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SUREXPLOITATION DU REQUIN ET DE LA RAIE
Menace d’extinction
Ibrahima DIALLO | 31/01/2013 | 09H14 GMT
 
En route pour la Conférence des parties (CoP) à la  Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) prévue en mars prochain, le Bureau Afrique de l'Ouest du Fonds mondial pour la nature (WWF), en partenariat avec Pew Environment Group, a lancé une campagne de sensibilisation pour la conservation d'espèces de requins et de raies menacées d'extinction. Selon Mamadou Diallo, responsable du Programme espèces et habitat au (WWF) qui s'exprimait lors d'un déjeuner de presse organisé hier mercredi 30 janvier au siège de l'Ong à Dakar il s'agit d'un plaidoyer pour amener les décideurs à aller en masse à la CoP 16 et à voter pour l'inclusion de ces espèces dans l'annexe II de la CITES.
 
Trois espèces à savoir les requins-taupes, océaniques et marteaux (halicornes, grands et lisses) et la raie manta sont concernées par cette mesure. Ces espèces ont une faible fécondité et une croissance très lente. EIles atteignent la maturité sexuelle très tard et leur cycle de gestation est très long. «Leur croissance est lente (quelques cm par ans), leur maturité sexuelle tardive (vers 10 ans). EIles ont une faible fécondité (une dizaine d’œufs portés par le femelle, donc œuvo-vivipart pour la plupart des requins) avec une longue gestation allant jusqu’à 2 ans), mais une longévité élevée (âge moyen 25 ans - ils peuvent vivre jusqu’à 53 ans, un spécimen ayant vécu 53 ans)», a expliqué Mamadou Diallo. Et de préciser que jusque-là seuls trois espèces de requins (sur plus de trente) sont inscrites à la CITES notamment les requins blanc, baleine et pèlerin.

A l’en croire, cette inscription qui suppose des données scientifiques n'est pas synonyme de l'interdiction du commerce de ces espèces, mais a l'avantage de réguler le commerce international de ces requin et  raie menacés d’extinction. Toutefois, la conservation et une gestion réussies des requins nécessite un vaste éventail de mesures, car ils «sont une espèce fortement migratoires capturée tant dans les eaux territoriales qu’en haute mer, puis commercialisée sur les marchés internationaux, notamment asiatiques».

Pis, a-t-il souligné, l’autre raison de protéger ces espèces est liée à leur place dans l’écosystème marin. «Elles sont au sommet de la chaine alimentaire (vie en réseau: il y a une interdépendance entre les espèces). Donc si on fait disparaitre un maillon de la chaine, on peut faire disparaitre la pêche commerciale à cause de cette perturbation de l’équilibre de l’écosystème marin. L’enjeu, c’est d’arriver à convaincre les Etats à inscrire ces espèces dans la CITES. C’est des milliards dans le commerce international certes, mais l’enjeu c’est aussi écologique. Et il faut aller vers une exploitation durable».
 
Surexploitation du requin : une menace sur l’économie du Sénégal
 
A titre d’exemple, Mamadou Diallo attire l’attention des populations sur le fait qu’au Sénégal, la pêche est jusque-là considérée comme la première source de devise. Elle crée environ 600 milles emplois directs et indirects dont au moins 5000 spécialisés dans la pêche de requins. Si on multiplie ce nombre par 10 au moins (les 10 personnes représentant le nombre  d’individus qui se nourrissent de cette pêche), on peut mesurer déjà l’ampleur du désastre que constitue la perturbation de l’écosystème à cause de la disparition de ces espèces. Bref, «leur disparition entrainerait également l’effondrement des pêcheries donc de la première source de devise du Sénégal et au-delà de l’économie nationale».
Pour Madou Diallo, au Sénégal, un texte datant de 1998 (en révision actuellement) protège le requin marteau et la raie guitare fouisseuse, mais il n’est pas contraignant. Car cette loi se limite juste à donner les dimensions des espèces à ne pas capturer et les mailles de filets interdits. «La Guinée-Bissau étant un pays où il y plus d’aires protégées a interdit la pêche de requins. Pourquoi le Sénégal ne ferait pas autant ?»

Autant de caractéristiques qui font que non seulement ces espèces sont extrêmement menacées, mais leur commerce doit être règlementé. «Nous pensons que les Etats sont assez conscients de cela et qu’ils doivent inscrire ces espèces dans les annexes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction», a-t-il lancé. Pour le vote, il faut deux tiers des voies pour que la proposition passe, mais  la faire passer est plus politique qu’écologique en ce sens que les pays (asiatiques) qui vivent de ce commerce pèseront de tout leur poids, notamment la coopération, les appuis au développement qu’ils allouent aux pays pauvres) pour ne pas ces derniers votent pour cette limitation du commerce de ces espèces, a-t-il rappelé.

A sa suit, Joanna Benn de Pew Environment Group a noté que la campagne pour l’inscription de ces espèces lors de la CoP 16  concerne tous les pays de la CEDEAO, et elle est lancée dans huit pays de la sous-région: le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Mauritanie, le Sénégal et la Sierra Leone. Au niveau mondial, Pew Environment Group mène le plaidoyer en partenariat avec des Ong plus en vue dans le domaine pour chaque région ou sous région. Et dans chaque pays le travail se fait avec le point focal CITES.

La CITES (acronyme anglo-saxon : Convention on international trade of Endangered species) est un accord intergouvernemental signé le 3 mars 1973 à Washington. Elle a pour objectif de garantir que le commerce international des espèces dans ses trois annexes, ainsi que dans des parties et produits qui en sont issus ne nuit pas à la conservation de la biodiversité et repose sur une utilisation durable des espèces sauvages. La 16e rencontre de la Conférence des parties (CoP) se tiendra du 3 au 14 mars 2013 à Bangkok (Thaïlande).
 
 
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