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En perspective - Par Bacary Domingo MANE
La voix de son maître
Bacary Domingo MANE | 08/07/2014 | 07H13 GMT
 
Ce qui frappe dans le discours (tenu devant les journalistes aussitôt après sa nomination sur les marches des escaliers du Palais) du nouveau Premier ministre, Mohamed Dionne, c’est d’abord cette volonté affichée de mettre une croix sur le passé. C’est un adepte de la tabula rasa qui pense que son prédécesseur n’a rien fait de bon et qu’il est l’homme de la situation, seul capable de traduire dans les faits l’ambition du Président Macky. Et pourtant, l’élégance républicaine aurait voulu qu’il «salue le travail accompli» par sa devancière. Comme cette dernière l’a fait lorsqu’ elle a remplacé Abdoul Mbaye au neuvième étage du building administratif, en affirmant «reprendre le bâton pour continuer cette course, une course pour le développement et pour l’amélioration des conditions d’existence de nos concitoyens». D’où ce slogan qui est sur toutes les lèvres et qui lui colle à la peau : «accélérer la cadence» et que l’humoriste Kouthia a réussi à tourner en dérision lors de la dernière campagne pour les locales.
 
Mais Mohamed Dionne a fait comme si son prédécesseur n’a jamais existé ;  aucune allusion à la personne, encore moins à son travail. Un enterrement de première classe qui cache mal une subjectivité «maladive» incapable de la moindre élévation. Le Pse n’a-t-il donc pas encore révélé tout son secret ! La censure de l’identité fonctionne ici et permet de ne pas engager la confrontation avec une personne qu’un concours de circonstances a transformée en adversaire ? Ce silence en dit long… Pour sûr, Mohamed Dionne, c’est la voix de son maître !  Un maître à qui il a promis soumission et loyauté et dont la feuille de route se décline en deux mots : Au travail. 
 
Ce qui retient  l’attention au plan de la forme, c’est le choix de l’anaphore (figure de style qui consiste à commencer des vers, phrases ou ensemble de phrases ou de vers, par le même mot) comme mode de communication. Mohamed Dionne commençait ses phrases par «Au travail», expression utilisée huit fois dans son discours. L’on peut noter aussi la récurrence des mots : «sa grande ambition», faisant allusion à la vision d’un Sénégal émergent du Président Sall. 
 
Pour ce qui est de la temporalité dans laquelle cette mission doit être contenue, elle est matérialisée par les vocables : «le plutôt », «à bonne date » et « aussitôt ». Les expressions «le plutôt » et «à bonne date» sont uniquement utilisées lorsqu’il s’est agi de la traduction de la «grande ambition du Président pour le monde rural ». Tandis que le mot «aussitôt » lui a été avancé pour parler de l’ambition du président de la République, pour la rénovation urbaine». Mais aucun «chronogramme» (au sens de la temporalité évoquée ci-dessus) pour la création d’emplois des jeunes, les capacités productrices des entreprises en difficultés. Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de ce côté-là ? Allez savoir !
 
En effet, l’utilisation de l’anaphore a permis au nouveau Premier ministre à la fois d’annoncer un projet (vision du chef de l’Etat),  et de se mettre également dans la position de sa fonction, celle de la mise en œuvre de la politique définie par le chef de l’Etat. Nul doute que le Premier des ministres a voulu insister sur le propos pour mobiliser l’attention du public. Mais lequel ? Et si cette répétition était une manière de cacher le vide ? C’est du déjà entendu. L’on avait le sentiment que le Premier ministre était en plein meeting, puisque l’anaphore convient plus aux grands rassemblements politiques. Le politique recourt à cette figure de style pour mobiliser des convaincus. S’adressait-il réellement aux nombreux Sénégalais qui ont besoin d’être rassurés face aux tergiversations d’un régime qui en fait douter plus d’un ? Nous avions le sentiment que Mohamed Dionne voulait occuper le temps et qu’il n’avait pas grand-chose à dire aux Sénégalais.
 
L’homme nous est apparu sous des traits de quelqu’un qui ne rassure pas. Sa communication non verbale en dit long. Curieusement, au moment où il incitait «Au travail», le nouveau Premier ministre avait les bras baissés (les mains le long du corps). Cette neutralité doit inquiéter plus d’un. Aucune énergie, plutôt une «tiédeur» qui est loin d’être la meilleure attitude d’un manager dont le souci est de pousser son équipe à faire des résultats et tout de suite. 
 
Le discours semble tracer le portrait robot d’un collaborateur soumis et prêt à exécuter (peut-être sans se poser trop de questions) les tâches demandées par son maître. Dans cette allocution, la référence au président de la République est faite huit fois dans un texte de 1626 signes.
 
En plus, l’anaphore «AU TRAVAIL»  semble condamner le maître, puisque le discours de son collaborateur a laissé entendre que depuis plus de deux ans rien n’a été fait. Et Mohamed Dionne de se mettre dans la peau de celui qui a sifflé la fin de la récréation. C’est maintenant que le travail commence et avec lui…
 
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