EUX & NOUS par Momar Gassama - PRESIDENTIELLE 2012
Un candidat bien improbable et une kyrielle de candidats
Publié le 11/01/2012 | 02H37 GMT
 
Avec l’élection présidentielle 2012 prochaine, le Sénégal va vivre un autre moment des plus importants de son évolution postindépendance. En fait, le pays se trouve engagé dans une séquence temporelle dont l’alternance du 19 mars 2000 ne constituait qu’un moment : la présidentielle en vue devrait confirmer ou infirmer l’ancrage durable du Sénégal dans la forme de société qu’a engendrée l’alternance, une société que l’on veut foncièrement libérale.
 
Abdoulaye Wade, en déclarant que son parti devrait régner durant 50 ans (deux générations de sénégalais), souhaiterait que le libéralisme qu’il prône marque durablement notre société. L’alternance intervenue en 2000 a été pour lui une occasion inespérée de mettre en pratique ses idées pour le développement économique du pays et il l’a saisie : les acteurs de l’alternance, aujourd’hui dans l’opposition, parlent encore de la « trahison » dont ils ont été victimes et de la « nature fourbe » du personnage. Il n’en a cure Wade.

En cette veille d’élection, l’arène politique grouille de prétendants à la succession du leader du « sopi » et, le parti libéral s’étant retrouvé dans une très mauvaise passe, Wade a été amené à très vite présenter (une fois de trop) sa candidature à la présidentielle. Une candidature bien improbable si l’on se fonde sur l’avis pertinent et indépendant des spécialistes les plus chevronnés du pays sur la question. En tout état de cause, le débat sera tranché par le conseil constitutionnel dont l’indépendance des membres ne saurait être remise en question sans leur faire injure.

Afin de rendre la plus probable possible l’alternance à la tête de l’Etat, la constitution votée en 2001 a consacré une règle qui rompt avec quatre décennies de gouvernance d‘un parti-Etat : pas plus de deux mandats pour le président de la république. Qu’il y ait une faille dans la rédaction du  texte constitutionnel a également été reconnue, faille que le parti au pouvoir compte bien exploiter : c’est de bonne guerre …politicienne. Comment le conseil constitutionnel va-t-il statuer sur la candidature du leader du Pds ? Selon l’esprit de la loi ou selon la lettre de la Loi ? That is the question.

Cependant, s’il est vrai qu’en 2001 le peuple a voté cette nouvelle constitution pour qu’il y ait changement, -« sopi »-, afin que rien ne soit plus comme avant, et si tant est que les cinq sages sont partie intégrante du peuple et non des extraterrestres indifférents à nos problèmes de société, la validation de la candidature de Wade reste des plus improbables. Dès lors, il n’est nul besoin de se poser en « Cassandre » et de jouer à se faire peur. Wade l’a déjà répété et dit sur tous les toits : si sa candidature est invalidée, il respectera la décision du conseil constitutionnel…
Quant à la prochaine campagne qui se profile, une offre politique sous forme de double choix dans deux camps se présente d’ores et déjà aux électeurs : deux leaders libéraux se disputant l’héritage de leur parti originel, - la république de l’alternance-, d’une part et d’autre part, deux caciques du « socialisme » de l’Ups/Ps se disputant le leadership d’une nécessaire refondation de la République. La défunte république de …Senghor et Mamadou Dia est proposée pour restaurer la République « abimée » par l’alternance selon certains.

Derrière ces quatre candidats portés par de solides appareils politiques, se présentent trois jeunes leaders déjà rompus aux joutes présidentielles. Talla Sylla, Bamba Dièye, Mamadou Lamine Diallo constitueraient bien une alternative générationnelle crédible… Encore leur faudrait-il, pour espérer jouer un rôle de premier plan, construire chacun son offre politique propre bien lisible sur l’échiquier national et avoir le courage de « dégager » des aînés dont les appétits de pouvoir sont loin de s’émousser avec l’âge.

Ce premier groupe de politiciens chevronnés est suivi d’un groupe de candidats dits indépendants tous issus de la société civile. Il est remarquable d’y noter un fort contingent de candidats au profil de technocrates qui se veulent des patriotes sincères ayant en bandoulière leur jeunesse et leur « solution » aux multiples problèmes du peuple.
Aux côtés d’un duo d’universitaires, l’on peut noter deux arrière petits-fils des deux plus grandes familles religieuses du pays et …un chanteur : le roi du mbalax soi-même qui, pour rien au monde, n’aurait voulu manquer ça dit-il (fekkee ma ci boolé).

Pourquoi la présidentielle fait-elle donc tant courir ? C’est un des candidats qui donne la réponse : chaque sénégalais est convaincu qu’il saura mieux faire que Wade.
N’a-t-on pas là un parfait microcosme de notre Sénégal en devenir ?
NON… pas tout à fait.

Il y manque la candidature d’un « venant des daara », le type « ndongo daara », lettré issu des foyers d’enseignements coraniques du pays profond et non du système moderne de l’éducation nationale. Qui était estampillé « illettré » durant la coloniale et qui gère aujourd’hui des établissements coraniques de plusieurs apprenants dans la banlieue, bassin électoral très couru. Ou qui gère sa quincaillerie en attendant de brasser de grosses fortunes construites à partir de bric et de broc. Et qui rêve de devenir un grand patron d’entreprises ou un capitaine d’industries.

Il y manque ce bon sénégalais du terroir dont l’intelligence n’a pas été nourrie grâce à l’intelligence de l’Etranger francophone ou arabophone. Qui saura nous parler avec les langues du pays pour nous expliquer les réalités du pays profond et celles de la banlieue d’ici et d’ailleurs sans avoir recours aux gentils sociologues. Qui saura parler aux experts de Bretton Woods avec sa propre langue pour être mieux compris et respecté (ils n’auront qu’à se débrouiller pour le comprendre). Qui, dans les négociations engageant le pays, dira si souvent « NON ! » qu’il n’y aura plus besoin d’interprète pour être compris.

Ce bon sénégalais qui, une fois élu, ne parlera qu’une fois l’an « sou waxxee rén sou laa waxati déwén » pour faire l’état de la Nation « askane wi ». Et qui, lorsque sa parole sera remise en cause, saura tout simplement partir pour provoquer l’alternance en mettant fin d’autorité à son mandat.

Ce bon sénégalais existe bel et bien, c’est la modalité de l’élection présidentielle qui ne lui permet pas d’y participer. C’est la modalité du choix de ce leader qui est à inventer. Le leadership existe au sein du peuple, il n’y a pas besoin de le construite à coûts de séminaires animés par l’Etranger.

Momar Gassama
Dakar
 
 
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