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Lettre d’Allemagne: la diaspora n’a pas besoin de députés
02/02/2017 | 10H57 GMT
 
L’Inde, la Chine, la Turquie, les Etats de l’Amérique centrale et latine et tant d’autres pays dans le monde ont forgés de solides relations avec leurs émigrés. Ces pays s’appuient régulièrement sur leurs diasporas pour relayer leurs intérêts politiques et économiques. Depuis l’Allemagne, nous observons un nouvel engouement pour la diaspora sénégalaise. 
 
Le gouvernement sénégalais semble être passé d’une relation d’indifférence à l’égard de sa diaspora à une sollicitude politique et économique accrue. Ce que, nous tous avons salué. Ce regain d intérêt n’est pas en soi mauvais. Il est juste et souhaitable qu’un pays comme Sénégal cherche à promouvoir toutes idées et initiatives capables d’extraire de ses citoyens, où qu’ils se trouvent dans le monde, tout ce qu’ils possèdent de bonne volonté, de talent, de compétences, de raison  et de justice, pour les mettre au service de la nation.

Malheureusement, l’histoire de nos rapports avec les différents gouvernements semble être le récit d’une incompréhension et d’un malentendu continu. Aucun gouvernement n’a jusqu’ ici trouvé la bonne formule pour mener une politique durable de reconnaissance des émigrés. Les lois, idées et initiatives se succèdent avec un dénominateur commun : aucune d’entre elles n’est immune contre le doute et la suspicion par rapport à ses motivations souterraines. La nouvelle loi accordant quinze députés à la diaspora ne sera pas l’exception à la règle. A mon avis cette loi n’est pas promise à une grande carrière.
 
Cette représentation politique que le gouvernement accorde à la diaspora est- elle une priorité pour le pays? Pourquoi l’énormité du coût financier de la représentation ne peut être un argument contre cette loi ? Pourquoi cette disposition à dépenser beaucoup trop d’argent, pendant que des millions de sénégalais sombrent dans la pauvreté absolue ? Qui va représenter qui  et sur quelles bases? Quant est- il de la légitimité d’une telle représentation ?

Cette appréhension interrogative sur la pertinence et la consistance de la loi peut prêter facilement à de nombreuses dissertations scolaires.
 
Parler de représentation, c’est sous-entendre une relation de correspondance entre le Représenté et le Représentant. Le Représentant doit pouvoir légitimement parler, décider et agir au nom du Représenté. Cette relation de correspondance ne pose pas de problèmes au Sénégal, entre les populations et  élus. Mais elle s’ouvre nécessairement à la polémique, à la dissonance, à l’arbitraire et à l’usurpation, dès qu’elle veut s étendre à tous les sénégalais de l’extérieur. Des expatriés que, beaucoup de choses séparent et différencient.  

L’émigré sénégalais n’est pas une métaphysique, à qui on doit conférer une réalité objective. Elle n’est pas une figure plébéienne sans filiation, à qui des patriciens décident d’accorder une parole et un statut de sujet politique. Cette possibilité de représentation que l’on nous propose, n’est pas un impératif d’ordre vital. Elle ne nous fera pas exister davantage. Elle ne nous rendra pas plus dynamique. Elle ne nous donnera pas les moyens d’être plus engagés et plus généreux envers nos familles, villages, villes et régions d’origines. Elle ne réglera pas nos problèmes et difficultés ici en Allemagne ou au Sénégal. Alors elle demeure ce qu’elle est : un accessoire de trop, une initiative obscure et frauduleuse destinée à faire rentrer certains émigrés dans la distribution complaisante des places et prébendes politiques.  
 
 Poussés vers la sortie par la précarité sociale, nous nous sommes installés dans des pays et sociétés plus ouverts à la réussite sociale. A partir des ces espaces, nous essayons tant bien que mal, de résorber les problèmes et difficultés de ceux qui sont restés au pays. Si le gouvernement veut nous alléger la tâche, il doit offrir à tous ceux qui vivent dans l’espace national la possibilité de pouvoir subvenir dignement à leurs besoins sociaux. Il doit se montrer plus efficace dans le combat contre l’appauvrissement grandissant des populations locales et se dresser contre la faillite des institutions scolaires et du système de sante par exemple. Il se doit être plus performent dans la lutte contre le laxisme et la corruption devenue une calamite nationale. Il doit se donner la volonté et les capacités d’offrir aux  sénégalais protection et sécurité. Comme le faisait remarquer Carl Schmitt dans son livre La Notion de Politique.

Théorie du Partisan, un Etat qui ne possède pas cette volonté n’a pas non plus le droit d’exiger l’obéissance. Si l autorité publique veut nous soutenir elle devra remédier à l’incompétence de certains ministres et hauts fonctionnaires, à cette légèreté morale et intellectuelle massive et indigne de leur fonctions ou titres. Il doit nous débarrasser de ces politiciens que nous sénégalais continuons à connaitre et percevoir comme source d’angoisse et de souffrance. Une véritable politique de reconnaissance de la diaspora passe nécessairement par une mise en place, dans les représentations diplomatiques sénégalaises, d’un personnel suffisant et disposant d’une compétence compétente.

L’Etat doit recruter un personnel qui ne rechignent pas à se mettre à la disposition des communautés sénégalaises et qui ne les prend pas pour des parias ou intouchables. Bref, la quintessence d’une politique de reconnaissance des sénégalais de l’Extérieur est n’est pas dans l’octroi de députés mais plutôt dans une plus grande sensibilité publique envers le grand nombre des compatriotes, envers les malheureux du Sénégal, les plus faibles parmi les faibles. Les simulacres de politique n’aident personne.

Encore une fois, nous n’avons aucune raison de nous féliciter d’une loi. Pour la diaspora, l’heure du repos final, du « Sabbat des Sabbat » n’a pas encore sonnée. Nous ne devons pas céder aux appas du clientélisme politique. L’engagement marchand nous est interdit. Personne n’a envie de voir la diaspora se consumer publiquement dans une rêverie politique. Nous n’avons pas envie de la voir sombrer dans un activisme stérile dont la structure structurante est la rivalité et des querelles de préséance entre personnes et groupes de personnes pour l’accès à des places et prébendes politiques. Laissons le parlement aux sénégalais établis au Sénégal et faisons plutôt usage de notre droit de vote. Nous avons la possibilité de participer de manière déterminante aux choix des classes dirigeantes au sommet de l’Etat. Ce droit est pour l’instant suffisant.  
 
Je ne vois pas comment un député de la diaspora pourra intervenir positivement sur la structure des opportunités quand il s agira pour le sénégalais d’Allemagne, de trouver un emploi, un appartement, de prolonger la carte de séjour, d’avoir des contacts sociaux nécessaires à l intégration économique et sociale. Ce n’est pas ce dernier qui l’aidera à réintégrer le pays natal au moment du retour définitif. Peut être que l’avenir me donnera l’occasion de revenir sur mon jugement. Je ne sais pas. En attendant, je préfère, ici et maintenant, dire que je désapprouve cette loi moralement impropre.
 
Serigne Babakar DIOP, 
Frankfurt/Main Allemagne 
 
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