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| Ne serait-ce que pour un jour, cela valait la peine de vivre « Sud » |
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| Bassirou SOW |
29/04/2011 | 07H40 GMT |
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| Aussi longtemps que je me souvienne, ici, on n’a jamais encouragé la facilité. Car, on ne la connait pas. D’ailleurs l’idéal de journalisme prôné ne le permettait même pas. Au contraire, c’est un combat au quotidien qui se mène pour sortir au grand plaisir des lecteurs et des auditeurs des produits qui restent encore des références au Sénégal et en Afrique. Je veux nommer : « Sud Quotidien » et la radio Sud/fm. Même au moment de ce que l’on pourrait appeler « la période de gloire », le difficile a toujours été le chemin, comme disait l’autre. Juste pour rappeler que c’est en puisant du fond des tripes que l’on parvenait à fabriquer ce journal. Avec cependant une forte dose de conviction et une volonté sans limite, d’incarner la voix du peuple et de toujours traquer les fossoyeurs du pouvoir. |
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A «Sud», aucun article ne pouvait être commandité pour défendre un quelconque intérêt partisan. C’est en fait en comité de rédaction, après des discussions serrées, que tous les sujets étaient choisis avant que le journaliste n’aille à la collecte de l’information qui devra être, par la suite précisée, recoupée et complétée au besoin, avant d’avoir la chance d’être retenue pour figurer dans l’édition du lendemain. Edition dont les articles et le montage étaient de très près surveillés par l’encadrement. Et pour cause, l’option très tôt prise de rigueur et de professionnalisme dans le traitement de l’information. A ce propos, résonne encore dans mes oreilles ce que me ressassait mon rédacteur en chef: « le journalisme, ce n’est que cela que nous savons faire, il faut alors bien le faire ». Celui-là, c’est Sidy Gaye, un grand frère qui, avec Demba Ndiaye ont beaucoup participé à façonner mon parcours professionnel.
Mais en réalité, cette conduite a toujours été le crédo du groupe Sud communication. Car, ici de grands noms de la presse comme Babacar Touré, Abdoulaye Ndiaye Sylla, Ibrahima Fall,… ont déjà pipé les dés. Avec eux, on ne souffrait ni le « bidonnage », ni les articles de complaisance encore moins certains types de compromission qui sont actuellement légion dans la presse.
Pouvait-il en être autrement pour cette équipe de journalistes viscéralement attachés à l’émergence d’une Afrique debout et dont le sacerdoce était non pas d’être des justiciers, mais d’éclairer leurs compatriotes à l’aide de « la seule chose qu’ils savent bien faire » sur la gestion au quotidien du pays par les politiques mais également les syndicalistes et autres leaders d’opinion qui influencent la marche de notre cher Sénégal. De toute façon, entre l’ambiance qui régnait dans cette rédaction et les tensions aux heures de bouclage, aucune information ne pouvait passer sans qu’elle ne soit regardée à la loupe. Sinon gare aux critiques de la réunion de rédaction du lendemain.
Je rends grâce à «Sud», parce que c’est dans ce moule particulièrement exigeant quant à la rigueur et au travail bien fait que j’ai été façonné par l’équipe coachée par BT (Babacar Touré) et qui m’a valu toutes les positions (Directeur de la communication, Expert Iec, …) que j’ai jusqu’ici occupées dans des agences et sociétés nationales avec assurément, la satisfaction de mes employeurs. « Sud » a été, en effet, la pépinière de nombre d’institutions nationales et internationales dont il a formé les responsables en charge de la communication ou du marketing. Aussi, au plan national, rares sont les journalistes devenus directeurs d’organe de presse, d’agences de communication ou se réclamant aujourd’hui consultants voire experts en communication, qui n’ont pas affûté leurs armes à « Sud ». Chapeau bas.
En réalité, mon histoire avec « Sud » a commencé alors que j’étais en deuxième année au CESTI. J’ai intégré la rédaction du quotidien alors même que je n’avais pas complètement terminé ma formation à l’école de journalisme. Je me rappelle que cela a démarré avec le procès de l’assassinat de Me Sèye, en 1994, quand Ibrahima Sar, actuellement formateur au CESTI, et moi, étions envoyés sans que je l’ai demandé (mon choix était en fait le « Soleil »), par ce même institut de formation dans ce groupe de presse, pour faire un stage en presse écrite, afin de bien préparer notre spécialisation dans cette branche. Après seulement un mois de mise à l’épreuve, le Directeur de publication, Abdoulaye Ndiaga Sylla et le Rédacteur en chef, Sidy Gaye, chacun à son tour, nous appelle dans un bureau pour nous signifier que notre stage « a été concluant. Au lieu d’aller en vacances en famille et ne rien faire d’utile, vous avez la chance de continuer la collaboration avec la rédaction et de parfaire votre formation. Si vous maintenez le cap, même à la rentrée scolaire, la rédaction vous assurera à la fin de chaque mois, l’équivalent du montant de la bourse que le CESTI vous verse. Cela vous aidera pour le transport ».
Ainsi, la messe était dite. Nous étions devenus des membres à part entière de la rédaction de « Sud quotidien » où nous avons toujours été traités comme tel par toute l’équipe constituée, entre autres, de plumes à l’image de Demba Ndiaye, Vieux Savané, El hadji Kassé, Mika Lom, Bocar Niang et feu Mame Olla Faye. En ces moments-là, la radio Sud/fm venait juste de démarrer ses émissions et avait suscité le boom des transistors. La bande fm venant ainsi de démarrer son envol au Sénégal : à Sandaga comme partout, chacun avait son transistor collé à l’oreille, particulièrement aux heures d’infos en Wolof.
A l’époque, c’est Abdou Latif Coulibaly, un des encadreurs du CESTI, qui à la fin du cours en écriture journalistique de la 3e année en presse écrite, que lui-même nous dispensait, me prenait souvent dans sa voiture (une Citroën Visa si ma mémoire est bonne) pour m’amener avec lui à la rédaction. Ce qui a, je crois, d’ailleurs beaucoup contribué à me donner la confiance d’embrasser ce métier parce que Latif n’arrêtait pas en cours de route de m’encourager et d’insister sur les qualités de bon reporter qui sommeillaient en moi. Coucou Latif. Je te vaudrais toujours cette confiance et ses encouragements.
Toutefois, un grand souvenir que je garde de cette belle époque, à côté de la relation du procès de Me Sèye qui nous a valu beaucoup de nuits blanches au tribunal, c’est mon premier scoop : l’article sur les gendarmes de la brigade de la foire qui, à cause de trois mètres (3m) de tissu, avaient aspergé de diluant, le corps d’un jeune garçon et mis le feu sur lui avec un briquet. Et cela, selon leurs aveux, pour l’amener par la peur, à avouer un vol dont l’accusait leur petite amie, une commerçante, mais qu’il n’avait jamais commis. Pour l’anecdote, le garçon dont le corps brulé au troisième degré barrait la « Une » de Sud quotidien avec comme titre « Ça se passe bien au Sénégal », avait permis d’épuiser avant midi tout le tirage de cette édition. Cet article avait encore une fois de plus, permis à « Sud » de mettre au grand jour, un drame dont la publicité a éveillé bien des consciences et qui, certainement, a inspiré beaucoup de militants des Droits de l’homme sur les cas de torture à l’intérieur des brigades de gendarmerie et dans les postes de police.
« Formaté » par Demba Ndiaye, alias « Général », qui était mon patron au desk social, le terrain syndical était mon domaine favori. Pratiquement, je ne manquais pas un jour sans faire le tour des QG (Quartiers généraux) des syndicats comme le Sutelec de Mademba SOCK, l’Unsas, le Saes, la centrale de Madia Diop (la Cnts), le syndicat des travailleurs de l’Asecna. J’étais toujours aux aguets soit pour avoir l’information de première main ou pour aller avec eux, couvrir les nombreuses activités syndicales. Oui, très activistes, ces syndicalistes soutenaient prôner, chacun à sa manière, l’avènement d’une nouvelle forme de lutte syndicale ! Du moins de la façon dont ils présentaient le contenu de leurs revendications. Et, c’est certainement ce qui me fascinait en eux. L’intérêt que je portais à ces organisations sociales de travailleurs avait certainement influencé le choix du sujet de ma grande enquête de fin de formation au CESTI qui a traité de l’histoire du syndicalisme de 1960 à 1995.
« Sud », au-delà de cet espace d’exercice libre, engagé mais très responsable du journalisme, a été pour nous plus qu’une école mais une famille. Bocar Niang, Malick Ba, Franck Kwuonou, Ibrahima Sar, Alassane Cissé, Thierno Talla et plus tard, Moussa Diarra Oumar Kourreysi, Alioune B. Dièye, Mame Aly Konté,... et moi-même partagions beaucoup choses ensemble dans la vie sociale et dans la gestion de nos activités professionnelles.
Certainement parce que nous étions les plus jeunes mais, une chose est sûre, le respect, la considération et l’admiration pour le talent, l’engagement et le courage des ainés que sont, entre autres, Ibrahima Bakhoum, Abdoulaye Ndiaga Sylla, Ibrahima Fall, Sidy Gaye, Babacar Touré et Moussa Paye étaient tellement forts, que notre aspiration, la plus profonde, a toujours été d’ «assurer la relève des grands » (lire les grands-frères), comme aimait à dire à haute voix Malick Rocky Ba
La graine a été bien semée et aucune conjoncture ne l’empêchera de fleurir, si Dieu nous donne une parcelle de l’inspiration et de l’endurance qui ont permis de bâtir le groupe Sudcom.
Merci à « Sud » pour tous ces moments de plaisir et d’accomplissement professionnel, merci chers ainés pour l’encadrement et les conseils. Notez que même si certains d’entre nous, ne sont plus dans les rédactions, il reste que nous demeurons vos produits et essayons, chacun dans la position qu’il occupe actuellement, de vous y représenter avec fierté et dignité.
Contre vents et marées, « Sud » survivra malgré tout.
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