LA DOUANE SENEGALAISE ET LE DEFI DE LA CONNECTIVITE
«Les frontières séparent, les douanes rapprochent »
Publié le 28/01/2012 | 05H40 GMT
 
Du fait de sa propension naturelle à explorer les horizons les plus lointains, l’homme a toujours défié les frontières. Depuis l’aube de l’histoire ! La civilisation commerciale, avec ses courants d’échange entre des contrées proches et/ou des plus éloignées, ses caravanes et ses pistes, ses cités vivantes et la diversité des produits, a réduit les distances, rapproché des cultures et créé  un peu partout des zones de passage et de brassage.
 
On peut dire, sans risque d’être démenti, que la mondialisation vient accentuer ce processus cumulatif d’effacement progressif des frontières. Mieux, la mondialisation re-crée le monde comme un vaste village planétaire, pour reprendre le mot du canadien Marshall Mc Luhan qui décrit, à travers cette image, l’effet induit de la communication sur les relations entre les peuples et les nations.

Cette formidable mutation a été possible grâce aux prodigieux moyens de connexion disponibles, en quantité comme en qualité et dont l’une des caractéristiques essentielles est l’étonnante rapidité en matière de circulation de l’information. Appelées, dans ses missions, à faciliter et à sécuriser le commerce international, les administrations douanières trouvent une opportunité peu commune dans cette révolution technologique qui allie vitesse, précision et combinaison optimale de l’écrit, l’image et le son.

En effet, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il est devenu possible de se connecter au monde en temps réel grâce à une palette diversifiée de supports aussi efficaces que de plus en plus fiables, allant des gigantesques procédés électroniques aux téléphones portables.  Face à ces immenses possibilités de connexion, d’information et de réaction en temps réel, les supports classiques, telles les masses de papiers difficilement archivables, et mêmes les anciens modèles informatiques deviennent tout simplement des objets témoins d’une époque bien révolue. La connectivité, marque proprement distinctive de l’étape actuelle de la révolution dans le champ de l’information et de la communication, est bien un puissant moyen de performance.

Il n’est dès lors pas étonnant que le premier élément constitutif de l’orientation stratégique de l’OMD («Douane du 21e siècle ») porte sur la mise en «réseau international» des douanes qui se traduit par «le développement d’une collaboration en temps réel plus étroite entre les administrations des douanes et entre celles-ci et les entreprises, à travers un réseau de douane électronique (e-Customs)…».

C’est dans ce cadre que l’OMD a mis en place un dispositif et des instruments, visant à faciliter la connectivité des acteurs de la chaine logistique internationale. Il s’agit  notamment du réseau des Bureaux régionaux de Liaison chargés du Renseignement (BRLR), des conventions d’Assistance Administrative Mutuelle Internationale (AAMI), de la Gestion Coordonnée des Frontières (GCF), et du document stratégique sur les Douanes en réseau international (DRI).
Jamais, dans l’histoire des douanes, les possibilités technologiques n’ont été aussi énormes et variées pour réaliser, ici et maintenant, cet objectif de mise en réseau pour faciliter, stimuler, accélérer et sécuriser les échanges à travers le monde. Il s’agit là d’une mutation qui donne de nouvelles ailes à la coopération entre les administrations douanières des différents pays dans tous les domaines : renseignements, benchemarking, sécurité, coordination des actions… L’enjeu, qui est décisif, est ainsi la sécurisation de la chaîne logistique internationale dont l’une des finalités est de stimuler le commerce mondial.

Pour se hisser à la hauteur des enjeux contemporains, la Douane sénégalaise s’est lancée  très tôt  dans la mise en place de son propre système d’information et de dédouanement dénommé GAINDE.
 Aujourd’hui, une nouvelle version, dite  GAINDE intégral, plus évoluée  que les précédentes,  a été mise en production. Elle permet à la Douane de s’acheminer, sous peu, vers  la dématérialisation des procédures du commerce extérieur et des formalités de dédouanement.

Le système GAINDE offre à la Douane sénégalaise la possibilité d’être en contact permanent avec ses partenaires tant au plan national qu’international.
En effet, au plan interne, le système GAINDE est d’abord un système de connectivité entre les différentes structures de la Douane. Il permet aux agents des douanes de cerner l’information douanière en temps réel. Il assure ainsi la connectivité entre les différentes unités douanières.

Au plan international, la coopération sur le plan informatique s’est matérialisée par une rétrocession d’une version de GAINDE à la douane kenyane et d’un module du système ORBUS à la douane burkinabé.

Sur un autre registre, la mise en place du TRIE/TIF  au sein de la CEDEAO, avec la participation active de la douane sénégalaise, induit  la nécessaire connexion des systèmes informatiques douaniers entre les Etats membres dans le but de faciliter et de simplifier les formalités du commerce extérieur, mais également de prévenir et de lutter plus efficacement contre la fraude commerciale sous toutes ses formes.

Il est prévu ainsi de mettre en place entre les Etats membres de la CEDEAO  un système d’interconnexion des différents systèmes informatiques douaniers pour :
améliorer l’automatisation de la douane, faciliter et sécuriser l’expédition de la marchandise;
accélérer le dédouanement et la mainlevée des marchandises;
faciliter l’échange de données sécurisées et fiables entre les administrations douanières dans le cadre des opérations relatives au transit des marchandises;
suivre le parcours des véhicules et des marchandises au long des routes;
établir des statistiques fiables sur le transit des marchandises.

L’interconnexion des systèmes informatiques douaniers sénégalais et malien devrait permettre, à travers le lancement du TRIE Unique informatisé, de faire du corridor Dakar-Bamako un modèle de fluidité et sécurité dans la circulation des marchandises.

Les progrès en matière de connectivité stimulent aussi le Partenariat avec le secteur privé national qui constitue l’un des chantiers majeurs de la DGD, conformément aux orientations définies dans son  plan stratégique 2011-2013.
La création d’une Direction de la Facilitation et du Partenariat avec l’Entreprise, les concertations permanentes avec les opérateurs économiques, les visites d’usines, les protocoles d’accord, ainsi que la Journée de l’Entreprise qui vient de se tenir et qui sera pérennisée,  constituent des preuves de ce partenariat fécond entre la Douane et le Secteur privé
GAINDE assure déjà une interconnexion permanente entre la Douane et les opérateurs économiques. Le système ORBUS à connecter à GAINDE intégral va permettre aux opérateurs d’envoyer électroniquement,  à la Douane,  tous les documents à annexer à la déclaration en détail.  Le gain de temps pour les usagers du service est énorme avec cette perspective de dématérialisation.

L’envoi électronique du manifeste, le traitement automatique de la déclaration en détail et de ses éléments à annexer, l’automatisation des procédures d’enlèvement des marchandises constituent autant d’innovations qui vont rendre plus visible cette connectivité Douane-Secteur Privé et favoriser une plus grande célérité des opérations de dédouanement.
Enfin, il convient d’insister sur le dernier chantier mis en œuvre entre la Douane (GAINDE), le GIE GAINDE 2000 (ORBUS), le Port autonome de Dakar et la Communauté des Acteurs portuaires de Dakar, à travers le Système d’Information communautaire (SIC), véritable plateforme virtuelle d’anticipation, d’allègement et de simplification des procédures touchant aux formalités du commerce extérieur.

Par ailleurs, la douane, en tant que démembrement de l’Etat, est en contact permanent avec diverses structures publiques, tant du point de vue des échanges de statistiques, que de la gestion des affaires courantes en vue d’une bonne marche de l’administration.  Le projet d’interconnexion  des systèmes informatiques de la douane, la DGID  et la DGCPT est une parfaite illustration de cette nécessité de collaborer en vue d’atteindre les objectifs assignés par l’Etat à chacun de ces démembrements.

Nous sommes donc autorisés à dire que notre administration douanière est sur la brèche pour être aux normes en misant sur la qualité de ses ressources humaines et en faisant sienne le sixième élément constitutif de la nouvelle orientation stratégique de l’OMD : «Une culture de service professionnelle reposant sur les connaissances ; un personnel douanier disposant des aptitudes propres à appliquer en temps opportun des procédures et offrir des services qui minimisent le fardeau administratif pour le commerce licite».

Par M. Mouhamadou Makhtar CISSE, DG des Douanes
 
 
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