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par Mohamed SALL SAO
QUELLE ISSUE POUR LE SENEGAL EN 2019 ?
11/11/2017 | 11H01 GMT
 
Les récentes péripéties des élections législatives et de la formation d’un « nouveau » gouvernement, suivies de la nomination controversée de son frère à la tête d’une grande entreprise publique collectrice de fonds, ont permis à tout un chacun de constater que le chef de l’Etat n’est préoccupé que par sa réélection en 2019 et qu’il a décidé d’y mettre tous les moyens, en privilégiant son parti et sa famille au détriment de ses alliés. Même le projet de budget pour 2018 en passe d’être examiné par l’Assemblée nationale, où la dimension sociale est purement symbolique contrairement à ce qui avait été annoncé, apparaît comme un instrument politique orienté vers sa réélection, tant sont nombreuses les « niches »  ou « réserves » aménagées à travers des dépenses de transfert  douteuses et des dépenses de fonctionnement surévaluées, purement théoriques parce que vouées à faire l’objet, à coup sûr et comme à l’accoutumée, de réallocations – pour ne pas dire de tripatouillages - au cours du prochain exercice budgétaire.  
 
Tous ces actes posés dans un mépris total de l’opinion publique nationale et internationale, qui ont donné raison à ceux qui avaient estimé que le chef de l’Etat était déjà en train de mettre en place le directoire et les moyens de sa future campagne présidentielle, ne suffiront pourtant pas à lui faire obtenir un second mandat. En effet, non seulement il aura réussi le tour de force de s’aliéner bon nombre d’acteurs au sein de formations alliées de la coalition BBY, de divers mouvements de soutien et de son propre parti, mais il ne disposera, de surcroît, que d’un maigre bilan social à présenter à l’issue d’un septennat très controversé, reposant - rappelons-le - sur un reniement. Conscient de tout cela, le président de la République a donc choisi, pour des raisons purement électoralistes, d’opérer un reniement de plus et de sacrifier sur l’autel des calculs politiciens « l’autorité de la chose jugée » - en l’occurrence en matière d’enrichissement illicite - en cherchant à s’entendre avec le patron de son ancien parti, le PDS, sur le dos de la classe politique dans son ensemble et, surtout, des Sénégalaises et Sénégalais qui lui avaient permis de le battre en 2012 afin de barrer la route à des dérives inacceptables pour notre démocratie.
 
Aussi, est-ce le lieu de se demander si, parmi les principaux partis alliés de l’APR au sein de la coalition BBY, il ne serait pas temps pour ceux qui étaient des parties prenantes, voire des acteurs prépondérants des Assises nationales, de prendre leurs responsabilités, lesquelles revêtent aujourd’hui une dimension historique particulière. Ces partis, qui ont jusqu’ici apporté une caution non négligeable à ce régime et raté l’occasion de s’illustrer par rapport aux préoccupations des populations et à la défense de certaines valeurs, se retrouvent aujourd’hui à la croisée des chemins en ce qui concerne les fondements de leur action politique, notamment au regard de leur apparente quête d’un repositionnement sur leurs idéaux philosophico-idéologiques. 

Les citoyens, quant à eux, devraient se poser la question de savoir pour qui on les prend en se livrant ainsi à des « deals d’état-major » pour des intérêts purement personnels - et devraient surtout en tirer les conséquences - car il s’agit simplement, d’un côté, de s’assurer coûte que coûte de toutes les chances d’obtenir un second mandat et de l’autre, de faire réhabiliter coûte que coûte un fils, pour pouvoir lui garantir un certain avenir politique. 
 
Pourtant, en élisant l’actuel chef de l’Etat à 65% le 25 mars 2012, la grande masse des électeurs – et pas seulement ses partisans - avaient placé en lui d’immenses espoirs de rupture d’avec les pratiques du passé. Malheureusement, ce nouveau régime s’est révélé  incapable d’engendrer un nouveau mode de gouvernance du pays, le changement des acteurs n'ayant entraîné aucun changement dans un système visiblement à bout de souffle. La même culture politique est restée de mise, fondée sur le clanisme, le népotisme, le clientélisme, la corruption et la gabegie, en tant qu’instruments de gestion du pouvoir et des ressources publiques, de même que la séparation des pouvoirs a constitué un leurre, consacrant l’hégémonie du pouvoir exécutif sur les autres pouvoirs et singulièrement le pouvoir judiciaire, sans cesse instrumentalisé. Un certain autisme politique et des dérives autocratiques ont ainsi fini par discréditer un Etat faible, incapable de prendre en charge les vrais défis démocratiques et économico-sociaux. Après plus de cinq ans d’exercice, la demande citoyenne a toujours du mal à être satisfaite et la demande sociale est toujours aussi aigue que par le passé.
 
Au lieu de s’atteler à satisfaire ces demandes « basiques », le pouvoir s’est lancé, au prix d’une dette publique exorbitante – quoi qu’on en dise - dans des projets « pharaoniques » d’infrastructures et de constructions aussi inutiles que coûteux, mais plus juteux, certes, en termes de commissions, dessous de table et autres rétrocommissions. Jusqu’ici, il ne s’est préoccupé que très peu de l’amélioration du niveau et des conditions de vie des populations et s’est contenté - en dehors de l’incomplète et simpliste CMU et des fameuses bourses de sécurité familiale, très limitées en montant et en portée, de quelques actions ponctuelles en faveur de citoyens démunis, à l’image de distributions d’oboles !
 
Contrairement à ce que l’on s’évertue à faire croire aux Sénégalaises et Sénégalais, le Sénégal n’est pas « dans une dynamique d’émergence porteuse d’un mieux-être social basé sur des performances économiques réelles » (sic). La croissance enregistrée ces deux dernières années, qui n’a d’ailleurs pas atteint les niveaux initialement escomptés, n’est ni inclusive, ni partagée. Mis à part quelques programmes d’infrastructures secondaires destinées à réduire des disparités régionales ou locales pour assurer, nous dit-on, « une certaine équité territoriale » (PUDC, PROMOVILLES et PUMA), le progrès social tarde à se faire effectivement sentir après plus de cinq ans de mandat. Cette croissance tant chantée n’a eu aucun impact véritable sur le développement humain, c’est à dire sur un développement centré sur la satisfaction de la demande sociale. Et c’est parce que l’on a bien conscience d’un échec patent dans ce domaine que l’on promet, dans une sorte d’aveu qui ne dit pas son nom, de se focaliser dorénavant (pour les dix-huit prochains mois !) « sur un développement inclusif et solidaire »…

C’est dans un tel contexte qu’il faut également comprendre la conception du dialogue national que se sont évertués à véhiculer certains thiruféraires du régime, en particulier la suggestion de mettre en place une « plateforme de dialogue » embrassant tous les domaines, c’est-à-dire, en sus du processus électoral et du domaine politique, les questions économiques et sociales. Il s’agit là à l’évidence d’un format qui, tout en ressemblant curieusement d’ailleurs à celui des Assises nationales, n’a pour but que de masquer les travers et échecs de ce régime, en cherchant à en diluer les responsabilités.
Aussi, est-il venu le temps pour tous les acteurs des Assises nationales, y compris ceux à qui l’on a fait avaler tant de couleuvres, de se retrouver - avec l’adjonction de nouvelles personnalités sincèrement et profondément convaincues - pour investir le champ des solutions propres à assainir le système de gouvernance actuel, rationaliser la gestion publique, satisfaire les besoins essentiels des populations, relancer le secteur privé, vaincre le chômage et le sous-emploi, renforcer et moderniser les secteurs de l’éducation et de la santé, remettre les populations au travail dans la dignité et juguler la crise actuelle des valeurs.
 
Dans la mesure où référentiel ne saurait être plus complet que celui matérialisé par les conclusions des Assises nationales, lesquelles étaient adossées à de larges consultations citoyennes et embrassaient l’ensemble des questions institutionnelles, administratives, économiques et socioculturelles de notre pays, seul un programme en découlant, c’est-à-dire s’en inspirant, tout en prenant en compte l’évolution du contexte, devrait permettre de réussir le redressement du pays.
 
Il s’agirait, en somme, en s’inscrivant dans une dynamique de refondation de l’Etat, de se tourner résolument vers les aspirations profondes des Sénégalaises et Sénégalais, en ouvrant avec eux de nouvelles perspectives dans le cadre d’une approche stratégique inédite pour leur permettre de se réapproprier leur devenir.
 
Mohamed SALL SAO
 
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