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Puis un nouveau ciel et une nouvelle terre
31/01/2017 | 13H46 GMT
 
« Car le premier ciel et la première terre avaient disparu [...] Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
Apocalypse 21 :1,4.
 
Patmos ! L’image de la vision de l’apôtre Jean dans une île lointaine me revient vive ! Une vision qui renvoie bien à celle de cette terre déserte, théâtre de tuerie, de souffrance, d’inhumanité, de comédie malheureuse étalée au grand soleil ; une terre trop chantée, trop courtisée, pourtant jadis une terre qui suscitait l’envie.
 
Combien de fois n’a-t-on pas entendu ces cris amers (à vous arracher le cœur) de ces fils et filles en désarroi quittant les lieux dans la précipitation et le dénuement total pour fuir les atrocités ! Lorsque les bruits de guerre, des coups de feu déchirent le ciel, la seule voie du salut est de quitter sans voix dans l’affolement, sans rien prendre, et de s’enfuir dans les lieux aux conditions aussi incertaines que leurs habitations laissées en feu et en flamme.
 
Combien de fois n’a-t-on pas entendu les cris de ces enfants mourir à petit feu dans les flammes ou ballottés, comprimés sur dos de leur mère, ou encore saisis dans le creux de leur bras ; ces cris qui répercutent les faîtes des palmiers, des arbres ; ces cris qui obligent les oiseaux, les animaux apeurés, en déroute, de décamper ou de dénicher eux aussi pour fuir l’horreur. Ces enfants qui sombreront, à cause de la poisse, sous le regard piteux et impuissant de ces braves femmes sans moyen de sauver ce qui leur reste de leur propre chair ! Que de peines douloureuses !
 
Que de fois, et plus encore, avons-nous entendu les pleurs de ces mamans au cœur meurtri, serré devant ce qu’il ne convient plus de nommer : des récoltes et des biens abandonnés ou consumés par le feu ; leurs fils tombant ou mourant sous la pluie de balles, gisant dans un bain de sang causé par des coups d’armes (blanches) ; des fils saisis et emportés dans les lieux dont elles ne connaîtront jamais ; ces fils, fruits de leurs entrailles, qu’elles ne reverront plus, perdus pour toujours.  Ces lamentations pitoyables, d’une mère atteinte au plus profond de son âme, qui désarment même le cœur le plus endurci ; des larmes qui traduisent mille peines dont elle seule, mère du monde, en tout et pour tout, connait les profondeurs. Femme, souffre en silence !
 
Et puis, qui n’a jamais vu ces vaillants hommes, pères de famille, braver vaille que vaille la souffrance dans leur chair : jadis preux, vaillants, aujourd’hui réduits, désarmés, fuyant dans la honte, le déshonneur, l’avilissement. Lorsque les peines sont sans mesure, les seuls traits de visages angoissés suffisent pour décrire les méfaits. Père, preux, brave le mal !
 
Et ces milliers de jeunes gens au regard crispé qui essaient de s’agripper désespérément au fil de ce qui leur reste de la vie. Ces jeunes au devenir sombre, ces jeunes inquiets ayant peur non de mourir, mais plutôt de vivre à cause du regard de l’autre qui le condamne. J’entends encore ce jeune hurler, supplier vainement, seul dans la forêt, dans les champs d’anacarde, entre les impacts des engins qui ont fini par le réduire à l’état invalide. J’entends encore ses derniers soupirs, ses ultimes adieux, car prenant conscience qu’il en était décidé autrement pour lui/elle ; de périr loin des siens ; que tout soutien s’est retiré, que la terre (le seul rempart), aussi complice, se dérobe sous ses pieds pour l’engloutir. Sacrilège, jeunesse, je te plains !
 
Et ces bruits de guerre qui obligent ces peuples à céder, à vider les maisons, à s’enfoncer encore de nuit sous la pluie battante dans la forêt, sous le bois, dans la palmeraie ou les basses terres, errant comme des exilés. Je les vois encore battre en retraite sous les coups de canons déchirant l’azur, divagant comme des proscrits. 
 
Il y a mieux que ça.
Oui, il y a mieux ! Il y a mieux que ça ! Car, je vois un nouveau ciel et une nouvelle terre où tous les fils et les filles pourront vivre, s’épanouir dans la plénitude sans crainte d’être brutalisés, sans crainte d’être réveillés et inquiétés par les bruits des armes. Ces fils et filles qui reprendront la joie de vivre, la nuit à la place publique, le clair de lune aidant. Ces fils et filles qu’on regardera désormais comme des humains. Ces jeunes gens qu’on montrera comme des égos, et non des gens anormaux, car la première terre et le premier ciel ont disparu.
 
Oui, il y a mieux que cela ! Car, les larmes des mamans seront essuyées, leur cœur chagriné retrouvera le repos. Elles reprendront à cœur joie le chemin des rizières ou du marigot. Les rencontres festives en périodes de répits rythmeront la vie sacrée dont le temps passera avec douceur. Assises au pied de la case, elles observeront silencieuses leurs enfants grandir, l’âme enjouée. Quand ces enfants crieront, ce sera pour attirer leurs camarades à l’aire du jeu où ils s’égaieront. Ces mamans se lamenteront non pour avoir tout perdu, mais devant ces enfants à la tenue boueuse. Les hommes retrouveront le chemin ensoleillé des champs, des jardins pour les cultiver et les garder pour eux. Car, il n’y aura plus de morts, plus de deuil, plus de cris, plus de douleur.
 
Le coq chantera pour réveiller le village endormi pour la journée qui s’annonce admirable. Les oiseaux roucouleront, piailleront, cancaneront dès l’aube à partir de leur perchoir improvisé. Le verrat retournera la terre à tout bout de champ sans crainte de fouiller un engin explosif ou de se faire sauter. Le rat palmier, les rongeurs casaniers s’activeront dans les interminables cabrioles à cœur joie sans peur de se faire surprendre. Parce que les montagnes de jalousies, de rancœurs, de convoitises, de la haine s’effondreront. Parce que les orages de la violence, de la brutalité, de l’amertume disparaîtront. Parce les hostilités importunes aves ses œuvres seront consumées ; le conflit intrus ne sera plus. Il n’y aura plus de morts, car la mort abjecte sera vaincue. Il n’y aura plus de deuil imaginaire et transféré, car le mal sera vaincu et la justice rétablie. Il n’y aura plus de douleur, car les peines inhumaines seront dissoutes. La survie ne sera plus, car la vie reprendra son train habituel. Il y aura un nouveau ciel et une nouvelle terre, car les premières choses auront disparu. Et les hommes, les femmes, les peuples pourront enfin vivre en paix sur cette terre nouvelle.
 
Jules Mansaly
Écrivain, PhD Sociolinguistique
Université de Cologne, Allemagne
 
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