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INTERLIGNES &SIGNES - La chronique de Abdoulaye Ndiaga Sylla
Haute compétition : Oser investir dans la durée
Abdoulaye Ndiaga Sylla | 26/07/2012 | 15H47 GMT
 
C’était, il y a vingt-quatre ans. L’espace d’une génération en 2013. Au «pays du matin calme», le Sénégal décrochait en 1988, sa seule distinction olympique.  Au terme d’une superbe prestation aux 400 mètres haies, El Hadji Amadou Dia Bâ, avec un chrono de 47 secondes 23 centièmes, gagnait la médaille d’argent. De peu, il ratait l’or enlevé par l’Américain Andre Phillips en 47 secondes 19 centièmes. Edwin Moses, le champion en titre avant Séoul 1988 était classé troisième  avec 47 secondes 56 centièmes. Point d’orgue d’une longue et minutieuse préparation, meilleure viatique pour s’engager dans une compétition, marque d’un professionnalisme abouti. En se plaçant sur la deuxième marche du podium, El Hadji Amadou Dia Bâ donnait à voir  le symbole achevé d’un bon retour sur investissement à tous les niveaux.
 
Hélas, depuis cet exploit, plus rien, pour le Sénégal,  pôle d’excellence sportive jusqu’aux premières années de l’indépendance avec, en 1963, la médaille d’or des jeux de l’amitié en football et dans bien d’autres disciplines.  Les raisons de cette longue diète ?  Elles sont à chercher dans une vision du sport, qui ne cadre plus avec le monde tel qu’il va. Le talent, les prédispositions physiques ne suffisent plus. Pour en tirer le meilleur parti, il faut, avec des moyens techniques et financiers conséquents, tout un travail à la base qui se décline en termes d’encadrement des petites catégories aux séniors, de suivi, d’évaluation permanente, de confrontations avec les meilleurs. Tenter de brûler les étapes en  tournant le dos aux apprentissages dans des structures adéquates et en empruntant des raccourcis, conduit à des impasses. Que de promesses  de belles carrières déçues du fait d’une trop rapide exposition de sportifs pas assez aguerris pour affronter le haut niveau !

Pour rompre avec ce qui apparaît comme une fatalité de l’échec, il  faut  changer d’approche. en optant pour une  politique aux antipodes des choix de campagnes coûteuses et souvent  vectrices d’instabilité dans la gouvernance des fédérations, comités olympiques, équipes gouvernementales. Les agneaux du sacrifice, à chaque retour d’expédition infructueuse, jalonnent nombre de campagnes. Les fonds mobilisés trouveraient une meilleure utilisation dans la formation des sportifs de haut niveau, de l’école élémentaire à l’université, des quartiers aux villes, des départements aux régions. Usines à fabriquer des champions sur une période déterminée, les académies donnent partout, dans des cadres rationalisés et sur la durée, des résultats probants.

Cette orientation appelle un changement  dans l’approche de l’Etat en matière de sport. Outre la part infime qui lui est allouée dans le budget, les interventions de la puissance publique vont pour l’essentiel dans la gestion des équipes nationales. Les articulations avec l’école, l’université, les autres structures d’apprentissage sont rares pour ne pas dire inexistantes. Comment travailler à l’affirmation d’une élite, si la préférence va à la solution de facilité  consistant à tourner le regard vers les binationaux pour les enrôler dans les équipes nationales et espérer gagner grâce à leur savoir-faire  acquis ailleurs ?

Pour  relever le pari de l’aptitude à intégrer le gotha international, il faut oser investir dans la durée, observer les temps de passages incontournables, tenter de bâtir du solide à partir de la base. «Citius,Altius,Fortius» :«Plus vite, plus haut, plus fort », dit la devise olympique. Invite renouvelée à l’effort pour réaliser des performances. Puisse notre pays, membre du Comité international olympique (Cio) depuis 1963 s’en inspirer.  

Aujourd’hui, à Londres, dans le tournoi de  football gagné par les «Super Eagles» du Nigéria à Atlanta aux Etats-Unis en 1996 et les « Lions indomptables » du Cameroun  en 2000 à Sydney en Australie, les «Lions» du Sénégal seront les premiers à tenter de  faire échec à la Grande Bretagne. Pour sa première participation au tournoi du sport-roi des jeux olympiques, la formation coachée par  Karim Séga Diouf et Aliou Cissé, l’ancien capitaine des «Lions» n’est pas bien servie par le sort. Elle doit en effet  affronter le pays de la ville hôte de la compétition avant de rencontrer l’Uruguay et les Emirats arabes. Aura-t-elle la même fortune que les finalistes de la Can 2002 et quelques mois après, quarts finalistes de la Coupe du monde de football 2002 qui avaient terrassé d’emblée les «Bleus» de France, alors champions du monde en titre ?  Elle cherchera sans doute à la provoquer mais, affaiblie par de nombreux forfaits, moins outillée en individualités marquantes, elle va vers une partie qui s’annonce difficile surtout en ouverture du tournoi.

Optimisme mesuré pour le Sénégal présent aussi en athlétisme, lutte, judo, escrime, taekwondo, natation, canoë kayak. La concurrence sera rude en sports individuels comme collectifs, et les atouts bien minces pour s’assurer une place sur le podium, quand viendra l’heure du bilan. Il est certes de bon ton, de convoquer la belle incertitude du sport, notamment dans les disciplines assises sur un  collectif de joueurs, pour  espérer une victoire sur un match, une  bonne place au classement face à des cadors. La part du  hasard  dans les indices de performance est de plus en plus rabougrie. La chance ? Il faut, si elle rend visite,  se placer dans les conditions de la saisir.  

 L’essentiel n’est pas de participer mais, à défaut de pouvoir gagner, il faudra, pour mériter de la nation, livrer des prestations honorables Dans des conditions plus difficiles des athlètes ont  porté haut le flambeau.  Entre autres figures  marquantes de la  présence  sénégalaise aux olympiades,  Amadou Gackou, 4eme aux 400 mètres plat à Mexico en 1968, Mansour Dia,  finaliste au triple saut en 1964, 1968, 1972,  Barka  Sy  demi-finaliste aux 100 mètres à Munich en 1972, le lutteur Double Less, Amy Mbacké Thiam  demi-finaliste au 400 mètres. aux olympiades de Sidney en 2000 avant d’être sacrée championne du monde en 2001, à Edmonton au Canada.
 
 
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