A la Une | Editorial | Analyses | Chronique | Dossiers | 100% Sud | Mon Sud a moi | Journal des internautes
 

 
 
 
 
EN PERSPECTIVE
La fausse bonne mesure
Malick NDAW | 02/01/2014 | 09H53 GMT
 
Le père Noël existe, mais il vaudrait mieux qu’il promette ce qu’il peut donner car les « enfants » n’ont jamais autant été dans l’expectative. Il est salutaire que le Chef de l’Etat se penche enfin, contrairement à ses prédécesseurs, sur la problématique la plus épineuse qui grève le maigre budget de plus de 51,6% des ménages sénégalais : le logement, besoin élémentaire de tous. Mais une baisse du loyer allant de 29% pour les petites bourses à 14% pour la classe moyenne et 4% pour le haut de gamme, c’est moins que les 35% de baisse que réclament les locataires enquêtés par l’Agence nationale de la statistique et la démographie (Ansd) dans son étude monographique sur les services immobiliers du logement à Dakar. Qu’à cela ne tienne, au-delà de l’annonce, lors de son discours de fin d’année, c’est plus la mise en œuvre qui suscite circonspection.
 
Comment il va faire ! On ne doute pas de sa capacité à trouver des solutions surtout que lui, le Président Macky Sall, est conscient que le logement est « une forte demande sociale » tandis que « le coût du loyer est devenu trop cher », reconnait-il. Sauf qu’il est certains problèmes dont la solution requiert cependant la prise en compte de plusieurs paramètres qui intègrent une logique intrinsèque. Surtout lorsqu’il est question du marché. Car il s’agit bien du marché locatif privé où c’est l’équilibre ou le déséquilibre entre l’offre et la demande qui gouverne le niveau des prix. Aussi, décider ipso facto et manu militari du niveau des prix, relève plus d’une gageure. Surtout lorsque ces mesures ressortent des recommandations toutes fraiches de la Commission multidisciplinaire d’étude sur le loyer qui vient à peine de déposer ses conclusions sur la table du Chef de l’Etat. Le bon sens voudrait que celui-ci, après voir décidé le blocage hypothétique des loyers et ce pour trois mois, prenne le temps de consulter les acteurs du marché notamment la communauté immobilière, puis au besoin, introduire un projet de loi visant à encadrer voire réguler les loyers.

Une telle démarche apparaîtrait plus responsable car, à la différence de la régulation des salaires à travers les impôts, la location, comme dit plus haut, est un marché à l’instar des denrées de première nécessité. Lorsque le gouvernement avoue ne « rien pouvoir faire » devant la hausse soudaine du prix de la viande de mouton intervenue cette semaine sur le marché « libéralisé », c’est dire que si l’Etat est incapable d’administrer les prix, il peut et doit tout au moins réguler le marché. Réguler un marché c’est l’encadrer or, encadrer un marché n’est pas forcément prendre des décisions à la vite comme semble le comprendre le Premier ministre qui, dans sa « cadence », déclare que la décision du Chef de l’Etat sera « appliquée immédiatement ». On a hâte de voir comment ?

En attendant d’en connaître plus sur les éléments et mécanismes que les membres de la Commission multidisciplinaire ont mis sous les yeux du Président Macky Sall, une analyse froide recommande de voir le verre à moitié vide en nous interrogeant d’abord sur la fixation ou pas d’un éventuel loyer médian de référence (une médiane étant le point milieu de l’ensemble, qu’elle divise en deux moitiés) à partir duquel les loyers pourront être déterminés selon les catégories. Ce qui dès lors, pose la problématique du contrôle et de la surveillance effectifs de l’application des mesures. Or à ce niveau, les autorités ont déjà tout le mal du monde concernant le marché en général.  L’étude monographique sur les services immobiliers du logement à Dakar de l’Ansd, note bien « une absence de l’Etat dans la surveillance du loyer », affirmant que les locataires sont « livrés à eux -même et certains propriétaires en profitent à la faveur des déménagements pour augmenter les loyers ». L’Etat sénégalais-a t-il les moyens aujourd’hui de contrôler ce phénomène ?

Par ailleurs, prenons l’exemple de la France où ce secteur est tout de même mieux organisé mais où la même problématique du loyer se pose actuellement. S‘attaquant au niveau des loyers pratiqués en France, le gouvernement  a introduit une loi pour « l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) ». Cette loi qui a été votée promeut un dispositif qui consiste à mettre en place dans chaque ville, un observatoire qui permet de calculer un loyer médian. Aussi les loyers nettement au-dessus ou en dessous peuvent faire l’objet d’une correction si le locataire en fait la demande, sauf si des éléments de confort particulier ou un standing hors du commun justifient un loyer majoré. 
 
Les paradoxes de l’encadrement

Il se trouve que ce dispositif fait néanmoins l’objet d’une polémique scientifique car au bout du compte, alors qu’il a vocation à tempérer tous les loyers, il semblerait que cela ferait baisser les loyers les plus élevés, acquittés par les locataires les plus fortunés, et ferait monter les loyers les plus bas, payés par les locataires à faibles revenus. Un paradoxe qui pourrait être bien pire sous nos cieux avec les mesures de baisse annoncées mais dans le contexte d’un secteur locatif sénégalais qui brille notamment par une anarchie sans nom, entre intermédiaires, agences immobilières et propriétaires mus par le seul souci du plus de gains bien décrite par l’étude de l’Ansd en question, quand bien-même un geste fiscal pourrait améliorer l’ordinaire économique des bailleurs.

La volonté du gouvernement d’encadrer les dérives du marché locatif privé devrait ainsi commencer par l’assainissement du secteur. L’ANSD pour sa part, a collecté des données quantitatives et qualitatives auprès de différents acteurs évoluant dans le domaine du loyer.

Certes l’urgence est là et, qui règle le problème du loyer donne plus de pouvoir d’achat à plus de la moitié de la population sénégalaise. Mais la solution requiert un peu plus de lucidité de la part des autorités qui ne devraient pas non plus verser dans le chassé-cadence pour annoncer de fausses solutions.

En définitive, les mesures d’encadrement des loyers ne sont qu’un moyen temporaire de limiter la hausse des taux d’effort, mais elles ne sont pas à elles seules suffisantes.

Au-delà de l’urgence, pour soulager les ménages du « fardeau » que représentent les charges de location, remédier aux tensions locatives passe par deux efforts : déployer l’offre de biens à louer et le faire avec discernement, c’est-à-dire aménager le territoire. En déconcentrant les activités au niveau de la capitale avec la construction de zones centres économiques et en révisant la réglementation ‘’désuète‘’ parce que datant de 1981.
 
Commentaires (0 )
 
    • Veuillez saisir votre nom
      Invalid format.L'adresse n'est pas valide
      Exceeded maximum number of characters.Veuillez saisir votre message
      Security Code
      Le code n'est pas valide
 
 
MATTEO RENZI, PRESIDENT DU CONSEIL ITALIEN
«MISER SUR LES PROCHAINES GENERATIONS AFRICAINES EST UNE PRIORITE ABSOLUE»
AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE EN RIZ EN 2017 AU SENEGAL
LE PLUS GRAND RISQUE C’EST DE NE JAMAIS RISQUER
MAME LESS CAMARA, PRESIDENT DU TRIBUNAL DES PAIRS
«UNE NOUVELLE PAGE DANS LA REGULATION EST OUVERTE»
En perspective - Par Bacary Domingo MANE
La voix de son maître
EN PERSPECTIVE – Par Mamadou Mika LOM
Force reste désormais au courage !
REVENDICATIONS DE MAGISTRATS-DECISIONS DE JUSTICE
Le difficile affranchissement
E N PERSPECTIVE –Cheikh Lamane DIOP
Ne pas réécrire l’histoire
 
 
 
 
   
 
 
 
Sud Quotidien Amitié II x Bourguiba BP : 4130 DAKAR Tél : (+221) 33 824 33 06 / (+221) 33 824 33 15 Fax : (+221) 33 824 33 22