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CULTURES URBAINES, CULTURES MASCULINES ?
PARCOURS AU FEMININ
Théodora SY SAMBOU | 01/04/2017 | 11H52 GMT
 
Au cœur de ce 14ème numéro de SN Art, intitulé de cet afterwork culturel itinérant, ce point d’interrogation : «Cultures urbaines, cultures masculines ?» Si Fatou Kandé Senghor vous répondra que le milieu est «misogyne», vous entendrez tout de même la graffeuse Zeinnix vous dire qu’on la regarde de moins en moins comme un drôle d’oiseau. Quant à Mariama Touré, elle vous parlera plutôt de «professionnalisation» et d’indépendance. SN Art, 14ème numéro, c’était ce jeudi 30 mars au Goethe Institut.
 
Dans le milieu hip hop, Fatou Kandé Senghor, cinéaste et photographe, pour faire court, et auteure d’un ouvrage sur le sujet, «Wala Bok, une histoire orale du hip hop», est ce que l’on appellera une icône. Et si vous l’avez rencontrée une ou deux fois, vous avez dû l’entendre se réclamer de cet univers-là : elle vous dira par exemple qu’elle a l’âge du hip hop, un milieu où les femmes ont tout de même un peu de mal à «exister». Dans la soirée de ce jeudi 30 mars, où le Goethe Institut accueillait le 14ème numéro de SN Art, intitulé de ce très culturel afterwork mensuel, Fatou Kandé Senghor, connue pour son franc-parler, n’hésitera d’ailleurs pas à dire que contrairement à ce que l’on pourrait penser, et malgré tous ses « élans démocratique» et son côté «porteur des sans voix», le hip hop était resté très «protecteur» et très «misogyne».
 
Pas toujours évident par exemple, pour l’une ou l’autre de ces femmes, de se retrouver à quelque concert nocturne, où l’on se demandera ce qu’elles sont venues faire. Ce qui va malheureusement les tenir «éloignées de ce cercle, alors qu’elles ont des choses à dire».
Sans oublier dit-elle que certains textes de rap, écrits par des hommes, les renverront très  vite à une certaine image de la femme, docile à la limite, certainement pas «extravertie», et assez conformiste finalement, sous couvert d’une société sénégalaise pour le moins «schizophrénique», coincée entre la «bienséance» et une forme d’ «hypocrisie» sociale.
 
Pour comprendre un peu mieux, peut-être faudrait-il tout simplement remonter aux origines d’un mouvement hip hop «né dans la rue», alors que les convenances voudraient que les femmes n’aient pas grand-chose à y faire. Ou alors à ce côté plus ou moins glauque du hip hop, entre «banditisme» et «vagabondage», pour reprendre les mots de la graffeuse et slameuse Zeinnix, Dieynaba Sidibé à l’état-civil.
 
Dans le milieu, disons qu’elle fait quasiment office de benjamine, et c’est justement à cette génération que s’adresse Fatou Kandé Senghor, où l’on se retrouve parfois, dit-elle, avec des jeunettes sans bagage qui se contenteront d’être «sexy», autrement dit sans «vécu» ni «culture», et qui n’auront peut-être même pas cette «sensibilité qu’il faut avant de prendre le micro». Sans parler de toutes ces associations qui serviront peut-être à «prouver que le genre est présent». «Mais genre pour genre, dixit Fatou Kandé Senghor, je reste sceptique».
 
«CE QUE J’AI A DIRE…»
 
Ce n’est pourtant pas comme si les choses n’avaient pas vraiment «évolué». A 26 ans, et plusieurs années dans le milieu, Zeinnix se souvient qu’en 2008, sa présence féminine, au milieu d’une «vingtaine d’hommes», avait le don d’en déranger quelques-uns…A une époque où l’on se demandait ce qu’elle pouvait bien faire là. Aujourd’hui, admet la graffeuse, «on m’interpelle davantage sur ce que j’ai à dire». Ce qui a aussi changé, pour parler comme Mariama Touré, c’est que les femmes du hip hop sont de plus en plus «organisées», c’est le mot, et il est peut-être là le défi, pour les femmes comme pour les hommes finalement.
 
Et quand Fatou Kandé Senghor donne  l’exemple du Vsd hip hop, qui a démarré hier, vendredi 31 mars au Centre culturel Blaise Senghor, et dont le programme n’a été disponible que la veille, Mariama Touré appelle quant à elle à décloisonner, à «sortir des cadres habituels», que ce soit Blaise Senghor, ou la Maison de la Culture Douta Seck ; c’est-à-dire «sortir de la rue, pour proposer quelque chose qui vient de la rue», histoire d’avoir accès à un autre «public», peut-être plus «grand», peut-être «profane» ; des «spectacles d’envergure, peut-être futuristes».
 
Mais encore faudrait-il retourner à ce que l’on appellera les «valeurs» du hip hop, l’éducation, l’entreprenariat, et sortir de ce côté «fourre-tout» des cultures urbaines. Quand on sait que certains parents aiment moins les cultures urbaines, que les formations qui viennent s’y greffer.
 
Aujourd’hui, Fatou Kandé Senghor vous dira par exemple qu’elle cherche à être un modèle, mais de façon «concrète » ; autrement dit ni comme un «titre», ni comme une «affiche», là où Mariama Touré vous parlera plutôt de «professionnalisation», de «métier» et d’ «argent»…Sans avoir peur des mots, sans faire la fine bouche, loin de cette idée qui voudrait que «l’art et l’argent» soient antagonistes. L’argent, pour être «indépendante», pour avoir le choix ou pour ne pas céder à la pression…
La pression de certains hommes du milieu, qui se laisseront aller à quelque «commentaire bête et méchant», mais comme dirait Fatou Kandé Senghor, dans des cas comme ceux-là, pas de «demi-mesure», pas de compromis.
 
On mettra tout cela sur le compte d’une société où l’on va vouloir que les femmes soient comme ceci et pas comme cela, ou qu’elles correspondent à une sorte de moule social ou à quelque diktat de la mode, ou du style, parfois au nom de la bienséance ou des convenances… 
 
POLEMIQUE AUTOUR DU FONDS DES CULTURES URBAINES : Les précisions du  Pr Massamba Guèye
 
Les 300 millions de francs CFA du Fonds de développement des cultures urbaines ne sont pas encore disponibles, mais ils ont tout de même trouvé le moyen de s’inviter à la conférence de lancement du VSD Hip Hop. Hier, vendredi 31 mars au Centre culturel Blaise Senghor, le rappeur Simon (Kouka), qui est le coordonnateur du projet en question, a tenu à mettre les choses au point. Non, le VSD Hip Hop n’a pas été financé par le Fonds de développement des cultures urbaines, contrairement à ce qui a été dit ici et là…Par «des gens qui salissent l’image des cultures urbaines, et qui salissent le combat qu’ont mené nos aînés».
 
Ce que confirmera d’ailleurs le Pr Massamba Guèye, qui dirige le comité de lecture, qui décidera de la liste des projets retenus, et qui en informera ensuite le comité de gestion : «Je n’ai encore remis aucun rapport au comité de gestion, nous sommes en train de finaliser les choses (…) Il faut que l’on soit sérieux. Il y a des gens qui sabordent l’action de l’Etat, et qui cherchent à décrédibiliser le Fonds (…) Nous n’avons pas encore délibéré (…) Pour l’instant aucun dossier n’a été financé et cet argent n’est pas encore accessible, parce que le mécanisme est verrouillé (et) je démens formellement toute mise à disposition du Fonds».
Massamba Guèye précise à ce sujet que le comité de lecture est composé de 7 membres : 4 personnes désignées par le mouvement Hip Hop lui-même, et 3 «institutionnels». 
 
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