A la Une | Editorial | Analyses | Chronique | Dossiers | 100% Sud | Mon Sud a moi | Journal des internautes
 

 
 
 
 
Rendre à Sud ce qui appartient à Sud
Moussa DIOP | 06/04/2011 | 10H04 GMT
 
1
En ce 25ème anniversaire du Groupe Sud Communication, commençons par nous associer à ce bel hommage rendu aux hommes de conviction qui ont réussi à construire, contre vents et marées, comme nombre d’observateurs sénégalais et d’ailleurs peuvent le constater, un label. Celui de la foi et de la dignité face à souffrance  et à la l’adversité. Celui de l’honnêteté intellectuelle et de la persévérance face aux tentations et aux tentatives. Celui de la constance et de l’abnégation face aux soubresauts et tumultes de  l’Histoire.
 
A y regarder de plus près c’est bien de cela qu’il s’agit. Un parcours de 25 ans, certainement jalonné d’obstacles, pour refuser de vendre son âme et sauver un idéal fondateur dans un contexte socio-politique et un environnement économique difficiles. Difficile d’ailleurs de ne pas reconnaître que le mérite réside aussi en la modestie et la sobriété qui entourent la célébration de l’anniversaire de cette œuvre grandiose qu’est Sud.

Nous pourrions même paraître impertinent en rajoutant aux choix qui ont présidé à la démarche et à la justesse des options de ce que Babacar Touré a bien décrit comme « cette plateforme médiatique et démocratique, des militants de toutes les causes populaires, des membres de la société civile en voie de structuration, des acteurs de mouvements associatifs, syndicaux et autres secteurs, en butte à l’exclusion et en lutte pour une société démocratique, pluraliste ».

Plus humblement, disons que nous y avons appris un tant soit peu de cet idéal qui a gouverné la ligne éditoriale de Sud-Quotidien et s’il nous était donné l’occasion de conter quelque peu, un moment intense, parmi les nombreux moments importants que nous avons eu l’honneur de vivre à Sud-Quotidien et au cours desquels une sorte d’opportunité historique nous a placé devant une vraie responsabilité de reporter et finalement de simple citoyen, nous parlerions de la tragédie du « Joola », ce ferry sénégalais ayant sombré au large des côtes gambiennes le 26 septembre 2002.

Par un temps de chaleur torride qui envahit tout le quartier du port, une atmosphère singulièrement angoissante, des informations parcellaires et par bribes, des recoupements quasi impossibles, des interlocuteurs introuvables, nous dûmes rappliquer au 5ème Etage de l’Immeuble Fahd pour une conférence de rédaction quelque peu spéciale et dans des conditions particulièrement pesantes, en ce matin du 27 septembre.

Bien qu’on ne mesurât pas de sitôt l’ampleur de la tragédie, au fur et à mesure que le soleil montait dans le ciel et que les langues se déliaient, il y eut ce sentiment mitigé qui envahit le pays tout entier et qui nous mettait dans cette posture du docteur Rieux, le personnage d’Albert Camus du roman « La peste », qui découvrant le cadavre d'un rat sur son palier, à Oran, un jour d'avril 1947 n’en donnant pas mois l’impression de ne pas se douter de grand-chose, avant de vite se raviser, rattrapé par les événements.

En ce premier jour ayant suivi la tragédie du « Joola », il y avait bien un enjeu de taille sur la gestion de cette crise inédite et soudaine. Du quoi du menu au comment de la collecte et du traitement de l’information, tout fut à la fois défis et responsabilités. Face au devoir d’informer juste et vrai, quand très peu de sources existent et n’en sussent que beaucoup trop peu pour se barricader, il fut difficile d’être à la hauteur.

Quand beaucoup trop de Sénégalais ne se doutèrent point encore qu’ils allaient entamer le plus long deuil de leur vie, et qu’il ne fallût point en rajouter à leur souffrance, par quelque manquement professionnel, il y avait aussi une évidente question de responsabilité qui se posait.

Face à toutes ces exigences, il nous revient bien des souvenirs. Morceaux choisis. Saphie Ly, alors Directrice exécutive de la Rédaction, n’a cessé de nous rappeler dans les houleuses conférences de rédaction de respecter le deuil des familles des victimes. Nous ne parlions point dans  nos colonnes de cadavres, car autant de morts ne étaient jamais vus,  mais plutôt de corps sans vie. Nous avions décidé de ne pas publier les photos des victimes, pour ne pas prolonger la difficile épreuve d’identification dans les familles éplorées ou pas.
Nous avions décidé de ne pas publier l’interview que la veuve d’un haut responsable du «Joola » nous avait accordée, non pas faute d’une réelle valeur informative mais par pudeur objective. Notre constance, notre responsabilité et notre objectivité dans le traitement du dossier nous avait permis d’avoir un carnet d’adresses bien fourni et des sources d’informations de première main aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Pour autant, cette position de leader dans l’espace médiatique, dans le traitement du dossier du « Joola » acquise par Sud Quotidien, tout au long des mois, voire des années qui ont suivi le drame, n’a jamais été une fin en soi. Elle avait plutôt renforcé cette conviction selon laquelle, la « seule référence », comme le soulignait encore fort à propos Babacar Touré, restait le peuple et que dans la construction d’une nation, il arrive bien soudainement qu’on soit face à ce type d’événements qui peuvent sérieusement entamer la cohésion et l’équilibre social, si tant est que certains acteurs, comme la presse, ne respectent pas « la ligne de flottaison ».

La tragédie du « Joola » n’est qu’un épisode parmi tant d’autres. Un de ces moments historiques singulièrement importants dans la vie de la nation et où Sud, en tant qu’acteur a dû retourner sur son idéal fondateur pour jouer sa partition. Probablement que beaucoup trop de Sénégalais, de quelques bords qu’ils se situent, pourraient en dire davantage et nous conforter dans l’idée que mieux qu’une simple entreprise de presse, en proie aux contingences économiques et politiques souvent défavorables, Sud incarne bien autre chose que ni la conjoncture, ni les conjectures quelconques n’ont pu entamer.

Il s’agit là d’une école qui enseigne des valeurs et véhicule un idéal. Une partie entière de notre patrimoine national, beaucoup trop précieuse, que les fondateurs ont réussi à construire et à garder au cours de ces 25 dernières années. Rendons donc à Sud ce qui appartient à Sud.



 
 
Pour l’Afrique (paru dans le 1er numéro de Sud Magazine- Mars 1986)
25 ans, et ça presse !
«GENERATION SUD»-Défi d’hier, challenge de demain
Trois lettres de feu dans le clair-obscur
Regard d’un « sympathisant-partisan » sur « nos 30 Glorieuses », à travers Sud
25 ans de Sud : La foi et la bonne foi au service de la communication.
Bon anniversaire au « fils Aîné » de la Presse Libre et Indépendante du Sénégal
 
 
 
   
 
 
 
Sud Quotidien Amitié II x Bourguiba BP : 4130 DAKAR Tél : (+221) 33 824 33 06 / (+221) 33 824 33 15 Fax : (+221) 33 824 33 22