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CONTRE-COURANT - Par Ibrahima BAKHOUM
La verve et la vertu
Ibrahima BAKHOUM | 15/11/2012 | 14H24 GMT
 
Merci Maître ! Une annonce fracassante un jour, un renoncement le lendemain, Me Abdoulaye Wade a remis ca.  Faisant que son successeur au Palais de l’Avenue Léopold Sédar Senghor a enfin des raisons post 25 mars 2012, de lui souhaiter encore plus d’entrain et plus de punch dans sa façon de communiquer.
 
Pour le retour à Dakar de son Secrétaire général, le Parti démocratique sénégalais attendait un vol spécial pour vendredi. Le leader vient de servir à ses partisans, une volte-face glaciale. Sous les applaudissements nourris de la majorité présidentielle, on s’en doute. En politique, l’inconstance de l’adversaire sert toujours.

Passablement malmené dans l’opinion par une conjonction de facteurs négatifs (coût de la vie, contradictions au sein de sa coalition, tir de barrages contre son Premier ministre), Macky Sall n’était plus au meilleur de ses jours présidentiels. Et puis vint Me Abdoulaye Wade dans ses habits d’ex président relooké au style des années 90 dont les maladresses de la communication politique aidaient les socialistes à se tirer de mauvaise passe, en des moments d’incertitude. Le pouvoir d’alors sautait toujours sur une déclaration malheureuse du Pape du «Sopi» ou un acte insuffisamment pensé et donc très mal accueilli dans l’opinion. Cela permettait au président Abdou Diouf de souffler, tandis que les adversaires du pouvoir pestaient contre ces sorties du chef de l’opposition. On accusa souvent Me Abdoulaye Wade de « retarder l’échéance » du changement. La presse avait toujours quelque chose  à se mettre sous la dent.
 
Maintenant qu’il a montré aux Sénégalais ce qu’il savait faire d’un pouvoir entre ses mains, abandonné par nombre de ceux qui partageaient avec lui les batailles dans l’espace public, Me Wade pourrait faire fausse route à adopter contre Macky, la méthode qui– à l’usure – fit recette contre Abdou Diouf.  L’acte 1 de la stratégie de harcèlement que vient de poser le « sopiste » en chef pour la défense des siens accusés d’enrichissement sans cause, doit faire la preuve de son efficacité dans le contexte post alternance 2. Il est plus probable que le président de la République en exercice aura beau jeu de mettre les rieurs de côté. Me Abdoulaye Wade n’est plus traqué en tant qu’opposant. Il serait au centre de « scandales à milliards ».

La preuve de la culpabilité n’est certes pas établie, mais l’accusation de détournement de deniers publics n’est pas très susceptible de donner des points de popularité à un homme politique, de surcroit ancien président devenu opposant de fait.

Les mythes pas inébranlables

Avec une telle charge de promoteur de la « prévarication », il n’est pas dit que l’opinion soit plus facilement mobilisable aux côtés d’un acteur qui ne lui donna pas toujours satisfaction relativement à toutes ses attentes. C’est une lapalissade que les mythes mettent plus de temps à être forgés qu’à se faire descendre. Les faiseurs d’opinion sont aussi capables de promouvoir que de précipiter une personnalité politique dans les abîmes. La raison en est simple : il n’est pas de journaliste ou média digne d’être considéré comme tel, qui ne se fasse plaisir lorsque lui tombe entre les mains, une information de première main, avec l’assurance qu’il ne la partage avec aucun concurrent. Encore plus « vendeuse » est l’info, lorsque la chose découverte ou apprise est de nature à influer sur la vie de la communauté en bousculant les gouvernants ou en gênant ceux qui aspirent à (re)conquérir le pouvoir. Dans le jargon, on parle de scoop. En avoir trois ou quatre en douze mois peut être indicateur de performance pour un journaliste ou une rédaction de presse.

On est loin de ces faits parfois d’une déconcertante banalité, quotidiennement relatés dans quasi tous les journaux et que leurs diffuseurs veulent présenter comme des scoops. Primeur n’est pas exclusivité et la réunion des deux ne suffit pas à élever une nouvelle au rang de scoop. Et lorsqu’on cherche ce genre d’information à tout prix, le bidonnage et le sensationnel s’invitent forcément dans le travail du journaliste. Les plus lucides parmi les professionnels préfèrent être les derniers à donner une information vérifiée, recoupée, plutôt que se retrouver dans la posture des premiers à faire des affirmations condamnées à être démenties dès le lendemain, si elles ne mènent leurs auteurs devant le Juge ou le tribunal des pairs.

Les chargés de communication savent que dans un contexte de pluralisme et de concurrence entre des Titres de presse, la pêche est encore plus intéressante pour qui parvient à troubler la surface de l’eau du rivage, avec le fol espoir que les médias iront clapoter sur l’écume alors que la précédente vague en annonce une prochaine. Donner aux médias un os à croquer fait donc partie des stratégies d’experts préposés à la promotion ou la protection de l’image de personnalités ou d’institutions, aussi attendues que surveillées dans leurs moindres propos et actes.

Une telle gestion des rapports à l’opinion n’est jamais destinée à résister durablement à l’épreuve des faits. Si le coup de pouce vient d’un adversaire comme Me Abdoulaye Wade, il n’y a pas de raison que le gouvernement renonce à profiter du répit qui en découle, en laissant les médias concentrer leur attention sur les maladresses du Secrétaire général du Pds. Ainsi, Président Macky Sall peut vraiment remercier ses ex frères libéraux de se tromper de méthode, parce que d’époque. 
 
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