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| LA FOLLE GENERATION- Je me souviens des jours anciens et je souris |
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| Baba DIOP |
21/04/2011 | 07H26 GMT |
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| On ne regarde son parcours qu’avec les yeux de la tendresse, s’étonnant de tout ce qu’on a pu réaliser pour soi, pour les autres et avec les autres. Les souvenirs disgracieux ne méritent pas notre mémoire. Quand je me retourne sur mon parcours à SUD, je me dis : «Qu’elle était belle, cette époque d’insouciance qui s’ouvrait sur un futur sans anicroche». |
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Aujourd’hui, je regarde devant moi et me dis : « Le meilleur est à venir puisqu’il est donné à chacun, y compris à un journal, la possibilité de rebondir avec pour filet, son capital d’expérience».
Mon aventure avec Sud n’a commencé ni avec Sud Magazine, ni avec Sud Hebdo encore moins avec Sud Quotidien. Je suis de ces affluents qui ont irrigué «le grand fleuve SUD ». J’étais rédacteur en chef de Warango , qui fut le magazine le plus impertinent en matière de culture et dans lequel se retrouvaient Idy Carass Niane, Vieux Savané, les frères Coly (Just Alain et …), Jean Pierre Phan.. Certains d’entre nous s’étaient connus en Europe du temps de nos chères études et avaient développé une affinité générationnelle. Mais aussi une complicité dans le combat pour l’émancipation de la femme avec le groupe Yewi Yewu qui avait pour porte-étendard Marie Angélique Savané. Le monde était à nous. Du moins le pensions-nous. Rien n’assombrissait notre futur, ni l’angoisse de se retrouver un jour au chômage, ni l’angoisse d’être à cours d’argent. Le niveau universitaire de chacun de nous, nous plaçait dans la catégorie « jeune cadre dynamique, mais de gauche». Warango pour nous était un « Bouillon de Culture », un support d’élaboration d’idées et de conceptions nouvelles avec pour sous main un engagement politique inspiré par le grand Timonier qu’on appelait alors Mao Tsé Toung. Le livre rouge avait déteint sur nous, bien que nous fussions d’ « affreux petits bourgeois » qui refusions de l’être.
Dans cette génération qui avait la fleur à la bouche et le nez au vent, nous n’étions pas les seuls « waranguistes » à l’incarner, Modibo Keita, journaliste malien et romancier auteur de l’Archer Bassari avec sa revue « Santé meilleure» entretenait la conviction qu’un « esprit saint, dans un corps saint » était le socle d’un développement humain harmonieux et partant, de celui de toute nation.
Dans la revue « Vivre Autrement » de Enda/TM, Diana Senghor et Babacar Touré, futur directeur de publication de Sud Magazine donnaient au consommateur les armes de sa propre défense dans la jungle des produits de consommation, tout en forgeant une conscience citoyenne allant dans le sens de la préservation de l’environnement.
Tout cela était animé de militantisme qui fleurait bon la générosité et l’exaltation de faire partie de ceux dont les idées et les actions font avancer la condition humaine. La bonne fortune, enclenchée par Babacar Touré, se présenta sous forme de projet d’enquête sur la distribution des journaux en Afrique, qui associa les trois revues : Warango, Santé meilleure et Vivre Autrement. La fondation Ford en était le bailleur. Les trois responsables des revues ratissèrent l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique Centrale. Un rapport substantiel sur la distribution des journaux fut élaboré. Et ce dont Sud allait bénéficier.
Ce voyage, fait de chassés croisés entre nous, nous permit de resserrer les liens. Pour ma part ce fut une inoubliable expérience de collaboration qui me fit découvrir une Afrique que j’ignorais et me fit regretter en secret, l’option prise d’aller étudier le journalisme à Bordeaux, car mes deux complices dans ce périple et qui de surcroit étaient des « cestiens », étaient accueillis en frères d’armes dans les rédactions des pays que nous visitions.
Le Cesti, l’école de journalisme de Dakar était l’unique moule de formatage des futurs journalistes en Afrique l’Ouest francophone. Les « cestiens »entretenaient l’esprit promotionnaire, sorte de pacte de solidarité non écrit entre gens ayant partagé les bancs de l’école. C’est sûrement ce pacte qui a conduit d’anciens « cestiens » (Abdoulaye Ndiaga Sylla, Ibrahima Bakhoum, Sidy Gaye, Babacar Touré, Ibrahima Fall « Petit chef ») et parmi lesquels certains venaient de quitter le Soleil , quotidien national, dans les circonstances qu’ils raconteront mieux que moi puisqu’ils en sont les acteurs, à nourrir l’ambition de créer un journal indépendant , ce qui relevait de la témérité dans les années 80. Le titre serait Sud Magazine pour prendre en charge notre propre information et faire entendre la voix de l’Afrique dans un contexte de bataille pour le Nomic (Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication) impulsée par Amadou Moctar Mbow , alors directeur général de l’Unesco.
Au cours de ce voyage, je revois encore Babacar Touré, à Niamey se pencher sur les articles qu’il avait rédigés quand il fit son stage dans le quotidien national du Niger. Je m’arrête pour dire qu’il est à regretter que les jeunes journalistes ne cherchent plus à sortir de leur sécurisant cocon national pour tenter l’aventure –ne serait ce que sous forme de stage- dans les médias des autres pays pour une meilleure connaissance de l’Afrique et de ses réalités complexes, à une époque où les écoles de formations à Dakar, accueillent de plus en plus de ressortissants d’autres pays africains. Il y a là une opportunité à saisir pour des échanges.
Pour autant que je m’en souvienne, c’était dans le bureau du directeur de publication de Santé Meilleure qui donnait sur une cour en forme de couloir qu’une des réunions de démarrage eut lieu. Par la suite, Modibo Keita qui nourrissait d’autres projets à Abidjan devait quitter Dakar. Entre temps Warango s’est sabordé. La quasi-totalité de ceux qui y écrivaient n’étaient pas journalistes de profession. Ils étaient salariés ailleurs, cadres d’entreprise, professeurs de philo et aucun subside n’était versé à nous autres, gratte-papiers du dimanche. Ma pitance je la tirais de ma profession d’enseignant de journalisme-radio au Cesti.
L’aventure de Sud Magazine était lancée. L’idée était d’en faire un journal de référence s’adressant à une catégorie déterminée de lecteurs. C’était comme si tout d’un coup, on avait lâché la bride à des journalistes qui se sentaient trop à l’étroit dans un quotidien national sous l’emprise du parti au pouvoir. Le ton en était plus que sérieux. Sud Magazine n’était pas seulement un journal. Il se voulait mouvance en organisant des séminaires, colloques et tables-rondes sur des sujets qui préoccupaient le pays et nos voisins. Surtout la Mauritanie.
La légèreté qu’apporta Sud Hebdo qui chemina un temps avec Sud Magazine ne fut que salutaire. Il irisait mon sourire, convenant plus à mon tempérament et à mon style d’écriture. Gâteau sur la cerise, j’avais obtenu la page 2 pour la culture. Chose exceptionnelle dans un contexte, où le journalisme politique était considéré comme la fine fleur du journalisme et le journalisme culturel, une pratique pour «nœud papillon » de la presse. Mon bonheur allait grandissant quand Vieux Savané , Bira Gueye, Demba Ndiaye, actuel Directeur de publication du quotidien la Sentinelle, qui mieux que quiconque saura raconter l’injustice qui le défenestra des studios de radio Sénégal , atterrirent à Sud Hebdo. On faisait la paire comme on dit. Les souvenirs hors de la rédaction appartiennent au «motus bouche cousue ». Donc….
Du reste Demba Ndiaye était notre éclaireur, à chaque déménagement du journal de la rue de Bayeux,, à l’immeuble Fahd en passant par Mohamed V, Comme muni de radar, il repérait « l’annexe de la rédaction » pour la pause-rafraîchissement, que ne tardait, pas à découvrir le rédacteur en chef Ndiaga Sylla, qui mandait nous chercher. La bande de joyeux lurons renfermait en son sein une femme : Henriette Kandé Niang qui en était la fine fleur. Son humour désarçonnant ferait tordre de rire le Pape. La bonne humeur donne du tonus à chaque rédaction et la stimule. Nous en avions fait notre crédo bientôt rejoints par Abdou Fall, le monteur, puis par « Fall s’Appelle » (Madior) Pape Ndoye, la mémoire vivante de SUD.
Il y a tant de choses à raconter sur Sud que j’y passerais l’année et il me resterait encore des journées à finir mon récit. J’ai été de toutes les aventures Sud où j’ai apporté ma petite pierre (Sud Magazine, Sud Hebdo, Sud quotidien, Sud Fm Senradio, Sud Senvision ( la boîte de productions audiovisuelles), et maintenant l’Issic ( Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication). Marketing Press a été la seule à échapper à mon envie de m’ouverture à d’autres horizons.
Mais souvenir de guerre pour souvenir de guerre, il y des reportages qui vous donnent la fierté de faire partie de cette noble profession qu’est le journalisme. Du haut de l’immeuble Fahd qui surplombe le Port Autonome de Dakar, nous vîmes derrière les vitres des fenêtres, un paquebot en flammes et des voitures de pompiers toutes sirènes hurlantes. C’était le Karabane 2 et à son bord, des passagers et des marchandises. La découverte macabre de corps calcinés de dockers provoqua en moi un haut le cœur.
Malgré tout, je réussis à sauter dans l’embarcation d’un des remorqueurs qui tiraient le bateau encore en flammes et sous un puissant vent marin, vers le cimetière des bateaux et à bord duquel, avaient pris place les gradés de la gendarmerie et de la police. Ce fut l’un des meilleurs reportages de ma carrière, bien que j’en aie eu d’autres. Pour ce reportage c’est la promptitude à agir et l’audace de sauter dans ce remorqueur qui me font le plus frissonner de joie. Couvrir des élections, des meetings politiques, de grands procès politiques, des crises comme celles avec la Mauritanie ou accompagner les Baye Fall de Gorée et partager avec eux leur tambouille, commenter le premier sondage d’opinion de Sud réalisé par BDA donnent assurément de la bouteille à tout journaliste.
Dans cette aventure de Sud, je ne fus pas seulement journaliste culturel. Sud c’est aussi une école de la rigueur journalistique, avec Sidy Gaye qui rédigea un Guide de la Rédaction qui ne comportait pas seulement les codes de la bonne écriture journalistique. Il était aussi un guide de bonne conduite du journaliste Sud.
Voici que je me surprends à parler au passé alors que l’aventure se poursuit. Les secousses provoquées par les fortes zones de turbulences s’adoucissent peu à peu. Le meilleur est à venir tel que dit au début de mon papier. Mais il faut savoir préparer ce futur qui sonne le temps de la relève. Le lecteur des débuts de l’aventure Sud et qui continue à nous accompagner, a pris de l’âge. Ses yeux ne supportent plus les petites polices de caractère. Les sollicitudes de la vie font qu’il s’acoquine difficilement avec le Dazibao. Face à la concurrence des images, l’esthétique de la mise en page, plus que jamais, souligne la vitalité et le dynamisme d’un journal parce que porte d’entrée de celui-ci.
C’est là une exigence de modernité. La politique n’est plus ou ne devient plus le centre d’intérêt des lecteurs, dont les préoccupations sont tournées vers le bien-être (santé, nutrition, éducation, l’esthétique du corps, les plans épargne et tout ce qui peut atténuer la chute dans la pauvreté). Les informations pratiques qui allègent le budget familial, la sécurité… Il n’est point question de verser dans le registre « people » mais de ne pas être en déphasage avec le public des lecteurs à venir. Je fais partie de ceux qui pensent que le journal papier à de beaux jours devant lui. Au début des années 80, de sérieux analystes et chercheurs en communication avaient signé l’arrêt de mort de la radio.
Des décennies après, elle est plus vivante que jamais dans notre quotidien. Au nom de quoi, alors, le journal papier ne pourrait il rééditer un tel exploit ? Tout ce que je viens d’énumérer, les animateurs de Sud le savent mieux que qui quiconque. Il reste que l’argent est le nœud de la guerre. Mais il faut savoir aussi, que c’est au milieu de la tempête qu’on reconnait le vrai marin et que se teste la solidité d’une embarcation.
En dépit des infiltrations d’eau (je pense à ceux qui guerroient et qui voudraient faire de Sud Quotidien un rafiot), le bateau tient la route pour de nouvelles aventures et pour durer dans le temps. Pour le plaisir d’ informer et aussi au nom de la mémoire de Moctar Gueye, Mame Olla Faye, Modibo Keita et tous les compagnons qui ne sont plus de ce monde et qui de là-haut continuent, d’être avec nous.
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