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| Sacré Babacar ! |
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| Baro DIENE |
13/05/2011 | 07H17 GMT |
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| Avais-je finalement bien fait d’adresser mes félicitations à Babacar Touré à l’occasion du 25ème anniversaire de la naissance du groupe Sud Communication? Parce que, finalement, tout commence par ça. "Toi aussi, tu dois écrire", répond-il à mes vœux. Réflexion faite, je me suis dit : "Sacré Babacar : demander à un "inculte" comme moi de porter un témoignage écrit,…". Et puis, finalement, pourquoi pas car je voyais ainsi une bonne occasion de raconter mon histoire jalonnée de rencontres historiques avec de grands hommes. |
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J’ai rencontré Léopold Sédar Senghor en 1948, à la veille de mon départ pour Saint-Louis où on m’envoyait chercher le savoir chez un autre grand homme, l’érudit El Hadji Moukhsine Diop. Senghor était venu chez nous demander à mon père, El Hadji Alia Diène, de l’accompagner en politique. Le problème est que mon père, n’a jamais été Sfio, il lui rétorque alors de venir le rejoindre, lui, dans l’opposition.
Le lendemain, un autre grand homme, El Hadji Seydou Nourou Tall, en personne est venu me prendre pour aller à Saint-Louis, à bord de la voiture du Gouverneur général de l’Aof. Imaginez : j’étais tout heureux. Nous avons prié avec le Khalife Sergine Ababacar Sy à Tivouane, un autre grand homme, et nous avons dîné chez le grand marabout Dramé de Ndande.
A Saint-Louis, j’ai habité chez Seydou Nourou Tall au 16, rue Potin et là je fis la connaissance d’un autre futur grand homme, le président Abdou Diouf, alors élève à l’école Brière de l’Isle.
Je partageais le même toit avec Mbaye Guèye qui deviendra entraîneur national de basket féminin, et Niang Abou Lest, un talentueux footballeur. Je dois d’ailleurs mes rudiments de français qui me permettent d’apporter cette contribution à Mbaye Gueye qui, la nuit, faisait la classe à Abou Lest. Les leçons de mémorisation du Coran m’avaient été d’un grand secours et je retenais presque instinctivement, ce que disait Mbaye Gueye.
C’est d’ailleurs fort de ces rudiments que j’ai pu suivre les élections à l’Assemblée nationale française de 1951. C’est devant la librairie située en face de l’actuelle Gouvernance, que j’ai lu les résultats des élections entre Lamine Gueye et Senghor. La presse de cette époque ? "Paris-Dakar", le "Petit Jules" de Maurice Voisin, l’"Aof" de la Sfio de Lamine Gueye, "Condition humaine" de Senghor, "Le climat" de la Droite française et "Le Figaro".
Je profitais souvent des petites commissions de mon marabout pour faire un détour vers la librairie et lire les nouvelles. Très tôt donc j’ai été féru de politique.
A mon retour à Dakar, en 1954, je trouvais chez mon père El Hadji Alia Diène, le président de l’Association des Pèlerins de l’Aof et ses amis, moins d’une centaine pour toute cette partie de l’Afrique, autour d’un banquet qui était présidé chaque année par le Gouverneur général de l’Aof, en présence de tous les dignitaires de la collectivité léboue.
C’était aussi la période de la guerre du Vietnam et les préparatifs de la conférence de Bandoeng. Il y avait alors un bouillonnement intellectuel, syndical et politique notamment avec la création du Rassemblement de la Jeunesse démocratique africaine (Rjda) qui avait son siège à la rue 13 x 20, au domicile actuel de Médoune Diène, grand dirigeant du Jaraaf de Dakar.
Je m’y rendais toutes les après-midi pour écouter les interventions d’Alioune Badara Paye, d’Assane Masson Diop, de Diouf Mbagne Faly, d’Amadou Ndiaye Racine et de tant d’autres. La marche vers Thiaroye animée par Majhmout Diop, Adja Rose Basse, Cheikh Déthialaw Dieng, etc, a eu lieu sur après une de ces rencontres de la rue 13 x 20. C’est lors de la répression policière qui a eu lie devant la poste de Médina, qu’Amadou Diop le grand se sectionnera les doigts en tentant renvoyer une grenade lacrymogène. Il y a eu ensuite les préparatifs de la Loi-cadre de Gaston Deferre pour la semi autonomie des colonies africaines. Au cours des débats au Parlement français, Senghor avait dit : "nous ne voulons pas de joujous et des sucettes et que nous refusons la collaboration du cavalier et de son cheval".
Le coup des militaires en Algérie avec les généraux Raoul Salan, Maurice Challe avait précipité la chute du gouvernement, la démission du président René Coty et l’arrivée du général Charles de Gaulle au pouvoir en France. Le nouveau chef de l’Etat propose le Référendum pour l’autodétermination. Lors des préparatifs de son arrivée à Dakar, le 26 août 1958, la jeunesse sénégalaise des mouvements d’émancipation et des partis politiques, avec l’appui conséquent et déterminant du doyen Abdoulaye Ly et de Valdiodio Ndiaye, ministre de l’Intérieur qui représentait le Conseil du gouvernement local, ont beaucoup aidé au succès de la manifestation tenue à la place Protêt, actuelle place de l’Indépendance, où le Général De Gaulle a lancé le fameux cri : "Je veux dire un mot aux porteurs des pancartes si vous voulez l’indépendance, prenez-la ce 28 septembre". Cela nous vaut l’honneur aujourd’hui d’être, avec tous les Sénégalais des différents mouvements et des partis qui sont regroupés dans l’Association des Porteurs de pancartes, d’être membre de cette association que dirige avec brio le président Mbaye Jacques Diop.
C’est donc tout naturellement à la faveur de ce fabuleux parcours aux côtés de grands hommes qui ont marqué d’une manière ou d’une autre l’histoire politique de ce pays que j’ai toujours opté résolument pour le renforcement de la souveraineté nationale, de la démocratie et de l’Etat de droit. N’est-ce pas là, un grand combat ?
Je suis persuadé que SUD par sa ligne Editoriale a merveilleusement mené ce combat. Et comment parler de pluralisme médiatique au Sénégal sans le citer en exemple. C’est dire donc que son apport au processus de transformation positive de la société sénégalaise ne peut faire l’objet d’aucune contestation.
SUD ET MOI
J’ai connu les éléments fondateurs de "Sud" avant la création même du groupe. En ma qualité de responsable de la 1ère coordination MJUPS de Dakar, j’avais pris l’habitude de fréquenter "Le Soleil" pour la diffusion des communiqués et la couverture de nos manifestations. J’avais une proximité pour ne pas dire une complicité avec Bara Diouf, le Directeur général. Nous militions dans la même coordination que moi. Je bénéficiais ainsi largement de la collaboration de jeunes journalistes et pigistes et de ceux qui allaient devenir le noyau dur de "Sud" (Ndiaga Sylla, Babacar Touré, Sidy Gaye, feu Ibrahima Fall et tant d’autres). Entre eux, m’appelaient "le corrupteur". Un jour, il devait y avoir une très grande manifestation à la Foire de Dakar, organisée par le président Cora Fall de la Jeune chambre économique. A mon arrivée au "Soleil", on m’informa que c’était le jeune Babacar Touré qui avait désigné pour le reportage. J’ai essayé alors de le prendre en aparté afin de lui remettre une enveloppe conséquente. Il a non seulement refusé de me suivre mais m’a prié de lui parler là où je l’avais trouvé. Finalement, il a refusé de couvrir la manifestation. Lui qui gagnait à l’époque 80.000 mensuels, venait de cracher sur une enveloppe conséquente. Le fait m’a frappé.
J’ai suivi Babacar et le groupe à "Sud". Le journal "Sud quotidien" qui était devenu mon petit-déjeuner, ma drogue matinale quotidienne, le déjeuner qui m’échappait lorsque j’avais quelque difficulté à trouver la revue. En les côtoyant, j’ai compris ce qu’étaient l’amitié et une famille. Tous les amis de Babacar sont devenus miens et le travail qu’ils accomplissent tous les jours pour le Sénégal et les Sénégalais est immense. En les fréquentant tous les jours dans mon restaurant mythique de Soumbédioune, tout le monde venait discuter avec eux des problèmes du Sénégal et des Sénégalais. C’est grâce à eux que j’ai compris ce que Sa majesté le roi Hassan II avait déclaré à l’Université de Dakar lors d’une remise du prix de docteur Honoris Causa : "la culture, c’est l’humilité de l’homme en face de ce qu’il sait et son ambition en face de ce qu’il ignore dans la mesure où nous serons perpétuellement torturés entre ce que nous sommes et ce que nous voudrions que nous fussions. C’est dans cette mesure seulement que nous parviendrons à mener le monde vers des destinées meilleures".
C’est grâce à eux que j’ai compris ce que nous disait dans les années 56-58 feu le professeur Amadou Samb, grand islamologue : "Il faut penser son action et agir sa pensée". C’est important pour la jeunesse d’aujourd’hui. Cette jeunesse incarnée par ceux qui sont aussi devenus mes amis, Oumar Diouf Fall, Latif Coulibaly, Baye Oumar Guèye, Henriette Kandé, Madior Fall. La formation de "Sud" a débordé dans toute la presse avec TiernoTalla ("L’As"), Demba Ndiaye ("Sentinelle"), Vieux Aïdara ("Canal Info"), etc.
Quant à mon petit-fils Hamidou Anne qui a écrit une contribution à la suite du dossier : "Que reste-t-il de Mai 68 ?", il m’a cité comme un contre-révolutionnaire. Le journaliste m’avait posé une question sur les évènements de 68 en France et les évènements de Dakar 68-69. J’avais répondu que pour moi, c’était du mimétisme. Cela ne peut pas faire de moi, un contre-révolutionnaire. Comme il venait de découvrir les Alain Krivine et Cohn-Bendit qui avaient comme slogan "il est interdit d’interdire", moi je lui dirai simplement : "Ici, il est permis de permettre à la génération actuelle de s’ouvrir fécondement à l’apport de l’Occident mais d’avoir les pieds sur le sol de l’Afrique mère". Je lui souhaite beaucoup de succès.
A l’occasion de ce 25ème anniversaire, je formule le vœu que Dieu le Tout-Puissant puisse arroser abondamment la semence fertile que le groupe "Sud Communication" a versée sur le sol sénégalais, qu’elle puisse être récoltée pour l’ensemble du Sénégal et des Sénégalais.
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