Pouvoir sénégalais et Gbagbolisation !
Publié le 31/01/2012 | 03H16 GMT
 
A un mois de la date effective des élections présidentielles du 26 février 2012 nombre d'observateurs avisés, experts et institutions  traitant de la sécurité des élections sur le continent sont encore étonnés de la similitude de la posture globale du pouvoir  sénégalais avec les prises de positions et pratiques pré-électorales de Laurent  Gbagbo au cours de l'année  2010 !
 
Comme nous le soulignent déjà avec leur humour habituel nos collègues  anglophones, « s'il est  vrai que Gbagbo est effectivement pensionnaire á la Haye avec la CPI, force est de constater également que ses méthodes et pratiques semblent avoir subies une translation maritime depuis les rivages de la Lagune Ebrié pour  un nouveau port d'attache sur les rochers du Cap Manuel  » ! Avec bien sûr des variantes locales compte tenu des spécificités de la société sénégalaise.  

En effet le Sénégal a actuellement le malheur de présenter, d'une manière délibérée et peut être préméditée, tous les indicateurs conflictuels internationaux du processus électoral : les dérapages de la période pré-électorale étant eux-mêmes des causes de conflit pour les phases suivantes, il convient d'envisager logiquement une situation explosive, á moins que les forces du mal ne soient domptées en temps opportun.

Il y'a d'abord des violations flagrantes des principes et recommandations de la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance qui demeure  pour tous les démocrates africains « le point culminant des engagements qui ont été pris collectivement par les Etats Membres au cours des dernières décennies »:
1. Désignation d'un Ministère des élections, en doublure d'une CENA, tous sous tutelle gouvernementale en lieu et place d'un organe électoral national indépendant du genre CEI (Commission Electorale Indépendante),
2. Aucune initiative du pouvoir destinée à la mise en place d'un Code de Conduite consensuel agréé par l'ensemble des acteurs impliqués dans les  élections : ici c'est plutôt le Forum Civil qui prend l'initiative et qui essaie de regrouper les acteurs ….

3. Refus de valider le bulletin unique approuvé cependant par l'ensemble des acteurs et validé par les partenaires internationaux du processus ; en lieu et place c'est une option unilatérale de ramener les sénégalais au choix de couleurs qui est imposée …comme s'ils ne pouvaient plus reconnaitre les photos de leurs propres leaders politiques !
Ensuite c'est l'initiative ou la couverture d'actes délibérés de violence á l'endroit de l'opposition grâce á l'instrumentalisation de la jeunesse ou de groupes spéciaux …comme les lutteurs ( loubards ou escadrons de la mort du temps de Gbagbo !) : des cas d'étude typiques où le pouvoir en place est le propre initiateur ou instigateur de la violence par affidés ou partisans interposés :

1. Attaque préméditée et délibérée en plein jour de la mairie de Mermoz - Sacré Cœur dirigée par un responsable de l'opposition : des sources concordantes affirment que les acteurs se sont repliés au siège du parti majoritaire au pouvoir á l'issue de leur forfait,
2. Arrestation de responsables de jeunesse de l'opposition : l'un après une provocation flagrante évoquée ci-dessus et l'autre pour des raisons jugées par nombre d'observateurs  á la limite de la régularité,
3. Décision unilatérale de libération de ce dernier sans qu'aucune raison n'ait  été annoncée officiellement,
4. Harcèlement permanent de membres de la société civile avec des interdictions de manifestations pour des motifs pas convaincants du tout alors que les Forces de sécurité sont bien présentes pour assurer leur travail régalien d'encadrement de manifestations,
5. Sans oublier dans ce chapitre l'envoi d'équipes de loubards aux domiciles de responsables politiques de l'opposition aux fins d'intimidation.

Il convient de noter enfin les mesures et pratiques habituelles communes á l'ensemble des dirigeants africains ayant opté pour l'option «Gbagboienne» du maintien coûte que coûte ou du «on gagne …ou on gagne » :
1. Dotation exceptionnelle des forces de sécurité en vue de répressions á mener contre les populations …avec comme premières cibles désignées les membres de l'opposition qualifiés d'avance de «perturbateurs de l'ordre public»,
2. Tournées de pré-campagne déguisées en visites économiques, religieuses ou inaugurations alors que les organes de régulation n'ont pas encore accordé les autorisations à l'ensemble des acteurs concernés,
3. Achat des consciences et instrumentalisation de l'électorat par une distribution tous azimuts d'énormes sommes d'argent au profit de clientèles politiques, sociales, ethniques ou religieuses, et bien sûr de laudateurs traditionnels ou opportunistes désormais si caractéristiques de la société sénégalaise,
4. Non respect de la diversité religieuse de la communauté nationale en marquant ouvertement un parti-pris au profit de confréries particulières vis-à-vis d'autres groupes religieux, mettant en péril la cohésion nationale, alors que les leaders politiques africains sont invités par le NEPAD au respect scrupuleux de la diversité ethnique , confessionnelle , régionale , politique ….compte tenu de son rôle potentiel dans l'émergence de conflits internes difficiles á maitriser même dans le long terme ,    
5.  « Cadeautage institutionnel ciblé multiforme » comme le disent si bien nos collègues du Sud, marqué par :
a. Super-soldes ou indemnités de dernière minute pour chefs d'institutions judiciaires, en sus de moyens roulants aux prix exorbitants,
b. « Pluie d'étoiles » au profit des forces de sécurité battant ainsi et comme Gbagbo le record de nominations au grade de général depuis l'indépendance du pays,
c. Poursuite du « cadeautage » jusqu'au niveau du commandement territorial avec les plus récentes indemnités et augmentations de salaires offertes - généreusement dit - on - á des personnels subalternes qui peut être ne s'y attendaient guère …ou plus !
   
Voilà une panoplie non exhaustive  des constatations faites á ce jour pour le cas du Sénégal par la quasi-totalité des experts et institutions chargés de la gestion de la sécurité des élections á travers l'Afrique, au regard de la Charte Africaine évoquée plus haut et des différentes recommandations et leçons apprises á l'issue de séminaires, conférences et travaux organisés á travers le continent depuis une dizaine d'années maintenant.
Les risques liés à de pareilles situations sont désormais connus á travers le continent africain et les cas concrets vécus au Kenya, au Zimbabwe, au Niger, en Guinée et bien sûr en Côte d'Ivoire  ne sont pas des «propriétés privées» réservées uniquement á ces pays : le Sénégal n'étant plus classé comme pays de référence en matière de bonne gouvernance démocratique n'est assurément pas á l'abri de perturbations politico-sécuritaires de l'avis des spécialistes  de la sécurité en Afrique.

Répressions violentes et disproportionnées contre les populations civiles, exaspération des populations, cycles de violences par groupes politiques interposées, climat d'insécurité généralisée pendant le cycle du processus électoral de la phase pré - électorale á la phase postélectorale menant finalement á l'entrée subite ou progressive du pays dans le cycle infernal de la déstabilisation sociopolitique !

Telles sont les conséquences qui pendent sur la tète du Sénégal  á cause seulement d'un désir effréné de conservation du pouvoir où de conquête du pouvoir : mais dans ce cas précis les constatations et conclusions  de mes collègues - que je partage entièrement - sont unanimes pour désigner le pouvoir comme premier responsable - comme ce fut le cas pour Tandja , Gbagbo et autres Mugabe et Kibaki  - alors que la mission régalienne et les engagements pris au devant des instances africaines invitaient davantage á initier toutes les mesures adéquates pour une organisation d'élections propres , transparentes et crédibles , aptes á rehausser la réputation du Sénégal et á apaiser ses populations !

La situation volatile qui prévaut, similaire sur de nombreux points á celle qui prévalait lors de la période pré-électorale ivoirienne , pose également, et á titre collatéral, le problème majeur de la sécurité physique des membres du Conseil Constitutionnel, que leur décision aille dans un sens ou dans l'autre : ce n'est pas le cas de Yao N'Dré qui nous interpelle cette fois ci, mais bien celui de Youssouf Bakayoko, Président de la CEI , contraint de se «réfugier» sous la couverture des forces des Nations Unies pour déclarer officiellement les résultats provisoires des élections .

Mais le Sénégal n'a pas de forces des Nations Unies et le souvenir de l'assassinat de Maitre Seye reste encore vivace dans les esprits des sénégalais!

Dieu fasse que la sécurisation des élections soit bien organisée selon les normes internationales et qu'elle soit impartiale, inclusive et destinée en premier lieu á la protection des populations …et de toutes les populations, toutes obédiences politiques confondues !

Par Alioune Diop, Colonel (Er) - Expert : Sécurité - Défense - Réinsertion -
Mail : aldiop30@gmail.com
 
 
Commentaires (1)
Posté par Dareal, 2012-02-20T11:08:37+00:00  
ATTENTION URGENCE
Si jamais les Sénégalais vont aux élections qu'ils sachent vraiment que c'est perdu d'avance. En effet il a été créé pour chaque Sénégalais 10 cartes d’électeurs. Pour vérifier, allez sur le site www.elections2012.sn puis mettez votre n° de carte d'identité ainsi que votre nom, vous verrez par la suite en changeant le premier nombre de la carte d'identité nationale par les autres chifres, vous trouverez à votre grande surprise les autres cartes d'électeurs enregistrés sous votre nom
FAITES PASSER LE MESSAGE
Fichier electoral national
www.elections2012.sn
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