Un fleuve dénommé Hamza
Publié le 27/01/2012 | 02H21 GMT
 
Madagh, Nord-Est du Maroc, fin août 2011. La Imara (ballet spirituel) bat son plein ; les fuqaras (disciples) sont en plein état spirituel au son des Qassaïds (poèmes) déclamés par les chanteurs de Sama'. Cette année, la Hadra (Présence) a été particulièrement puissante tant à la nuit de Leylatul Qadr (Nuit du destin), qu'en cette soirée de l'Aïd pour célébrer la fin du Ramadan.
 
Deux disciples de Sidi Hamza assistent à la soirée. Assis parmi les fuqaras, ils discutent.
- Tu sais, le fleuve Amazone au Brésil, c'est le fleuve le plus puissant du monde.
- Oui.
- Eh bien, ils ont trouvé sous l'Amazone, à quatre mille mètres de profondeur, un fleuve encore plus puissant.
- Soubhanallah !
- Devine comment ils l'ont appelé … Hamza.
- Regarde.
L'iPhone est dégainé derechef, un site, lepoint.fr, un article, le texte défile, puis soudain, entre guillemets, « Hamza ».
- J'en ai parlé à Sidi Hamza. En effet, Sidi Z. avait vu Sidi Hamza quelques heures auparavant.
- Et alors, qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il a dit : « Qu'Allah fasse que ça soit un fleuve de Rahma (miséricorde). »
Puis toujours sur l'iPhone, une photo.
- Regarde c'est Sidi Hamza avec un iPad. On distingue sur la photo Sidi Hamza un iPad entre les mains.
- Je te l'enverrai dès mon retour à Paris.
Le Qutbu Zaman, le Maître de l'époque, ne peut être qu'à la page. Il en demande de même pour ses disciples. Un faqir (disciple), parmi la crème des disciples européens selon Sidi Hamza, avait conseillé la veille de la fête à un de ses frères :
- Tu sais, Sidi Hamza dit que ce n'est plus le temps du soufisme de l'ascèse et du rejet du monde. Le faqir doit profiter de ce monde, être fils de son temps et même en avance sur l'époque, dans le respect du halal (l'autorisé) bien sûr. Il faut bien s'habiller, avoir une belle voiture, bien manger et invoquer beaucoup.
- Ok, je vais m'acheter une Range Rover Sport HSE.
- Tu as vu Sidi Hamza, il a une belle Toyota ; Eh bien il faut faire pareil.
Pour ce changement de méthode dans l'enseignement soufi, Sidi Hamza avait déjà précisé lors d'une discussion avec des disciples en 2002: et que l'on ne vous dise pas que vous n'êtes pas des soufis. Ceux qui disent cela ne savent rien et ils mentent. Chaque époque a ses spécificités. Le soufisme d'aujourd'hui n'est pas le soufisme du 6ième siècle.
Quelques jours auparavant nous étions arrivés de Dakar, le 26ième jour du mois de Ramadan. Nous tombons au bon moment pour assister à la soirée de Leylatul Qadr, qui a lieu le soir même. Cette fois, après quelques secondes d'attente devant la porte qui mène aux appartements de Sidi Hamza, on ouvre et nous nous engouffrons avec quelques disciples puis  montons sans obstacles directement au salon où il reçoit les visites des disciples. Nous le trouvons en discussion, nous asseyons quelques instants, l'embrassons et redescendons pour laisser la place aux autres.

L'âme charnelle, le moi ou Nafs désire que le Cheikh lui parle, fasse attention à elle, qu'on lui accorde de l'importance. Mais Sidi Hamza précise qu'il n'y a pas besoin de paroles pour ce dont il s'agit ici, le soufisme, l'éducation spirituelle. Le disciple reçoit l'influx de son Maître, indépendamment de tout effort de sa part. Cela peut se faire qu'il soit ou pas en présence du Maître. Et il ne s'agit pas ici de vaines paroles, mais de la réalité vécue par chaque disciple.
C'est ce qu'il reçoit de son Maître qui, comme il s'en aperçoit à son retour, se transforme en énergie pour invoquer, pour parler de la Tariqa, en motivation pour accomplir mille actions.

Nous descendons ensuite directement à la soirée de Leylatoul Qadr qui a déjà commencé. Les fuqaras sont déjà dans la Imara en plein Hal (état spirituel). Madagh est Dar al Wissal, la maison des liaisons. C'est en effet le lieu où l'on peut rencontrer des gens perdus de vue depuis des années. Nous tombons sur Sidi Z. faqir de Paris, puis Sidi A. le plus célèbre slameur de la Tariqa et son acolyte Sidi B.
- On va venir à Dakar ; on a reçu l'autorisation de Sidi Hamza.
- On ne vous a pas vu au début de Ramadan comme prévu.
- Nous étions à la retraite spirituelle de Naïma (Sidi Hamza partage ses moments entre Naïma et Madagh). On a passé des moments extraordinaires. Nous invoquions dix à onze heures par jour sans nous fatiguer.
- Ok. On vous attend à Dakar.
Ce sera une occasion de plus pour que Sidi Hamza al Qadiri al Boutchichi, Cheikh de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, l'une des plus actives au Maroc, soit connu par les sénégalais de tous horizons. Car il est un fait avéré que les dirigeants des grandes Tariqas du Sénégal connaissent Sidi Hamza et que certains lui rendent visite. Il faudrait maintenant que le plus grand nombre le connaisse.
Le lendemain il y a Wadhifa après la prière de 'Asr. La Wadhifa est comme une douche qui nettoie le disciple de toutes impuretés. Elle a été modifiée au Mawlid dernier sur indication de Sidi Hamza. Dans la répétition du Ism, le nom Allah, il nous semble que l'invocation a sa propre existence, indépendante et que nous somme un support par lequel elle se manifeste. Sidi Hamza dit dans le même sens : «Il faut s'anéantir dans l'invocation du nom Allah.»
Le soir après Maghreb, il y a l'autre grande séance d'invocation en commun de la Tariqa, le Latif. Invocation à haute voix du nom divin Al Latif, Le Doux, Le Subtil, des milliers de fois. Ici aussi il y a eu un changement puisqu'on est passé de l'invocation de Ya Latif à voix basse à la répétition de Al Latif à voix haute. C'est une des manifestations du caractère vivant de la Tariqa, par la présence d'un Maître vivant possesseur du Sirr (Secret), Sidi Hamza, qui transmet l'enseignement adapté à l'époque.

A la fin du Latif, on rapporte quelques paroles récentes de Sidi Hamza : «Celui qui veut les biens de ce monde, n'a qu'à invoquer La ilaha illAllah ; les 15 000 obligatoires pour chaque disciple ou plus. Celui qui veut l'amour du Prophète Mohammed (SAW) n'a qu'à lire le Dalaïl Khayrat (recueil de prières sur le Prophète). Celui qui veut le Tawhid (l'Unicité divine) n'a qu'à lire le Coran. Et comme nous faisons tout cela, nous avons tous ces bienfaits. »

Après une autre séance de Latif, deux jours plus tard, nous nous rendons au mausolée de Sidi Mukhtar, le grand-père paternel de Sidi Hamza. Un bâtiment cubique surmonté d'une coupole a récemment été construit au-dessus du tombeau de ce saint et à l'intérieur les premiers versets de la Sourate Ya Sin sont sculptés sur les murs. Ce lieu est réputé pour soigner différents types de maladies et les habitants de la région, qu'ils soient disciples ou pas, viennent y rechercher le soulagement. Donc les participants du Latif s'agglutinent sur deux niveaux à l'intérieur de ce mausolée à l'architecture délicate, et des prières spéciales, d'une rare intensité, sont faites pour Sidi Hamza, les disciples et l'ensemble des musulmans.

Le jour de l'Aïd, Sidi Hamza assiste avec les fuqaras présents à Madagh à la prière de la fête et au prône qui suit. Il porte une Abbaya vert clair et à la fin du prône, les disciples défilent pour le saluer. Ici encore il s'agit de choses du domaine de l'intérieur, ce que le disciple reçoit du Maître, qui se manifesteront soit à l'intérieur pour le franchissement des étapes de la purification de son âme, soit à l'extérieur avec un changement positif dans sa situation matérielle par exemple. Car dans cette Voie, comme le dit Sidi Hamza, il y a les biens de ce monde et les biens de l'autre monde. Et encore une fois il ne s'agit pas de choses abstraites mais d'expériences constatées par les disciples.

Disciples venus de tous horizons comme Sidi A. faqir Thaïlandais dans la Voie depuis 2003, année où il avait ému toute la Tariqa, quand en pleurant il prenait la main de Sidi Hamza la posant sur sa tête, certain d'avoir trouvé le Maître vivant. Il nous confie qu'ils sont encore quatre thaïlandais à être venu depuis voir Sidi Hamza et à être entré dans la Tariqa.
Les fouqaras Saoudiens, une dizaine, qui ont émerveillé tous les disciples, et que l'on montre du doigt tant ils sont remplis d'énergie et de beauté. Ils invoquent courageusement dans leur pays risquant des difficultés s'ils sont pris.
Sidi M. disciple congolais ayant fait le pacte (acte symbolique d'entrée dans la Tariqa) lors de cette visite de Laylatoul Qadr, qui suscite des commentaires comme : «Tu as vu comme il a changé depuis qu'il a fait le pacte …»

Un faqir franco-allemand, entre la France et l'Allemagne, très blond, dans l'indécision sur l'endroit où ils doivent habiter lui et son épouse. Sidi Hamza a mis le doigt sur cette question car il leur a demandé séparément à lui et à son épouse où ils habitaient.

Sidi A. faqir franco-japonais de longue date et son bébé aux yeux bridés, qui s'accrochait à son papa. Et d'autres encore tous plus aimables les uns que les autres, algériens, anglais, français, nigériens, maliens…

Tous parmi les saints. En effet le dernier jour du mois de Ramadan, Sidi A. le slameur, pour réconforter et renforcer un disciple lui dis ceci : Sidi Hamza, du temps où il venait d'être Cheikh [donc vers 1972] était suivi par quelqu'un. Où qu'il aille cette personne le suivait. Au bout d'un moment Sidi Hamza lui demanda pourquoi il le suivait. Il lui répondit : je suis un faqir Darqawi [une autre tariqa marocaine] et je suis venu t'annoncer que tous ceux qui feront le pacte avec toi sont des saints.

Physiquement, à près de 80 ans, Sidi Hamza rajeunit et un disciple s'étonne : «Tu as remarqué, sa barbe qui était toute blanche renoircit en partant de la pointe du menton pour remonter …» Et Sidi Hamza nous demande de prier pour qu'il ait une longue vie car il est une Rahma (miséricorde) pour ce monde.

Conversation entendue entre deux disciples, un français et un algérien. Le français est de temps à autre saisi par des états spirituels qui le font sangloter. Il confie à son frère, tu sais, Sidi Hamza nous a dit : «Je détiens la solution de tous les problèmes de ce monde. Petit à petit les gens vont s'en rendre compte. Alors ils se tourneront vers la Tariqa. A ce moment il faudra que vous soyez prêts.»

Par Mor Diagne Ingénieur Télécoms – Dakar
 
 
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