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Regard d’un « sympathisant-partisan » sur « nos 30 Glorieuses », à travers Sud
Amath DANSOKHO | 07/06/2011 | 07H35 GMT
 
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L’irruption de Sud  dans le paysage journalistique du Sénégal a été un évènement considérable. Ceci à la lumière de la qualité professionnelle et du mode de traitement novateur des problèmes politiques, sociaux et culturels de ses initiateurs.
 
Franchement, je ne sais pas comment le groupe s’est formé mais ce dont je suis à peu près sûr, c’est que le collectif n’est pas né au hasard.


    En effet, ces grands talents possédaient une intelligence très vive des problèmes cruciaux de notre pays et étaient animés d’une très forte passion pour promouvoir une presse indépendante, libérée  du journalisme de propagande et de flagornerie du Parti-Etat.


    Naturellement, leur projet n’a pas été créé à partir du néant, le Sénégal possédant depuis longtemps déjà, une activité de presse abondante marquée par un journalisme de gauche prépondérant pendant la période de répression et au début des années 80. Ceci étant, l’une des facettes de l’impact de Sud, c’est une écriture qui était en phase avec les préoccupations d’un lectorat de nouvelle génération.


    Pour ma part, c’est le Rédacteur en Chef de « Daan Doole», dont j’étais moi-même le Directeur de Publication, qui m’a parlé pour la première fois de ces jeunes journalistes.  Il les a rencontrés au Relais, si ma mémoire ne me trahit pas, à l’occasion d’une concertation de tous ceux qui ont une activité journalistique, pour définir une plateforme de lutte pour la liberté de la presse et contre la censure.  Il m’a dit que ces jeunes gens étaient extrêmement intelligents. Lui-même a été fasciné par leur culture, leur agilité intellectuelle et leur grande détermination.


Mais quelque temps après, des rumeurs circulèrent sur des supposés antécédents maoïstes et trotskystes du groupe. Naturellement, des crispations, des préjugés et même des automatismes nés des confrontations doctrinaires de l’époque ont suscité, ici et là, à l’égard de ces jeunes journalistes des suspicions. Ces préjugés n’allèrent  pas loin. Mon appréciation a rigoureusement été fondée sur l’activité concrète de cet organe dans le champ politique. J’ai remarqué, dans ce cadre, que nos positions allaient dans la même direction : des déconstructions de la chape de plomb du Parti-Etat.


C’est ainsi que très vite, j’ai pu établir avec Babacar Touré, pourtant de très loin mon cadet, une proximité confiante et sans calcul. Nous avions en partage une passion irrépressible  pour la liberté, pour la justice et la démocratie. Nous sommes, comme disait Georges Gurvitch en « réciprocité de perspective ». Une réciprocité assise sur les nouvelles valeurs nées du séisme de Mai 68, en France et au Sénégal et des percées décisives des pays du Tiers-monde.


Ces valeurs ont pour nom : anticonformisme, très grande rigueur critique, libération humaine et point de vue très largement convergent sur les problèmes du Tiers-monde, du devenir de l’Afrique et de l’unité du continent.


L’écriture, le langage et les grilles de lecture de ces journalistes brillants répondaient parfaitement aux préoccupations d’un lectorat en expansion de masse, assoiffé d’éclairages sur le mouvement des contradictions du monde.  C’est précisément pour cette raison que Sud s’imposa comme un organe phare au Sénégal. Je me demande aujourd’hui si ce n’est pas son succès qui a été pour une large part la raison de la disparition de la presse partisane qui avait fait preuve d’une grande vitalité avant le rétablissement du pluralisme politique intégral.

Un esprit de rébellion



En effet, le collectif rédactionnel de Sud  était constitué de professionnels de la presse, ayant bénéficié d’une formation solide au CESTI. En même temps qu’ils surfaient sur les préoccupations de l’élite intellectuelle, leurs articles étaient parfaitement compréhensibles, rendant compte de sujets tels que les luttes dans le monde du travail ou encore l’ajustement structurel. C’est précisément ce traitement de l’information transversale qui assura à Sud  une fonction véritablement structurante, irradiée d’un esprit de « rébellion » qu’aucune pression ou entreprise de récupération n’a pu étouffer.


Les positions éditoriales de Babacar Touré, Ndiaga Sylla et Abdou Latif Coulibaly, pour ne citer qu’eux, étaient toujours attendues pendant les tumultes que le Sénégal a connus ces 20 dernières années et ce sont elles qui donnaient, dans une très grande mesure, le tempo dans le champ médiatique.  Dans ce contexte, mes échanges avec Babacar étaient d’une grande densité intellectuelle et étaient un plaisir pour l’esprit. Mais ceux-ci se concluaient toujours par la mise au point d’hypothèses de solutions opérationnelles portant sur une identification claire des enjeux du moment actuel, comme disait Régis Debray. Nous avions un accord de fond sur la nécessité de maintenir le Sénégal, quelles que soient les difficultés, sur les rails de la paix civile, de la laïcité et de la démocratie.


Babacar Touré m’expliquait qu’il accordait la plus grande attention aux analyses et prises de position du PIT et qu’il recommandait à ses interlocuteurs d’en faire autant. Même si celles-ci pouvaient être déroutantes de prime abord, disait-il, elles étaient le fruit de réflexions approfondies, expurgées de la part d’émotions, de subjectivisme ou d’idéologisme qui altéraient dans la plupart des situations les démarches des politiciens, en particulier celles de la gauche traditionnelle. Les positions qui découlaient de nos analyses, embrassaient le cours des évènements que structurait « l’analyse concrète de situations concrètes », aimait à me conforter Babacar Touré.


« Mieux vaut tard que jamais. Les leaders de Benno qui ont rattrapé leur retard, ont fait de ton domicile leur quartier général, et de toi, la conscience du peuple », me taquine encore aujourd’hui Babacar Touré


Les exemples de convergences productives ne manquent pas. Ce fut le cas notamment en 1993, quand Abdoulaye Wade était presque parvenu à un accord avec Abdou Diouf pour que ce dernier le nommât Vice-président irrévocable, ce qui aurait été à tous égards, une violation de la Constitution et surtout une voie royale pour écarter Abdou Diouf en niant de fait, le suffrage des citoyens qui est un fondement de la République ! Dès le lendemain, nous avons sorti l’artillerie lourde pour mettre en pièce ce projet monstrueux : Babacar Touré, dans un éditorial flamboyant, nous, dans une déclaration du secrétariat du PIT. L’opinion s’en est émue et le projet fut enterré.


Sur la grave crise casamançaise, nos positions furent quasiment identiques : contre la guerre, pour des solutions politiques. Nous estimions qu’il s’agissait là d’une tragédie nationale. Dès le début des années 1990, le PIT a mis en évidence, le premier, la dimension considérable de la drogue dans le pourrissement de la tension. Madior Fall, quelques années plus tard, dans un grand reportage qu’il serait bon de relire encore aujourd’hui, en donnait une preuve sans équivoque.

Février 1988, Etat d’urgence



La dure répression de l’opposition préparée et perpétrée sous la férule du tout puissant ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la République et mentor reconnu et accepté de Abdou Diouf, n’a pas surpris la vigilante perspicacité de Sud. En effet, ces jeunes qui bravaient les grenades lacrymogènes et se retrouvaient dans les paniers à salade et derrière les grilles des commissariats de police, aux côtés des leaders et autres militants de l’opposition démocratique, avaient compris même, avant celle-ci, les desseins funestes du régime socialiste bien avant les soubresauts postélectoraux.


Il me souvient, que  dès la fermeture des bureaux de vote, les Babacar Touré, Abdoulaye Ndiaga Sylla et leurs confrères nous ont assiégés, pour recueillir nos réactions, « sortie  des urnes » et le lendemain de la consultation électorale de février 1988.


Evidemment, notre souci premier consistait à faire le décompte des voix et préparer les recours contre la fraude massive et les manipulations du scrutin, par les affidés du Parti socialiste. Non sans agacement, certains d’entre nous, ont accepté de confier leurs premières observations et évaluations critiques à ces jeunes teigneux qui nous ont harcelés sans cesse, « car demain, vous ne serez plus en mesure de nous parler, puisque vous serez tous en prison », affirmaient-ils sans se démonter. Et de nous rappeler, la tenue en novembre ou décembre 1987, d’un séminaire sur l’Etat d’urgence et l’Etat de siège, sous l’égide de la Ripas (Revue des Institutions Publiques et de l’Administration du Sénégal), sous la férule du Professeur de Droit Jacques Mariel Nzouankeu, d’origine camerounaise, chaperonné par Jean Collin.


La suite des évènements a donné raison aux jeunes journalistes, car Abdou Diouf, qui nous avait traités de « bandits de grand chemin », manipulant une « jeunesse malsaine », s’est empressé de mettre en prison la plupart des leaders de l’opposition et certains de nos militants avec déportation à Kolda pour Boubacar Sall, considéré comme le « Baye Fall » inconditionnel de Wade. Les actes posés par Jean Collin n’avaient pourtant pas été appréhendés correctement par les acteurs, mais par les journalistes de Sud  qui ne s’y étaient pas trompés. Deux mois après notre incarcération, on me fit sortir de prison parce que « mourant », d’après les rumeurs propagées par les tenants du régime socialiste et leurs relais.


Mal leur en a pris, puisque je mis à profit ma libération anticipée, pour braver le couvre-feu. J’ai tenu des meetings et des réunions nocturnes dans toutes les régions du pays, alors que des responsables du Parti démocratique sénégalais, avaient choisi de respecter scrupuleusement le couvre-feu.


Malgré l’état d’urgence et la censure, Sud sut tirer son épingle du jeu, en publiant les réactions à chaud des leaders emprisonnés et en couvrant les émeutes le jour et les concerts de casseroles la nuit, nouvelle forme de protestation des populations, en défiance du couvre-feu. Sans parler de la couverture des procès quand « les vainqueurs jugeaient les vaincus » (titre de Sud) et la table-ronde avortée.


Les évènements sanglants Sénégal- Mauritanie ont permis d’apprécier à leur juste valeur, l’esprit de responsabilité et la lucidité de Sud. Alors que la colère et la vengeance montaient dans les deux camps, Sud Hebdo n’a pas hésité à titrer « la raison du plus fou », en référence à la fable de Lafontaine, Le loup et l’agneau dont un vers explique que « La raison du plus fort est toujours la meilleure », appelant ainsi à la raison et à la concorde des communautés et des peuples que tout lie.


Le combat pour l’émancipation de la Femme, pour l’accès à l’éducation et aux ressources, contre les pratiques obscurantistes et dévalorisantes, mené à l’époque par des organisations féministes telles que Yeewu Yeewi des Marie angélique Savané ou féminines comme la Fédération des Associations féminines du Sénégal (Fafs) a été très tôt relayé et amplifié par Sud


Sud reflétait l’opinion majoritairement acquise aux valeurs de liberté et de justice et à la démocratie. L’opinion en, retour, se retrouvait dans la démarche éditoriale de Sud. C’est ainsi que quand des opportunités de solutions de sortie de crise et de préservation de la paix civile s’offraient à la classe politique, la facilitation et l’’adhésion des populations étaient acquises notamment, grâce aux exhortations de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, de Monseigneur, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum et aux éditoriaux et analyses de Sud.


Ainsi, des deux épisodes de participation de forces de l’opposition aux gouvernements dits de majorité élargie en 1991 et 1993, Sud et la presse de l’époque ont été aux avant-postes de la campagne nationale et internationale pour libérer les dirigeants emprisonnés, qui a la suite de la mort de six policiers dans l’affaire dite des Moustarchidines, qui, après l’assassinat du Vice-président du Conseil Constitutionnel Me Babacar Sèye, en l’occurrence, Me Wade et ses proches collaborateurs. Les interpellations musclées de dirigeants de l’opposition, comme les prières de « yor yor », initiées par Wade pour le départ de Diouf et réprimées vigoureusement, ont fait les « Une » de Sud.


La première radio privée du pays, viendra en complément du premier quotidien privé, briser un autre monopole et ouvrir aux langues et cultures nationales des perspectives d’émancipation et d’affirmation d’une personnalité africaine poreuse au débat citoyen et au multiculturalisme. « Qui a peur du Pape ? » Ce titre, qui a barré la « Une » de Sud Hebdo, a finalement contribué à calmer certains dévots qui menaçaient de s’opposer, au besoin physiquement, à la première visite du Pape Jean Paul II au Sénégal.

Mars 2000 : Wade Président !



Dans la nuit du 19 au 20 mars 2000, un échange de coups de fil entre Me Wade et Babacar Touré, ensuite entre le patron de Sud et Abdou Diouf, convainquit le président Diouf d’appeler son adversaire, Abdoulaye Wade, pour le féliciter pour sa victoire à la suite des résultats diffusés en direct par les radios privées sur la bande Fm (Sud Fm et Wal Fadjri). Ce que fit le président Diouf, tôt le matin du 20 mars 2000, au grand étonnement de Me Wade et de son entourage, convaincus que la victoire allait être confisquée par les irréductibles caciques du pouvoir socialiste et que Me Wade allait se retrouver  encore une fois en prison. Ce jour là, seul de la presse nationale et internationale, Sud  barrait sa « Une »   avec un historique « Wade Président ! ».


Cette démarche de Sud et de quelques autres acteurs de l’ombre, de même que la détermination du peuple à défendre « son résultat » marqueront pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, « indépendant », l’avènement d’une alternance politique au sommet de l’Etat. Pour les gens de ma génération, nous avions le sentiment que le travail était terminé, « the job is done ». Cependant, les inquiétudes ne manquaient pas de nous assaillir. Pour avoir confié à la presse, dont Sud « que Moustapha Niasse serait une garantie auprès de Wade », le PIT et moi-même devions subir l’ostracisme du président élu qui nous a royalement snobés, lors des consultations en vue de la formation du premier gouvernement dit de « l’Alternance ». Nos alliés en étaient surpris et nous exprimaient leur solidarité en privé, mais ne faisaient pas de notre participation au gouvernement, ni un point de principe, ni un point de rupture, en dépit du rôle historique et de l’antériorité de notre combat et de notre soutien à Wade, longtemps incompris, voire combattu par ceux-là mêmes qui, derniers ralliés, se présentaient comme ses alliés les plus sûrs.


Là aussi, c’est la presse libre de ce pays, Sud en tête, qui a fustigé l’incongruité et le manque d’élégance et de reconnaissance de la part de celui qui nous étions allés chercher à Paris, pour l’obliger à être notre candidat de consensus. Notre participation se fit in extremis et notre sortie, tout aussi brutale et rapide du gouvernement où nous avions laissé nos alliés « désolés », mais « fidèles aux postes ». La presse, à la suite de cet acte prémédité de Wade, parla de « défenestration ». Le pouvoir solitaire de celui-ci qui s’affublera du titre de « despote éclairé », s’affirmait déjà sans ambages, cristallisé par une Constitution à la mesure de l’Omniprésident que nous avons tôt décelé et dénoncé, sans être compris à l’époque. C’est pourquoi, quand au bout d’une période d’état de grâce et même de coopération pour donner toutes ses chances au nouveau régime, Sud sonnait l’alerte à travers un retentissant éditorial : « Alterner l’Alternance», sous la signature de Babacar Touré, ce fut comme un coup de tonnerre, sous le ciel assombrissant de l’Alternance.  C’était bien avant la parution de l’ouvrage de Abdou Latif Coulibaly, « Wade, un opposant au pouvoir- l’Alternance piégée », qui, de manière systématique, renseignait sur le profil de la personnalité manipulatrice et compulsive de l’homme.



Un journal, si je me souviens bien, c’était le « Cafard libéré » avait surnommé Wade, « le président de la Rue publique », C’était l’époque des grandes manifestations de masse des policiers radiés, des voitures piégées et des bombes, qui éclataient en divers endroits de la capitale. Les regards étaient braqués sur l’opposition mais surtout sur les calots bleus de Wade et leurs chefs qui gravitaient autour du Pape du Sopi, autre surnom sorti de l’imagination des journalistes. Wade le prestidigitateur, pouvait être pris dans les pièges et embuscades qu’il affectionnait de tendre au régime de Diouf, souvent en dehors de toute concertation avec ses alliés, qui ne pouvaient le désavouer publiquement. C’est ainsi, qu’après avoir appelé à une grande manifestation populaire nationale, pour le départ d’Abdou Diouf, il se vit contraint d’en annoncer l’annulation, après avoir convoqué la presse nationale et internationale à son domicile du Point E, cerné par des militants surexcités. La raison invoquée par le Maître des lieux, justifiait bien une telle mesure, mais était-elle fondée ?


A Babacar Touré qui lui avait posé crûment la question, Maitre Wade répondit qu’il venait de recevoir un message de Jean Collin, par l’intermédiaire d’Ahmed Khalifa Niasse. La teneur était époustouflante : « Jean Collin m’a prévenu qu’Abdou Diouf est prêt à me céder le pouvoir et qu’il fallait, toutes affaires cessantes, s’’atteler à l’organisation de la transmission du pouvoir ». D’où l’annulation de la manifestation qui devenait sans objet. Devant l’assistance abasourdie, Babacar  demanda à Me Wade de le mettre en relation téléphonique avec l’émissaire présumé, en l’occurrence Ahmed Khalifa Niasse, qui se trouvait dans sa ferme-village de Niaga. S’ensuivit un jeu de questions-réponses entre Monsieur Khalifa Niasse et Babacar Touré qui répétait à la ronde, à  haute et intelligible voix, pour l’assistance qui buvait ses paroles, les propos de l’Ayatollah de Kaolack. Des propos de dénégation : « Non, je n’ai jamais été envoyé par Jean Collin. Je n’ai jamais dit à Me Wade ce que vous affirmez ». L’assistance se disperse, médusée, laissant derrière, Me Wade, s’épongeant le front fortement plissé, la mine crispée et une moue boudeuse, le visage déconfit, entouré d’un carré de fidèles et d’alliés embarrassés. Les journalistes, en ces temps-là, bien moins qu’aujourd’hui, ne reproduisaient  pas tel quel, tout ce qui leur était confié par des sources, fussent-elles réputées des plus fiables.

 
Entre tribulations et turbulences 



Qu’est-ce qui s’était réellement passé  alors ? Plus tard, il sera question de créer un sénat présidé  par Wade, de Vice Présidence –voire de ticket Diouf-Wade-, de l’affaire des armes libyennes, et de la garde à vue, à la gendarmerie de Hann, d’Ahmed Khalifa Niasse. Ces manœuvres souterraines avortées ont-elles été à l’origine de telles tribulations et de la turbulence ayant débouché sur le meurtre des policiers et l’assassinat de Me Sèye ? Avec le recul, ces conjectures ne paraissent pas manquer d’intérêt.

L’honnêteté et le sens des responsabilités sont une des marques de fabrique d’un bon journalisme. Sud, nous l’avions déjà dit, a joué un rôle majeur dans le basculement de l’opinion en faveur de Me Wade et de ses co-accusés dans l’affaire Me Sèye. Par ses révélations et ses contre-enquêtes notamment, Sud a  traqué les failles de l’accusation et relayé tous les éléments pouvant contribuer à innocenter les mis en cause. Seulement, quelques années plus tard, bien après la condamnation des hommes de main reconnus coupables, l’élargissement de Me Wade et de autres ses co-accusés, alors qu’ils siégeaient à nouveau dans le gouvernement de majorité élargi, Sud fit encore sensation. En titrant à sa « Une » : « Rebondissement dans l’affaire Me Sèye, la piste du Pds relancée », le journal faisait état d’éléments nouveaux dont la prise en compte pouvait aboutir à une révision du procès et au retour à la case départ –« cage-départ ?»- pour Me Wade et compagnie. Tôt ce matin-là, Me Wade en émoi, fit irruption avec le numéro de Sud quotidien en main, chez le président Abdou Diouf qui était encore dans ses appartements. Comme ce dernier s’apprêtait à se rendre à son bureau, il demanda à Me Wade de l’y retrouver plus tard. Abdoulaye Wade l’y devança, toujours le journal en main. Après maints conciliabules entre les deux hommes, Diouf décide d’appeler Babacar Touré. L’histoire s’en arrêta là et on ne sait toujours rien de ces éléments nouveaux que Sud s’était contenté d’annoncer et sur lesquels le journal ne revint jamais après le tête à tête entre le Président Diouf et le patron de Sud.


Peut-être un jour, l’Histoire sera connue, malgré la loi Ezzan, et les révélations d’un des acteurs recueillies par Abdou Latif Coulibaly, dont l’ouvrage a été censuré comme bien d’autres avant et après. Pour la petite histoire, Abdou Latif Coulibaly, au plus fort de l’affaire Me Sèye, croyait mordicus à l’innocence de Me Wade et des membres du Pds incriminés. Pour lui, c’était un coup du Parti socialiste. Nous avions eu une vive discussion à ce sujet. Il s’évertuait à disculper Me Wade et à réfuter la piste du Pds, pendant que j’étais convaincu du contraire. Nous avons eu cet échange à Ngaparou, à la résidence de Babacar Touré, taiseux ce jour-là, préférant ne pas prendre part à la discussion.


En bref, je dirai que la créativité et le courage de Sud  ont fait de cet organe pionnier de la presse indépendante, un véritable phare dans notre pays. On comprend dès lors, qu’il ait subi l’adversité implacable de celui qui s’est déclaré être partisan en Afrique d’un « despotisme éclairé » et du « césarisme démocratique ».


    C’est par son travail, ses qualités intellectuelles, politiques  et personnelles que Babacar Touré est perçu dans notre société comme un grand opérateur politique, un leader de la société civile, au sens gramscien de ce terme. C’est un homme d’influence dont les prises de positions ne laissent personne indifférent.


    Des souvenirs plus personnels émaillent cette période. Comme celui de ma première rencontre en tête à tête avec Landing Savané, chez  Babacar Touré, qui après nous avoir installés pour un diner improvisé a eu la délicatesse de nous laisser seuls pendant plus de deux heures d’horloge. Il est vrai qu’en dehors des rencontres dans des cadres d’unité d’action, je n’avais pas eu l’occasion de connaître landing, car je quittais Paris quand il arrivait dans la capitale française. Il y a au aussi le baptême du fils d’Idrissa Seck dans les années de braise où nous nous sommes retrouvés Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse, Babacar Touré et moi-même. Une photo prise à l’époque et exhibée au cours d’une réunion houleuse autour du Président Wade par Idrissa Seck alors directeur de Cabinet a permis de calmer les esprits et de parvenir à un accord sur un sujet de controverse au début du premier gouvernement de l’Alternance. Je n’évoquerai pas les séances de yoga chez Babacar avec ma fille Yacine, ni l’amitié avec mon jeune frère Alseyni qui a été médecin accoucheur du dernier fils du patron de Sud. Sans compter nos randonnées intellectuelles et notre fraternité d’armes et familiale avec les Albert Bourgi, Alpha Condé, Laurent Gbagbo, Ba Boubacar Moussa, Ibrahim Boubacar Keïta, Mouhamadou Issoufou et les regrettés Babacar Néné Mbaye, Almamy Matheuw Fall, Alpha Sow , Bâ Mamadou et autres, quelles que soient les vicissitudes de la vie et la diversité de nos opinions.


    A l’évidence, l’Histoire de Sud se confond avec l’Histoire du Sénégal de ces trois dernières décennies, celle de nos « Trente Glorieuses » qui verront très prochainement, j’en suis persuadé, le parachèvement de notre système démocratique, laïc et républicain.


Joyeux Anniversaire à Sud ! Avec toute mon affection, je dis bravo à Babacar Touré, Ndiaga Sylla, Latif Coulibaly, à Ibrahima Bakhoum, à Sidy Gaye, à Madior, à Henriette, à toutes et à tous, chers confrères.

 
Commentaires (1 )
 
 

CILIA BAMBI 10/06/2011 | 06H36 GMT

MERCI POUR L OUVRAGE.J AIMERAI QUE VOUS M ENVOYEZ UN ARTICLE OU UN MEMOIRE SUR L IMPACT DE LA DECISION EUROPEENNE DANS L ADMINISTRATION CONGOLAIS(AFRICAINE)MERCI.

 
 
 
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Pour l’Afrique (paru dans le 1er numéro de Sud Magazine- Mars 1986)
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