre et responsable de notre métier sans qu’une quelconque « ligne de parti » ne bride une telle dynamique.
Cette affaire « Sud-Css », de par l’injustice qu’elle a générée (un procès retentissant et des condamnations ahurissantes contre le journal), la fureur qu’elle a engendrée et la formidable solidarité qu’elle a suscitée au sein et en dehors de la rédaction, nous a ouvert les yeux sur la noblesse mais aussi les limites de l’exercice de notre profession dans un contexte de déficience démocratique comme celui du Sénégal.
Le grand mérite de Sud est d’être devenu une référence impérissable et inspirante, au point que beaucoup d’entreprises de presse marchent aujourd’hui dans son sillon. Et la bonne nouvelle demeure que « la référence » n’a que 25 ans et qu’elle n’a donc pas fini de nous inspirer…
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