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| Sud : une réputation au delà des frontières |
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| Moussa Sidy BA |
16/04/2011 | 08H36 GMT |
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| Une chaleur étouffante s’abattait sur Nouakchott en ce mois de mai 1989. Les rapatriements de Sénégalais avaient déjà commencé, de même que les déportations de certains Mauritaniens vers le Sénégal. Je n’étais pas encore « touché » mais cela ne saurait tarder. Pendant que je discutais de la situation avec quelques membres de ma famille, un ami me tendit un papier. C’était « La raison du plus fou », un éditorial de Sud Hebdo signé de Babacar Touré. La finesse de l’écriture et le courage des idées ainsi exprimées m’avaient particulièrement séduit et ému. J’étais loin de me douter que je me retrouverai un jour à coté des femmes et des hommes de cette publication qui avaient déjà conquis le cœur de nombreux Mauritaniens. Et, comme on dit dans nos contes populaires les jours passèrent….Puis me voilà devant Babacar. |
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Sud fut pour moi une véritable école. J’admirais la diversité de styles que je scrutais au niveau de la rédaction. En effet, certains produisaient des papiers de qualité en utilisant des phrases longues. Je les appelai dans ma classification arbitraire « les philosophes » ; Feu Ibrahima Fall, El Hadj Kasse et Vieux Savané se retrouvaient dans cette catégorie. D’autres en revanche étaient plus portés sur les papiers courts et percutants comme Bocar Niang et Malick Bâ. Sidy Gaye avait la délicate tâche d’élaguer pour les premiers et « d’engraisser » au besoin, pour les seconds. Je me demandais d’ailleurs comment arrivait il à résister à la pression du travail, lui qui commençait sa journée tôt dans une agence panafricaine et qui la terminait tard, à Sud.
Sud était aussi pour moi un véritable carrefour où l’on croisait les vedettes nationales et internationale de la musique venues rencontrer Alassane Cissé et des sportifs de renom invités par Serigne Mour et le regretté Mame Olla, deux Sérères qui acceptaient bien leur «condition ». Mais, ce qui m’a le plus marqué dans cette rédaction c’est la pluralité des idées et des appartenances politiques qui n’ont, pourtant, jamais altéré l’objectivité de mes confrères. Ici, les règles de la profession étaient appliquées dans toute leur rigueur. Je revois encore Demba N’Diaye s’échinant à contacter ses sources, à les vérifier avant d’écrire un papier sur la Casamance ou sur l’Affaire Me Seye. J’entends encore Latif Coulibaly poser des questions sur tel ou tel autre problème avant d’esquisser une analyse généralement pertinente.
Cela préfigurait de la dimension que prendra l’homme dans le journalisme d’investigation. A Sud, l’humilité est une qualité bien partagée. Babacar, NDiaga, Sidi, n’hésitaient jamais à soumettre leurs articles à la critique de leurs confrères pourtant moins expérimentés et parfois débutants dans le métier.
Sud est certes un groupe de presse sénégalais crée par des journalistes sénégalais mais son esprit va largement au-delà des frontières de ce pays. Babacar avait indiqué en filigrane dans l’éditorial du premier numéro de Sud Magazine la vocation africaine de Sud. Cela se traduira dans les faits car plusieurs journalistes de diverses nationalités (togolaise, tchadienne, malienne, mauritanienne, marocaine) y ont travaillé. Mon premier papier, publié dans le premier ou second numéro de Sud au quotidien était consacré au portrait de feue Mme Abdoulaye Bathily dont le mari était candidat à l’élection présidentielle de 1993.
Au Desk international où je fis mes premiers pas, c’est Michel Ben Arrous qui m’accueillit. J’ai alors hérité de la rubrique qu’il animait « Afrique au jour le jour ». Il s’agissait de passer au peigne fin l’actualité africaine en trouvant un fil conducteur qui rende la lecture agréable. Plus tard, une rubrique quotidienne verra le jour «Eux et Nous ». C’était notre vision de ce qui se passait ailleurs selon le prisme de l’Afrique, en fait, notre regard d’Africain sur l’actualité internationale. Je me souviens encore de la série d’articles produits sur les réfugiés Mauritaniens au Sénégal sous le titre « les Palestiniens du Sahel » qui a permis non seulement de mettre en exergue leurs conditions de vie difficiles, mais également le climat d’insécurité qui prévalait dans la Vallée du Fleuve. C’est Sud qui m’offrit mon premier reportage en presse écrite à l’extérieur. C’était au Mali, à l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Alpha Oumar Konaré à la magistrature suprême. Je découvris l’ambiance du train Bamako-Dakar qui inspira l’article « Train d’enfer » envoyé à la rédaction dès mon arrivée dans la capitale malienne.
A Sud, on mesurait l’imbrication des intérêts des pays africains et particulièrement ceux de la sous-région. C’est la conscience de cette réalité qui explique en partie, la décision du groupe Sud d’ouvrir en 1997, un bureau en Mauritanie quelques semaines avant l’élection présidentielle d’alors. Ainsi, chaque semaine, quelques collaborateurs mauritaniens et sénégalais résidant en Mauritanie et moi-même, produisions « Sud Mauritanie », un quatre pages inclus dans l’édition du weekend de Sud Quotidien. Pendant, trois années « Sud Mauritanie » a pu constituer un trait d’union supplémentaire entre les deux peuples.
Une chose est sûre. Sud a vécu en étant, le ou parmi les meilleurs dans le domaine de la communication au Sénégal, Sud a survécu aux difficultés de toutes sortes et à l’adversité. Et Sud vivra encore et toujours.
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