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| Un contexte et un desk |
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| Publié le 17/05/2011 | 08H08 GMT par Babacar Justin NDIAYE
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| Sans être parmi les fondateurs et/ou les actionnaires du groupe Sud-com, j'ai eu l'avantage et le privilège de figurer parmi les plumes pionnières du mensuel «Sud Magazine», père de l'hebdomadaire « Sud Hebdo », et mère gigogne de tout le reste : le quotidien, la FM, etc. |
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Ne faisant pas partie du nombre limité de colonnes qui ont originellement supporté et porté le projet, j'ai fait irruption dans l'espace rédactionnel de Sud par la porte du desk international. Desk ni cloisonné ni verrouillé, du fait de la vocation de Sud qui nominalement et réellement prend en charge toute l'actualité de l'hémisphère sud. Dont le contexte de bouillonnement émancipateur (à l'époque) nourrissait abondamment, en évènements enchaînés et accélérés, les articles de presse.
Donc, place au chapelet de souvenirs qui égrènent les gros fragments de l'actualité d'hier. Particulièrement, la tranche semi décennale 1986-1990 qui avait coïncidé avec un contexte charnière très fertile en remous et en avancées. Lesquels avaient placé le desk international aux avant-postes de la rédaction. En vrac et tous azimuts, les faits d'actualité giclaient. Les différentes régions du Sud (Afrique, Amérique Latine et Asie) et une partie névralgique du Nord (Urss et ses satellites) étaient abonnées aux spasmes (politiques et économiques) les plus porteurs de craquements.
Sur le continent noir, la Révolution burkinabé brillait de mille feux, malgré la guerre de l'Agacher (bande de terre disputée entre les armées du Mali et du Burkina) qui la menaçait de l'extérieur. Finalement c'est l'ennemi intérieur (le frère ennemi Blaise) qui a tragiquement « rectifié » la Révolution, le 15 octobre 1987. Un an, auparavant, le révolutionnaire écervelé Sankara avait osé asticoter les nerfs de François Mitterrand, au cours d'un dîner officiel à Ouagadougou. Réponse pleine de finesse (et de sous entendus) de Mitterrand ; puis réaction barbouzarde de Guy Pêne. Instantanément, le rideau a été tiré sur la Révolution du Burkina Faso et…la vie de Thomas Sankara.
Il va sans dire que ce jour-là, les barrières ont sauté entre tous les desks. Babacar Touré a ouvert le numéro spécial par un éditorial qui situe les responsabilités, notamment régionales. Regards accusateurs braqués sur Houphouët Boigny. Moussa Paye, brillant « burkinologue » et ami personnel de feu Paulin Bamouni (conseiller en communication de Thomas Sankara) a fait l'inventaire des forces et, surtout, des faiblesses de la gauche burkinabé. Même Cheikh Tidiane Gadio, alors professeur au CESTI, a gratifié la rédaction de Sud, d'un article de bonne facture sur l'événement. Votre serviteur d'aujourd'hui, familier des questions militaires, a fait un papier sur les frémissements dans les Forces de Sécurité et de Défense (promotion du capitaine Sigué Vincent et création des FIMAT avec l'aide des Cubains) qui ont précipité le clash entre Thomas Sankara et des officiers comme Blaise Compaoré, Aly Traoré et Gilbert Diendiéré.
Mais si la disparition de Thomas Sankara a eu l'effet d'un séisme dans la rédaction, elle n'a pas été l'unique fait marquant d'un contexte dégoulinant d'évènements à décrypter. Au Tchad, c'était les grandes batailles de Faya Largeau et d'Aouzou, entre les armées de Hissène Habré et de Mouammar Kadhafi. En Amérique centrale, l'US Army capturait le Président Noriega du Panama. Plus de vingt ans avant Saddam Hussein et Ben Laden, un Président américain avait donné l'ordre de neutraliser ou de tuer un chef d'Etat en exercice. Sans mandat de l'ONU.
A l'échelle du pré-carré, le fameux Discours de La Baule prononcé à l'occasion du Sommet France-Afrique de 1990, retentit comme l'oraison funèbre des régimes monolithiques à partis uniques. Une leçon - aux allures de sermon - comprise et appliquée non sans hoquets ; puisque les Présidents Hissène Habré et Moussa Traoré qui ont rejeté l'injonction de La Baule, au nom d'un nationalisme ombrageux, ont été déstabilisés respectivement en décembre 1990 et mars 1991. Plus près de nous, le contexte était institutionnellement sénégambien. Sud fut le premier organe de presse à subodorer l'agonie (cachée) de la Confédération. Et pour mieux ausculter la Sénégambie malade, Sud m'envoya en reportage à Banjul. Carnets de voyages (publiés en deux jets) à la teneur si prémonitoire dans ses conclusions que la Confédération s'est « déconfédérée » moins de trois ans après.
Même chose au nord du Sénégal, où Sud a entendu et, très tôt, répercuté les bruits de bottes le long de la frontière, signes avant-coureurs de la grande tension militaire entre Dakar et Nouakchott. Dans un article qui passait en revue les potentiels des armées des deux pays, et préfaçait l'issue d'une guerre éventuelle, je tirai la conclusion que voici : « Une vallée du Fleuve encombrée de tracteurs est préférable à un delta envahi par les blindés ».
En Europe de l'Est et en Asie centrale (l'Urss était à cheval sur les deux continents) la prédiction de Madame Hélène Carrière d'Encausse (« l'Empire éclaté », ouvrage publié en 1978) se réalisait sous nos yeux. La perestroïka et sa sœur jumelle (la glasnost) ébréchaient les fondations du communisme. La liquéfaction du camp socialiste devenait irréversible, dès la chute du mur de Berlin.
Bref le desk international de Sud avait eu la chance inouïe de prendre en charge, un chambardement géopolitique sans précédent. Preuve que ce compartiment de la rédaction était le cimetière de la monotonie. On ne s'y ennuyait pas du tout.
En résumé, « mon Sud à moi », était un tout un contexte exceptionnel, des desks bourdonnants, des hommes motivés et un cycle de formation sans fin. Effectivement, Sud m'a administré la leçon qu'une grande érudition et/ou une vaste culture ne dispensent pas d'une initiation au quotidien et à perpétuité dans une rédaction. Evidemment, si l'on est féru de géopolitique, par exemple, on évoluera avec aisance dans le desk international, mais on enverra toujours les articles au filtre ou tamis du secrétariat de rédaction ou régnait le méticuleux et tatillon Ibrahima Bakhoum, mon maître en réécriture, reformulation et recadrage d'article. Ce travail (ardu et ingrat) qui consiste à passer à parfaire et à peaufiner tous les papiers - sans en signer un seul - a presque disparu. D'où les ravages déontologiques et les dégâts syntaxiques sont courants, de nos jours.
Je ne saurais conclure, sans saluer la mémoire des meilleurs éléments qui nous ont quitté : Ibrahima Fall, Macktar Guèye (mort dans l'avion des Nations Unies, en compagnie du ministre malien Alioune Blondin Bèye) Alain Agboton, Mame Olla Faye et Daba Sarr alias Aby Gaëlle.
Hommage enfin, à ces journalistes chevronnés et âgés (Abdoulaye Ndiaga Sylla, Babacar Touré, Sidy Gaye, Mamadou Amath, le ni jeune ni vieux Latif Coulibaly etc.) qui n'ont jamais voulu déserter le métier, pour aller faire de la communication sous les lambris dorés ; parce que fiers d'être journalistes comme les généraux, les ambassadeurs et les ministres sont fiers de leurs carrières. Ils sont les Jean Daniel, Claude Imbert et autre James Reston du Sahel. Une région où les salaires sont aussi rabougris que la végétation. Quelle grandeur !
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