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| Un petit clin d’œil en passant… |
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| Mamadou AMAT |
11/04/2011 | 09H34 GMT |
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| Coucou me revoilà, chères lectrices ! Comment qui ça ? Vous ne vous souvenez pas de moi ? Mais si, vous savez bien : Yamatélé, le type qui, entre 1987 et 1991, vous adressait régulièrement chaque jeudi un petit clin d’œil en passant. Oui, celui qui refusait de fermer les yeux mais acceptait d’ouvrir l’œil sur les images, faits et gestes qu’il avait relevés durant la semaine sur ce qu’il appelait la lucarne imagique… Car, dans son esprit (que certains croyaient tordu, à tort bien sûr), la lucarne en question avait beau restituer des images, elle n’avait rien de magique, la première lettre du mot ainsi formé (l’i) ne renvoyant guère à l’image, mais signifiait que de magie, il n’y avait point. En fait un privatif, comme l’A de mon patronyme (Amat), qui traduit mon incapacité congénitale à comprendre quoi que ce soit aux maths, anti-maths, quoi ! Vous voyez à présent ? Toujours pas… Eh bien, y a vraiment de quoi se décourager. |
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C’est vrai que ça fait longtemps. Et que les ans, quand ils s’accumulent si inexorablement, n’ont pas pour fonction majeure d’aider, côté mémoire. Mais ne soyez pas inquiètes mes chéries, c’est valable chez nous les mecs aussi. Vous étiez mes premières lectrices pour ce qui est du nombre, de la fidélité et de l’appréciation, mais vous n’étiez pas seules. D’autres me lisaient aussi avec tant de curiosité, d’impatience et d’avidité que ce que j’écrivais les concernait au premier chef. Il s’agit de mes «amis» de l’Office de radiodiffusion-télévision du Sénégal (ORTS, comme on disait alors).
C’était au temps (béni) où il n’y avait en tout et pour tout qu’une seule et unique chaîne de télévision pour tout le pays. Si, si. Et ça démarrait (avec l’hymne national) aux alentours de 19h pour fermer vers 23h (sur l’hymne national). Ce qui amena certains à considérer que je regardais depuis «Pincez tous…» jusqu’à «Afriiiiiiique mèèèèèèèère». Et moi, ben oui, je regardais. Je regardais tout (ou presque), car je devais restituer, tous les jeudis, au rythme où sortait Sud-Quotidien, ma lecture à moi de ce qui (se) passait sur le petit écran.
C’était ça aussi, cet esprit Sud dont on se souvient tous ces jours-ci à tour de rôle avec délectation et nostalgie. Mais chacun y va (comme naguère) avec sa compréhension, son acception, sa déclinaison de la rigueur, cette notion de base qui aura été fondamentale dans la construction de l’œuvre grandiose. Journaliste à l’Agence de presse sénégalaise (APS) où je faisais alors fonction de chef du service des reportages, je n’ai pas hésité non plus à plonger dans l’aventure lorsque Babacar Touré, Ndiaga Sylla et Ibrahima Bakhoum (également chef de service à l’APS) m’ont approché pour être de l’aventure… Un rêve que, bien entendu, j’avais aussi caressé durant mes années d’étudiant sur les bancs du Cesti, car ce que mes «promotionnaires» et moi avons vécu en tant que journalistes stagiaires ne semblait pas toujours correspondre aux enseignements reçus…
Avec Sud-Mag, ma rigueur à moi se traduisit, dès le premier numéro, par la réalisation, non pas d’un article savant ou engagé sur la politique africaine du Sénégal, encore moins d’un dossier sur des fléaux sociaux étranglant la société, mais d’une… page détente. Oui ! De cruciverbiste indécrottable, je me suis mué en verbicruciste occasionnel, concoctant ainsi des grilles qui enfermaient ma passion des mots, de même que des jeux de culture générale… Mais quand, quelques mois plus tard, l’hebdo était sur le point d’être lancé, les trois mêmes types du paragraphe précédent me proposèrent l’animation d’une rubrique régulière dont, comme a dit Babacar, la fonction majeure devrait être de «fidéliser un certain lectorat».
Ce sera d’abord vous, chères lectrices. Ensuite, comme montré plus haut, mes «amis» de l’ORTS. Mais aussi, blague à part, le grand lectorat de Sud. Qui se recrutait dans toutes les sphères de la nation. Les sphères alphabétisées, of course ! Ce que mon ami Ibrahima Bakhoum appellera «une lecture intelligente des programmes télé» (appréciation dont je n’étais pas peu fier) devint pour moi un exercice quotidien. Mais au tout début, après que j’eus déroulé la chose quelque temps, je reçus d’un confrère la proposition suivante : «mais mon frère, la rubrique Clin d’œil m’intéresse. J’aimerais que nous l’animions en alternance toi et moi.
Qu’en dis-tu ?» Une fraction de seconde de réflexion et, généreux et partageur comme chacun sait, je répondis à Cheikh Tidiane Gadio : «Mais aucun problème, mon frère! » Je me demande encore si ce n’est pas l’élan avec lequel Gadio anima cette rubrique qui le propulsa par la suite de l’autre côte de l’Atlantique, mais toujours est-il que c’est de là qu’il partit pour le pays de l’Oncle Sam, où il mena ce qui allait faire sa notoriété… Vous remarquerez, entre parenthèses, qu’avec moi il parla d’alternance. Déjà ! On la réalisa même ensemble tous les deux, l’alternance. Ce que je ne manquerai pas de lui rappeler si la mémoire lui fait défaut un jour prochain, si vous voyez ce que je veux dire.
Or donc la tâche n’était pas très aisée pour Yamatélé. Obligé d’écrire sur les agents de l’ORTS, autrement dit relever, souligner et critiquer les travers de confrères, je remarquai tout de suite que ce n’était pas forcément évident. D’abord il fallait éviter à tout prix de paraître un donneur de leçons, un super prof imbu de je ne sais quel savoir encyclopédique et chargé de distribuer les bons et les mauvais points. Ensuite, connaissant bien l’environnement de travail dans ce qu’on appelait les médias d’Etat (je travaillais moi-même à l’APS), je devais tenir compte de certaines contraintes. Mais ma rigueur à moi commençant par la nécessité de dire la vérité en tout lieu et en tout temps, je me lançai à l’assaut en essayant de tout faire pour ne pas être injuste.
J’enrobai mes critiques et remarques dans un emballage qui se voulait humoristique. Ce qui fait qu’à part deux ou trois personnes qui m’en ont voulu, les autres acceptaient globalement mes remarques. La preuve en est que beaucoup me faisaient des compliments et disaient qu’ils appréciaient mes remarques, mais certains d’entre eux se sont offusqués lorsque les critiques ont porté sur eux. C’est humain.
Tiens, je commence à être un peu trop longuet. Et comme je le reprochais à certains programmes de la télé à Babacar Dirtel Diagne, faut pas que je fasse pareil. D’autant que Ndiaga, dirpub de Sud, se révélait parfois avare en espace et me demandait souvent d’écrire plus court pour laisser de la place aux autres. Alors, je vais prendre avec délectation une certaine revanche. Je peux encore raconter des tas d’autres anecdotes liées à cette période formidable, mais non, je m’y refuse.
Je vais juste finir sur cette anecdote qui prouve que Babacar Touré possède, malgré ses airs farouches, un grand sens de l’humour. A la suite d’un sondage sur les préférences des lecteurs, la rubrique Clin d’œil fut plébiscitée (sans doute par mes chères lectrices), suivie de près par les éditos du superboss. Mais vous savez ce que Babacar me dit en commentant les résultats de cette enquête ? Il me dit ceci : «Toi, tu me fais de la concurrence déloyale, car tu écris tous les jeudis et moi seulement de temps en temps. Voilà pourquoi les gens donnent l’impression de mieux aimer ce que tu écris. Mais tu ne perds rien pour attendre…»
On en rigole aujourd’hui encore. Surtout si l’on considère que j’ai quitté la barque en 1991, après quatre pleines années de bons et loyaux services, en laissant le témoin à Bocar Niang et à Saphie Ly, qui alternèrent dans son animation comme il m’arriva de le faire avec un potentiel futur candidat à la présidence de notre République…
Vers un clin d’œil de l’Histoire ? Voire !
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