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RECIPROCITE DES VISAS
Les binationaux en France s'inquiètent
Alassane THIAM | 04/01/2013 | 01H16 GMT
 
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 Le ministre sénégalais des Affaires étrangères a confirmé dernièrement sa réelle volonté d’inscrire la réciprocité des visas à partir de l’été 2013. Ce projet récurrent a toujours été combattu par les entreprises touristiques sénégalaises qui voient d’un mauvais œil cette initiative, considérant à tort ou à raison, que l’application de cette loi détournera leurs potentiels  touristes vers le Maroc, la Tunisie ou les pays touristiques émergents, notamment la Croatie ou la Biélorussie qui n’ont pas cette exigence de visa.
 
(Correspondance particulière) –Il est vrai que le Sénégal n’est pas l’Egypte. Il n’a ni pyramides, ni sites vertigineux à découvrir. Sa «Téranga», la joie de vivre de ses habitants et son sable chaud suffiront-ils à retenir ces milliers de touristes avec ces nouvelles dispositions ?
Il faut en douter, car ces touristes effectuent quatre à cinq heures de vol pour atterrir à Dakar et parfois le même temps pour accéder à leur hôtel à Sally situé à 80 km de la capitale.

Le sable chaud devient alors très cher. Les deux pays concurrents du Sénégal : le Maroc et la Tunisie, ont misé sur la réduction du temps de parcours entre leur aéroport et leurs structures hôtelières. Celui-ci ne peut pas excéder une demi-heure. La réciprocité du  visa n’est pas du tout à l’ordre du jour dans ces deux pays très touristiques.  Il faudra patienter une à deux années pour apprécier la pertinence de cette règle énoncée par le gouvernement du Sénégal.

Le sujet le plus explosif demeure la situation des binationaux. Autrement dit, les jeunes nés en France de parents sénégalais, qui ont la nationalité française et celle de leurs parents. Il faut ajouter à ceux là, des milliers de sénégalais qui ont cette double nationalité.
 
Le casse- tête des binationaux
 
Il convient d’abord d’expliquer avec finesse et pédagogie cette problématique. Le binational qui se rend au Sénégal, doit présenter à la police de l’air et des frontières française un seul passeport.

S’il choisit le passeport sénégalais, il doit justifier son autorisation de séjour sur le sol français, le cas échéant, il est considéré comme séjournant irrégulièrement en France, par conséquent, il est en infraction et devra payer une amende avant de quitter le territoire français.

S’il opte pour la présentation d’un passeport français, il doit fournir un visa du consulat sénégalais. Cette solution est la plus viable. Mais, elle se heurte à un nombre réduit de consulat sénégalais habilité à délivrer un visa.
Au regard de la carte consulaire du Sénégal en France, il pourrait faire plus de six cents kilomètres aller retour pour se rendre au consulat le plus proche de son domicile.

Ces jeunes, fragilisés par leur appartenance culturelle, se retrouvent comme des sénégalais à part. Les associations sénégalaises qui oeuvrent pour que ces jeunes de deuxième ou troisième génération découvrent leurs origines ont «du pain sur la planche».
 
Le retour en France devient encore kafkaïen
 
S’ils présentent leurs passeports sénégalais à la police de l’aéroport, ils ne pourront pas embarquer car il leur faudra un visa de séjour dans leur pays «d’adoption», la France. S’ils optent pour le passeport français, leur séjour au Sénégal ne doit pas excéder trois mois.

Le statut  juridique de ces sénégalais doit interpeller les autorités sénégalaises, car il commence à faire débat en France. La question du timbre de visa est aussi sur toutes les lèvres.

La question de la réciprocité du visa est-elle un acte qui s’apparente au nationalisme ?  Elle semble légitime mais doit tenir compte de cette diaspora qui se bat tous les jours pour que ses enfants ne se détachent pas du pays de leurs ancêtres.
 
Alassane THIAM
(Rouen, France)
 
 
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