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Une pincée de Sud et Sucre
Georges Joseph NDIAYE | 20/04/2011 | 09H03 GMT
 
Vanitas vanitatum, omnia vanitas ! Vanité des vanités, tout est vanité !
 
Jeudi 31 mars 2011,
Deux années, trois presque que nous n’avons pu deviser autour d’une tasse de café.   Certes nous nous sommes rencontrés furtivement lors d’obsèques pour accompagner nos amis l’oncle Henry Grasse et Babacar Néné Mbaye.
Tu as franchi le seuil de ce café niché aux alentours du palais présidentiel, objet de toutes les convoitises, et nos visages se sont illuminés.

Je ne me remémore plus du nom de cet homme, de ce philosophe qui a théorisé et défini les multiples facettes de l’homme pour démontrer que la simple évocation d’une tranche de  vie  et plus encore de celle d’un groupe ne peut se faire sans entraîner, sûrement, un tourbillon réprobateur, tant la tâche est complexe
Et puis au Diable ! Cet homme c’est certainement moi !!!

Je n’étais pas un visiteur du soir. Je me sentais plutôt dans la peau de l’ami qui te permettait de garder ce que j’appelle « L’esprit Rolling Stones ». Je ne parle pas de l’esprit du célèbre groupe de musique mais plutôt de cette démarche, de ce comportement , qui dès la fin de la journée de travail vous amènent à défaire nœuds , cravates, et autres vestes sur le seuil de la maison, de l’appartement ou du studio pour enfiler à la hâte, mocassins , bottillons, jeans, sweat-shirt et blousons  afin de courir vers ces cénacles de l’esprit, de l’échange qui pouvaient être un banc , un arbre , une rue , un café, et qui était pour nous nos Fouquet’s, Closerie des Lilas, deux Magots et autres Café de Flore et aller ainsi de ci de là à la rencontre de cet autre univers de la cité, en laissant exploser cet arc en ciel émotionnel emmagasiné la journée durant et accepter celle de l’autre.

C’est en prenant mon café, en fin de matinée, que je me plaisais à lire le Soleil et Sud Quotidien, l’offre n’étant pas si diversifiée à l’époque.

La pincée de sucre nécessaire à mon café, avait comme mignardise votre quotidien.
Les années exquises de notre compagnonnage qui ont débuté une après-midi au 9ième étage du Building Administratif dans le bureau du Secrétaire Général du Gouvernement Feu Babacar Néné Mbaye, m’ont permis de connaître l’Autre Babacar Touré, celui défini par Sartre.

 Hasard de l’histoire, quelques années auparavant, mon père y avait ses quartiers comme Chef du Bureau du Chiffre et de la Sécurité des Télécommunications de la Présidence du Conseil aux côtés des défunts Mamadou Dia, Président du Conseil, Babacar Ba,  Directeur de Cabinet et tant d’autres.

Pendant les évènements de 1962, l’histoire retiendra que Père est passé des mains de la Garde Républicaine de Dia à celles des Para-commandos de Senghor car gestionnaire du Chiffre des deux Institutions. Ainsi de son observatoire, il a vu défiler les messages des Corps Constitués de la République qui, en 48 heures, sont passés des encouragements à Dia à la célébration de l’immortel mortel, devenant ainsi les premiers « transhumants » de l’histoire du Sénégal au sein d’un même parti, pour la gloire d’un homme.

Ensuite, il a poursuivi son chemin aux côtés des Présidents Senghor et Diouf. Il reçut plus tard, des mains du Président Wade, la médaille de Grand Officier de l’Ordre national du Lion.

C’est donc en ces lieux, et à la faveur d’une réunion invitant éditeurs de presse et opérateurs économiques à aplanir leurs divergences financières pour acquérir, avec le soutien de l’Etat, la Grande Imprimerie Africaine (GIA), qu’à l’angle de la table tonnait une voix de baryton réclamant la concertation plutôt que la primauté de séance accordée derechef au représentant de l’Etat…faisant enfler de plus les contestations.

A cette invite étaient également présents, Tidiane Sylla, Laye Bamba Diallo du « Cafard » entre autres.
Ce baryton au verbe haut était Babacar Touré, celui qui avait déjà dans un  passé récent éventé : « Wade Vice Président ».
Des chuchotements m’apprirent qu’une fois de plus, Babacar Touré détenait l’information selon laquelle, des éminences du PDS et en tête son responsable, devaient faire leur entrée dans le prochain gouvernement, dit plus tard de majorité élargie, du Président Diouf.
 Nous  devions donc chausser nos velours et daim pour ne point réveiller Ndoumbélane  par une annonce prématurée et nous empresser à conclure un compromis d’affaires.
La  question de la préséance Public /Privé m’a amené, moi le rebelle, à harceler, à la sortie, ce contempteur  des symboles de la République afin de garder l’honneur sauf. Je représentais la Société Nationale d’Etude et de Promotion Industrielle (Sonepi)

Babacar, passe moi le sucre.
Le sucrier était dans ta poche. Je te comprends car tu en avais besoin.
« Quosque tandem Catalina » que les puristes ont vite compris comme devant plutôt être « Quo usque tandem abulere, Catilina, patientia nostra ? » « Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? » a été l’étincelle de trop qui a mis le feu aux poudres.

Maître Ousmane Sèye faisant ses premières grandes armes dans l’affaire dite du «  Sucre roux blond d’aspect blanchâtre », devait s’approvisionner auprès du boutiquier maure du coin et effectuer ses effets de manches en déposant majestueusement sur la table du Président de Chambre, le  fameux sucre objet de la polémique…
Les importants honoraires de Maître Vergès, ce milliardaire de la gauche caviar, qui arbore son cigare comme une fleur au revers d’un treillis, avaient profondément atteint tes poches. On l’a écouté plaidé la bataille de David contre Goliath, ce Goliath du pays de David.

 A la sortie du Temple, nous sommes allés faire le plein de moral, je ne sais plus si c’était au « Plaza », au « Bilboquet », à la  « Fourchette », au « Colisée » ou au « Gouy Guy » de Fabienne Diouf Guillabert, ma sœur et amie, qu’importe que son pater de Président « ait lavé plus blanc » par une décoration Goliath en pleine procédure, à la recherche des Weather Report, Wynton Marsalis, Sadao Watanabe, John Coltrane, Miles Davis, et autres Sydney Bechet qu’on ne quittait qu’après avoir écouté « Petite Fleur ».

 Des années plus tard, l’armistice entre David et Goliath a débuté dans le bureau du Président Wade et s’est poursuivi autour d’une salade al dente chez Goliath …sans moi…

Le matin, ragaillardi, tu trouvais ton café, ton sucre et ton Sud chez ton Grand frère, ton ami, ton confrère Feu Fara Ndiaye et c’est ainsi qu’en mémoire de lui depuis son départ tu t’es fais un devoir chaque année d’offrir le bélier du sacrifice d’Abraham. J’irai devant le Père moi le ceddo catho à la tête d’un troupeau.  

Je hais le profane !                                                                                                                                                                
Pêle-mêle, je me rappelle que tu consultais avec mon beau-père,, le rapport de la Banque Mondiale sur le Sénégal, que j’avais pu me procurer auprès d’une ambassade de la CEE et qui parlait de Nouvelle Politique Agricole et Industrielle, après un diagnostic de la situation économique de notre pays.                                                                                                

Vous parliez de télévision, s’en suivit plus tard Canal Horizon pour lui et LCA pour toi.                                                                                                                                     

Vous parliez également de la « Bad money » de Sidy Gaye, signant ainsi une série d’articles sur les fonds de la Banque Africaine de Développement, et qui ont permis la création du Fonds de Promotion Economique (Fpe). L’argent avait permis à de grandes entreprises de recycler leurs crédits contractés auprès des banques au taux de 19%,, en crédits renégociés à 11%. Au détriment des Petites et Moyennes Entreprises de la Sonepi que je dirigeais et qui a été écartée du jeu. La « Bad Money » avait aussi évoqué le grappin mis sur la Sodida par des « industriels » qui proposaient, pour acheter ce domaine….6 millions de  F Cfa. Alassane Daly Ndiaye était ministre du Commerce. Sud éventa le deal.
Je parlais de téléphonie et de Millicom, aujourd’hui partenaire de Tigo.
                                 
Vous commentiez la visite dans un  esprit familial, de  Maître Wade, Idrissa Seck, Ousmane Ngom, à beau-père que déjà ce mal mystérieux rongeait et qui avait rendez-vous avec les  « forces de l’esprit ».  
                     
 Je ne sais plus si c’est cette fois là, que de retour des 100m de Rebeuss, après avoir rendu visite à Maître Wade qui avait contracté  la conjonctivite, tu t’es affalé dans un fauteuil emporté par Morphée. 

Ce fauteuil dans lequel ton regard a croisé dans les salons du Méridien Président le regard hagard de notre argentier Pape Ousmane Sakho qui venait d’être sonné par la dévaluation. Tard ce soir là, d’autres de nos amis, par la culbute financière réalisée, ont sablé… le bissap.

Tu es de ce dernier demi-cercle, réduit comme peau de chagrin, en compagnie du  chirurgien Ardo Ba et de Madeleine de Miranda son épouse, de Joe celui de Ouakam  de son patronyme Issa Samb, de Oussou Diané, de notre amie Louise Guillabert, de Mayoro Wade, à avoir soufflé la dernière bougie d’anniversaire de Fara. Ce jour-là, nous avons pu joindre notre ami  Babacar Néné Mbaye  encore en état de grâce, au Val de Grâce.                                                                                                                                            
 Je revois aussi ma chère épouse Fari, obligée de quitter nourrisson et officine pour relever sa mère à Paris au chevet de Fara, belle-maman devant en qualité de Présidente de la Chambre Pénale de la Cour de Cassation se prononcer sur l’affaire Maître Sèye.               
« Mireille Ndiaye résista puis céda » titra Sud ». Oh que non !!                                                                                                                          
Le Droit fut dit. Un point c’est tout.  Ne jamais quitter le corset législatif.                                                                                                                                                                       
Eh mec ! Je ne retrouve plus les faits. Ils me semblent souvent galvaudés et l’opinion du journaliste me semble primer sur les faits. Dis leur qu’il faut se conformer aux faits. Les faits, rien que les faits et à équidistance des partis !!!  Pas de parapluie !!!

Je t’invective car je sais que tu as rangé ton pétard, ce 357 Magnum, avec lequel tu as caressé les tempes grisonnantes de notre ami commun qui savait si bien compter ses billes et celles des autres. Rest In Peace « R.I.P. » comme disent les rappeurs. Revenus chercher l’autre pétard, le 38 Smith et Wesson, celui que nous avions oublié au restaurant « Le Plaza », le jour où je ne sais plus pourquoi ni comment les Moustarchidines sont arrivés devant les grilles du Palais, nous a permis de bénéficier du resto du cœur ou de la peur de cet éphémère gérant mis en place par Tomaso De Vargas Machucca.

Il n’y a pas de roses sans épines.
Mon pain …de sucre, l’Hôtel Indépendance, a eu à accueillir tout Sopi 2000  et bien plus.  Hier encore c’était au tour de Walf TV et de Sidy Lamine Niasse.

Neutralité ! Neutralité ! tel était et doit toujours être le crédo.                                                
Le peuple n’est pas un mouton !  Ils s’y reconnaîtront. Sud avait ses journalistes de droite, du centre et de gauche. Toutes les sensibilités s’exprimaient le même jour afin de n’orienter aucun jugement.
Cheikh Yérim Seck, que je ne connais ni d’Adam nous a livré le 19 mars dernier, sur le plateau de Walf TV une analyse équilibrée des 10 années d’exercice du Sopi : Actif- Passif.
Oui j’entends : ce n’est pas moi, ce n’est pas Sud.                                                         
La fable dit : « C’est donc quelqu’un des tiens ».
Je ne peux couvrir d’un voile pudique ces enchères aux titres accrocheurs et ravageurs en disproportion avec le contenu. C’est à celui qui aura le plus gros pavé à jeter sur cette vitrine de la démocratie, assombrissant le moral du peuple.
 Encore une pincée ... 
Comme tout humain, des couleuvres tu en as avalées dont certaines que tu n’avoueras jamais et que tu as pu par la Grâce, avaler tel un boa.
Toi aussi tu voulais garder l’honneur du groupe Sud et le tien, sauf, pour consolider tel  un père, l’Unité.
Reconnais que parfois l’Unité a chancelé.   
Tout est vanité !                                                     
Du film de Giuliano Montaldo basé sur une histoire tragique de vérité du mouvement ouvrier américain : «Sacco et Vanzetti » me reviennent les images et propos de Nicola Sacco : « Père, enfant, tu me disais, dans les moments difficiles, souviens toi des jours heureux. Aujourd’hui, je m’y efforce mais mon esprit n’y arrive pas ».
Ces jours heureux sont, entre autres, dans le cambouis auprès du doyen Ndiaga Sylla.  Vieux Savané  est de retour ainsi que bien d’autres.                                                                                                   
La  nouvelle génération a soif et t’attends.

BON ANNIVERSAIRE pour tes noces…. d’argent.

Je, nous, te remercie.

Joseph Georges Ndiaye
Administrateur Directeur Général de l’Hôtel Indépendance 
 
 
Pour l’Afrique (paru dans le 1er numéro de Sud Magazine- Mars 1986)
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