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Visite du président français Emmanuel Macron au Sénégal : BAMAKO, OUAGA, ACCRA, ALGER, ABIDJAN, TUNIS, DAKAR…
LA FRANCE ENCORE PAR CI... MAIS PLUS PARTOUT
Mame Aly KONTE | 02/02/2018 | 10H07 GMT
 
De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et cette fois Macron. La France aime le pré carré africain. Elle n’a pas le choix. Et, même le Président Macron, le plus jeune de tous ses chefs d’Etat, adepte des discours de rupture, ne s’y refuse pas. Dans la panoplie, tous ces centres urbains (de Saint-Louis à Ouagadougou) ont été dessinés et aménagés à une certaine époque par la France coloniale et  tout président de rupture qu’il voudrait être, Emmanuel Macron  ne saurait se passer de ces capitales qui servent encore à la France dans ses ambitions de grandeur et de survie comme puissance économique sur la planète. Macron à Dakar, ce sera encore pour cette nouvelle perception de la coopération entre un pays diminué, la France, et un continent en progrès dans ses performances économiques (malgré tout ce qu’on pourrait en dire), l’Afrique.
 
Pour marquer la véritable rupture, il aurait sans doute fallu au Président Emmanuel Macron, de tenter une visite en direction de Conakry. La Guinée, voilà qui serait qualifié de rupture réelle et de tournant. Quand le Général De Gaulle, avant le référendum de 1958, arrive à Dakar, pour se remettre du Non de la Guinée, Macron n’était pas encore né. 60 ans après, le « oui, mais » du Sénégal de Valdiodio Ndiaye, le plus jeune des Présidents de la cinquième République découvre Dakar et sa presqu’île avant de se rendre du coté de Saint-Louis pour humer au parfum de la vieille ville et de ses nombreux problèmes d’urbanisme, de durabilité et de fragilité au plan économique.
 
Véritablement, dans cette visite qui arrive avec celles souvent répétées ces derniers temps auprès des militaires  français des forces « Barkhane » et « Sabre », il s’agit de faire percevoir à l’opinion que la France, en dépit de ses propres difficultés économiques qui l’ont repoussé à une position peu reluisante de 9 voire 10ème puissance économique derrière la Chine (qui met au plan commercial quelque 100 milliards de dollars par an dans les économies du continent) et un pays comme le Brésil (pays que le Président Lula a ramené sur le continent) a encore des choses à prouver.
 
Pourtant, si juste après les indépendances et même 30 ou 40 années après, c’était bien une France par ci, par là, pour ne pas dire, partout, aujourd’hui, ce pays ne semble plus rayonner que sur cette partie ouest du continent comme il le voudrait. Au fil du temps, le regard de l’opinion a changé ; celui des hommes et des femmes de pouvoir aussi.
 
Malgré la question liée à sa présence militaire dans un pays immense, mais fragile comme le Mali, ou  encore dans d’autres espaces territoriaux encore convalescents comme le Burkina, après les attentats de Ouaga, ou la fragile Côte d’Ivoire, avec Abidjan qui a posé avec Macron, la pierre de sa première ligne de métro pour sauver les apparences, la souveraineté française est mise à mal par un certain nombre de réalités qui ont lieu sur le continent. Celles-ci ont pour nom : une lecture plus réaliste des rapports que les anciennes colonies voudraient avoir avec l’ancien colonisateur. Et cela, en dépit des failles qui ont marqué, l’espèce de rencontre du jeune Président avec de jeunes étudiants burkinabé, lors de sa dernière visite à Ouaga. Bien inspiré mais pas utile pour la France. Certains ont d’ailleurs trouvé le dialogue un peu superflu.
 
L’autre réalité est dans l’affinement des sujets que posent désormais les populations qui ont plus mûri qu’avant. La génération des années 50-60-70 qui connaît des fois mieux ce pays, (la France) que certains ministres français de Macron et qui peuvent leur donner des leçons sur ce qu’a été la présence française en Afrique, lit ces rapports d’une autre façon. Plus à l’aise,  tous ces gens dont la plupart ont fait le choix de vivre en Afrique après avoir étudié, qui ont pour certains des cabinets  en France, ont un regard plus réaliste ce que devraient être ces rapports. Ils ne sont plus demandeurs d’une France partout chez eux. De quoi d’ailleurs donner des complexes à une certaine Marine Lepen.
 
La troisième fenêtre de ce regard prospectif est que même si les Présidents actuels à la tête de pays comme la Côte d’Ivoire (avec Ouattara), le Burkina Faso (Roch Kaboré), le Sénégal (avec Macky Sall) n’ont rien des anciens affidés qu’étaient les Diouf, Compaoré et tant d’autres dans le sous-continent, ils n’ont plus la liberté que les anciens. Ils n’ont même pas la même perception que ces derniers.

Comme en France, ici aussi les hommes ont changé. Au Sénégal, le Président Sall, même fort de son accord avec une grande entreprise française Alsthom, dans la conception et la réalisation du Train express régional (Ter), sait que le peuple et l’opinion l’ont à l’œil et ne lui laisseront pas toute la latitude de dire et de signer tout et n’importe quoi avec l’ancienne puissance. De là à dire que les rapports ont vraiment changé, il n’y a qu’un pas à franchir quand on sait  que pour  finir l’aéroport Blaise Diagne de Diass, il a fallu coopérer avec le gouvernement turc d’Erdogan. Où était donc la France qui a presque tout fait dans ce qui est aujourd’hui, l’ancien aéroport Léopold Senghor de Dakar ?
 
ADAPTER LES TERMES DE LA COOPERATION ET CHANGER LE RAPPORT A LA FRANCE
 
Léopold Senghor, ancien président et fidèle de De Gaulle, c’était pour l’histoire. Cette page du mariage d’intérêts des deux pays semble être derrière Macron et Macky Sall. Mais comment changer le rapport à la France en adaptant les nouveaux termes de la coopération avec le Sénégal ?  Toute la question de la visite du Président français ici au Sénégal. Un sujet de taille va nul doute mobiliser les deux hommes : celle de la sécurité des deux pays, mais aussi et surtout la coopération militaire et économique. Presqu’à bout de souffle dans le désert malien, Macron a besoin de Macky, du Sénégal et de son armée, pour se donner des forces.
 
 Malgré toute sa force, un autre pays comme l’Algérie hésite encore, en dépit d’un récent séjour à Alger du jeune président, à s’engager de manière visible en dessous du synclinal de Taoudéni. L’Algérie et le pays d’Ibrahim Boubacar Keita sont séparés d’une très longue frontière (1329 km), mais le staff autour du Président Bouteflika ne veut rien donner en termes de visibilité sur la question malienne. Même si elle a ouvert une fenêtre de négociation avec le Mali sur la question touareg et un retour à l’ordre. Au dernier sommet de l’Union africaine les 28 et 29 janvier à Addis Abeba (Ethiopie), Abdelkader Messahel,  ministre des Affaires étrangères algérien l’a encore confirmé.
 
Dans tous ces pays avec lesquels la France garde un rapport particulier avec certains dirigeants malgré la prudence de Macron, tout a évolué si vite que la France qui avait continué des fois à donner des leçons, n’avait pas compris que le temps du mandarinat était derrière elle. Michel Vauzelle, ancien Président de la région Provence, alpes côte d’Azur (Paca) et ancien ministre de la Justice sous Mitterrand, le disait récemment dans une conférence à Tanger au Maroc, «  Nous avons plus à apprendre avec l’Afrique d’aujourd’hui au lieu de venir sur le continent en donneur de leçons. Il y a des choses qui se passent ici, qui ne passent pas chez nous. Et il faudrait qu’on se fasse tout petit des fois quand on se rend sur le continent… »
 
En venant à Dakar et au Sénégal, le président Macron ne pouvait pas se priver longuement de cette étape presque obligée pour tout locataire de l’Elysée. Le Sénégal comme une bonne partie de ces territoires de l’Afrique de l’Ouest restent des zones ouvertes à la France malgré tout ce qu’on pourrait dire. Finistère et porte ouverte sur le monde, Dakar n’en reste pas moins un des sites les plus attrayants, malgré quelques difficultés, pour les Français et leur pays. Y venir donc moins d’un an, après avoir été installé à la tête d’un pays comme le France, quoi de plus naturel. De Gaulle, Pompidou, l’ami de Senghor, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, jusqu’à Hollande en connaissent un petit bout de cette ville atlantique. Pourquoi pas Macron ? Mais nul doute, que si pour lui, cela semblait différent et beaucoup plus difficile face à sa volonté de tout changer, il se trouve qu’il est en train d’apprendre. Une seule certitude aura été qu’il a déjà pris quelques bonnes notes de ses visites à Ouaga, à Accra, Alger, Abidjan, Tunis. A Dakar comme à Saint-Louis, Macron  saura surtout ce qu’il ne faudra pas dire. Parce que s’il se trouve que la France est encore par ci, il a compris qu’il est devenu évident qu’elle n’est plus partout ici et là sur le continent.
 
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