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SUD, QUEL SUD ?
El Hadji Amadou SALL | 25/05/2011 | 07H02 GMT
 
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 « Mon Sud à moi » ! Jolie prétention !
Je n’ai jamais eu cette sensation d’être propriétaire, d’avoir mon Sud à moi, à moi tout seul. Quel dommage, je le voulais ; mais je l’ai partagé ; je l’ai partagé avec d’autres, avec mes amis ; avec d’autres aussi qui n’étaient pas mes amis.
 
« Mon Sud à moi » ! Quelle histoire !

On en parle, chacun à sa façon. On vit des souvenirs, on raconte des anecdotes, on fait un tas d’histoires autour d’une aventure comme si ça en était la fin.
Sommes-nous si nostalgiques ?

L’aventure s’est-elle fissurée à ce point ? Ou réalisons nous que nous ne sommes pas allés jusqu’au bout ? Ou plutôt qu’ils ne sont pas allés jusqu’au bout. Eux. Parce que « eux » le faisaient, ils faisaient le journal pour nous. Et nous on se contentait de l’acheter par devoir et par passion. Et puis on critiquait. Beaucoup ! On jugeait souvent chaque article, on en analysait le contenu suspect, les « déviances » et tout le reste.
« Mon Sud à moi » ! C’est aussi la fin d’une histoire !

Nous nous sommes battus, nous avons eu beaucoup d’ambition, nous avons rêvé d’un monde meilleur, nous avons nourri le dessein de briser les chaines, celles de l’impérialisme, celles du féodalisme et celles de la bourgeoisie.
Et certains, parmi nous, ont créé l’intellectuel collectif. « Mon Sud à moi » était cet intellectuel collectif. Personne ne me l’a dit. Je l’ai pensé tout seul. Je l’ai deviné tout seul. Je n’étais surtout pas le seul qui le pensait. D’autres, tous les autres le pensaient un peu, même si c’est un tout petit peu.

Et nous étions les censeurs. C’était la révolution culturelle dans nos salons, sur les balcons, dans quelques bistrots aussi.

Nous n’avons pas préservé le quartier général, il recevait le feu destructeur. Sous les braises, la vérité !
Et puis rien ! Plus rien !

Ils n’en faisaient qu’à leur tête. Surtout lorsqu’ils sont passés de Magazine à Hebdo, et alors au Quotidien, c’en était fini du combat.

Mon Sud à moi c’est la fin d’un rêve. C’est aussi le commencement d’une autre épopée. Au commencement était la lumière, et la lumière fut parole. Et la parole fut l’écrit. Et l’écrit fut force. Et elle pénétra les masses. Ce n’était certes pas la naissance de la démocratie. Mais l’aube d’une nouvelle ère.

« Mon Sud à moi « c’est aussi la liberté.

Le récit concret de la quotidienneté libère des contraintes de nos dogmes désuets. Et tout le monde s’y est mis avec frénésie. A écrire, à contribuer, à analyser et à prendre parti. Certains même se sont laissé aller au libertinage. Jean Pierre me lisait l’avenir, mon avenir du jour. Il le faisait avec tant d’aisance et d’esprit qu’il m’étonnait chaque jour un peu plus.

Finie la critique. La promesse des fleurs qui s’épanouissent crée un souffle nouveau, quelque part avatar de la révolution.

Cruelle et belle désillusion !

« Mon Sud à moi » c’est aussi cela.

Il ne fut pas le premier. D’autres étaient là avant. Parfois complaisants, parfois combattifs, quelquefois courageux, mais toujours à la fin donnaient une sensation d’inachevé.

« Mon Sud à moi » était au front.

Il était là. L’arme au poing. Le professionnalisme comme crédo. Enfin le grand journal. L’influence en prime. Une génération, toute une génération, en son centre comme en ses marges, savoure l’instant de félicité. La ligne éditoriale a gagné ce que la ligne de masse n’a jamais espéré obtenir.

Quelque part, la peur avait changé de camp. Les « clandestins » font peur. Même la police ne voulait pas de ces « pestiférés ». Interpellés par un policier zélé Babacar Touré, Richard Ross, un stagiaire écossais et moi fument expulsés du commissariat central. Et de quelle manière ! Wade, Savané, Bathily, Dansokho Boubacar Sall et autres furent arrêtés à la suite d’une manifestation en ville et amenés au commissariat central. Babacar, Richard et moi-même avions décidé, moi l’avocat et lui le journaliste d’aller nous informer à la source. Un policier zélé nous a demandé de circuler, ce que nous avons refusé catégoriquement. Mécontent il nous a interpellés pour nous mettre à la disposition du commissaire central. Au poste de police, après vérification de nos identités ou nous a ouvert la « grille » à notre grande satisfaction, l’objectif atteint. Et brusquement le désenchantement. Un policier nous a demandé de le suivre, ce que nous avons fait sans résistance, pensant retrouver « nos clients » certainement dispersés dans les différents commissariats de la ville.

Il nous a littéralement plantés au milieu de la  rue Sandiniéry, où se trouvaient Ndiaga Sylla, Malick Diallo, dirigeant du Sutelec et ami de toujours du Groupe, accompagnés d’un groupe de journalistes réclamant notre libération sans délai.
Nous ayant rendu nos documents d’identité, le policier qui nous suivions a fait brusquement demi-tour et s’est précipité en courant pour regagner le commissariat. Nous l’avons suivi et exigé de regagner nos geôles. Naturellement on nous a barré la route et sous la menace nous avons rebroussé chemin. Les prisonniers étaient libres.
« Mon Sud à moi » a rendu la police moins musculaire et plus circonspecte, en ce moment de notre histoire politique en tout cas.

Soudain l’éclipse !

« Mon Sud à moi » a vécu son succès. Il a un peu vieilli,  il est un peu vouté, il a perdu un peu de sa fraicheur. Certains sont partis, quelques-uns sont restés, d’autres organes sont nés, plus frais, plus jeunes ….  Il a perdu de son aura, il a perdu de son influence « mon Sud à moi ». Mais il est debout, il reste debout, il tient, même s’il dort un peu …..
Qui a dit « quand la Chine se réveillera » ?

Toi aussi Babacar, quand Sud se réveillera …..

J’étais l’avocat conseil de Sud, de « mon Sud à moi ». Je crois être le tout premier, celui qui n’a jamais réclamé un seul sou d’honoraires. « Mon Sud à moi » c’est aussi cela. La passion d’une aventure commune. Vivement demain.
 
Commentaires (2 )
 
 

ibou 25/05/2011 | 15H32 GMT

témoignage émouvant et surprenant:langage \"mao\" de la part d\'un libéral;beau témoignage et félicitations

 
 
 
 

Samaria 20/04/2012 | 15H50 GMT

J'espere que vous pourrez lire ces lngies !Vous avez un excellent blog, tre8s bien re9alise9 et bien documente9.Fe9licitations pour votre travail.Georges

 
 
 
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