| CARNET DE ROUTE DAKAR- ZIGUINCHOR |
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| Voyager la peur au ventre |
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| Publié le 07/02/2012 | 06H04 GMT par Bacary Domingo MANE
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| Voyager de Dakar à Ziguinchor, par la route, n'est pas de tout repos, du fait de l'insécurité qui règne dans la région naturelle de la Casamance. Surtout avec la recrudescence des violences enregistrées, depuis un certain temps, dans le département de Bignona. Les passagers qui empruntent cette voie sont envahis par la peur de tomber dans le piège de l'irréparable. |
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(Envoyé Spécial). Reportage. La nuit se fait plus profonde et l’obscurité plus compacte. Il est presque deux heures. Notre transport en commun, appelé communément, la «7 PLACES», vient de prendre départ, au garage «Pompier» de Dakar, direction Ziguinchor, la capitale de la Casamance naturelle.
A notre arrivée, à «Pompier», il ne reste qu’une seule place derrière, dans la «7 places», celle du milieu.
Dans un premier temps nous avons décliné l’offre du coxeur (celui qui a la charge d’encaisser le ticket du voyage et l’argent des bagages des passagers) et de certains clients qui perdaient patience parce qu’ils ont longtemps attendu. Ces derniers ne souhaitent qu’une seule chose: le vrombissement du moteur annonçant le départ du véhicule pour Ziguinchor. Seulement, la longue distance nous a poussés à mettre sur la balance, le confort du voyage et le retard que l’on peut accuser si l’option de ne pas prendre ce véhicule était retenue. En réalité, nous étions prêts à attendre une autre voiture, non sans oublier quelques «précautions» pour s’assurer que la place de devant, celle qui est à côté du chauffeur, nous reviendrait. Elle vaut de l’or. Cette place ne revient pas forcément au premier venu dans l’ordre d’arrivée.
Le prix du confort de voyage
Il y a un «deal» et nous sommes tombés d’accord (le coxeur et moi) pour respecter les termes du «business» : en dehors du prix du billet (9000 Fcfa), il fallait casquer 1000 F Cfa pour « acheter» la place de devant. C’est irrégulier, c’est pourquoi le deal est entouré du plus grand secret. Les autres clients qui convoitent la même place ne devaient rien soupçonner. D’ailleurs, les clients qui ignorent ce procédé, ont toujours reçu une réponse négative quant à savoir si la place de devant est occupée ou pas. Donc n’allez surtout pas demander qui l’a occupée, vous n’aurez pas de réponse claire. C’est ainsi qu’il arrive que le dernier arrivé occupe la place, après avoir proposé, dans le secret, le deal au coxeur. Et lorsque des voix s’élèvent dans la voiture pour dénoncer le procédé, le coxeur et le «client-dealer» font profile bas.
Notre «coxeur» traîne une masse de chair impressionnante. Joufflu et de teint noir, il était drapé dans une jaquette qui lui permettait de résister au froid ambiant. N’allez pas chercher la marque de sa tenue et de son parfum, car ici, les habits sales sont le signe de l’amour du travail.
Le temps continue sa course vertigineuse vers ce qu’il n’est pas encore. C’est ainsi que nous avons décidé, la mort dans l’âme, de prendre la place de derrière. Elle est étroite et nos jambes en souffrent. Et priez le bon Dieu de ne pas rencontrer une passagère capricieuse qui «souffre» de tout contact physique avec son voisin de «fortune». La conséquence est qu’à force de lui laisser son territoire, nous avons fini par «céder» le notre. Tous les passagers ont embarqué. Et c’est le moment choisi par le coxeur pour aller chercher le chauffeur qui lui, dormait, quelque part, dans l’un des véhicules garés. Une vraie «traque» qui a duré une trentaine de minutes, avant que le «coxeur-dealer» (celui qui nous a fait payer, en toute illégalité, la place de devant) ne mette la main sur lui. Le visage du chauffeur montre qu’il vient d’être tiré d’un sommeil profond. Et dans ce cas, gardez-vous de s’interroger sur ses capacités à conduire en toute lucidité, sans donner un coup de volant dans le décor. Sinon, vous en ajouterez au stress.
Quelques prières - après avoir ouvert la portière du véhicule - avant de s’installer. Lui au moins a eu la gentillesse de nous lancer le fameux «Salamaleykoum» (Que la paix de Dieu soit avec vous !). C’est, peut-être, trop lui demander de nous présenter ses excuses pour nous avoir contraints à l’attendre si longtemps. Peut-être qu’il ignore ces convenances, le pauvre !
La voiture roule. Le silence. A hauteur de Mbour, l’on entend, soudain, des ronflements. Le sommeil venait de visiter certains. La nuit se fait de plus en plus profonde. Son voile noir est percé, par endroits, par la lumière des phares des véhicules que l’on croise sur la route, les gros-porteurs, surtout. Ces passagers dorment d’un sommeil profond, mais qui est hélas, le plus souvent perturbé par le klaxon, une secousse due à un dos d’âne ou un animal que le chauffeur a voulu éviter…
C’est à Kaolack que nous avons pris une petite pause. Il est presque 5 h. Un peu de café pour les uns, lipton pour les autres. L’escale a permis de se dégourdir les jambes ou de se soulager.
Et à fur à mesure que l’on se rapproche de Keur Aïb, la frontière avec la Gambie, la nuit se dépouille de son manteau noir.
Il est 7 h. Avant de passer en territoire gambien, les passagers doivent montrer à la Police sénégalaise qui est à Keur Aïb, les pièces d’identification.
En pays étranger
Le vrai calvaire commence, lorsque l’on met les pieds en territoire gambien. Presqu’à chaque deux kilomètres, il y un poste de contrôle. Les forces de sécurité vous demandent de montrer votre pièce, sans se soucier du contenu. Ces agents ne savent pas lire le français pour établir l’authenticité de la pièce. Certains ne se fatiguent pas. Ils exhibent n’importe quoi qui ressemblerait à une carte d’identité. Et ça marche à tous les coups.
Après chaque formalité, c’est la course poursuite des chauffeurs. L’enjeu est d’occuper une bonne position pour faire partie des heureux élus qui vont prendre le premier le bac de Farafégné. Mais, il faut passer au guichet pour acheter les billets des passagers. Parfois, nombre de chauffeurs «brûlent» cette étape en demandant à leur apprenti de s’en charger, et eux continuent de rouler jusqu’au bac. L’apprenti qui a acheté les billets pour la traversée, se débrouille pour rejoindre le véhicule.
Tout peut arriver
Après quelques heures d’attente, c’est la traversée. Il faut rouler une bonne vingtaine de minutes avant de se retrouver en territoire sénégalais, à Sénoba. C’est la Casamance naturelle qui s’exhibe. Le chauffeur et les passagers voyagent tranquillement jusqu’au Carrefour Diaroumé, sans se faire trop de soucis. Mais ce n’est pas le cas pour le reste de la route. Nous entrons dans le département de Bignona, la zone la plus redoutée et qui a enregistré de nombreux braquages, parfois mortels.
L’atmosphère devient pesante dans le véhicule. Le chauffeur fait quelques prières. Les passagers lui emboîtent le pas. C’est la peur au ventre. Oulampane, Diabir, Badiouré, Djiragone, Silinkine etc, des villages traversés avec le sentiment que tout peut arriver. Chacun, peut-être, est en train, dans le silence de sa conscience trouble, de dessiner les contours de son testament, dérouler le film de sa vie, en vivant de manière intense, quelques séquences de ce que fut son séjour sur terre. Pour ces passagers, l’avenir n’existe plus, encore moins le présent. La mort est le seul horizon réel. La méfiance et le doute gagnent les cœurs. Le moindre bruit dans la forêt ou les buissons fait monter l’adrénaline. Des coups de fil fréquents de parents demandant votre position en rajoutent au stress. Des check points sont occupés par des militaires armés jusqu’aux dents.
Des plaques avec cette mention : «Usagers de la route en cas de danger appelez au…» montrent le degré d’insécurité dans la zone. Ouf, Bignona se dévoile. Dieu merci ! Ziguinchor se trouve à une trentaine de Kilomètres. La confiance revient. Le voile du silence de cathédrale vient d’être déchiré par le journal de midi de Sud Fm. Il a alimenté des discussions sur la campagne électorale jusqu’à la gare routière de Ziguinchor.
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| Commentaires
(1)
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Posté par Papa Gorgui Diop, 2012-02-07T18:06:25+00:00 |
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N'EST-CE DONC PAS LA UN DEMENTI CATEGORIQUE A CEUX QUI PRESENTENT UNE AUTRE IMAGE TROMPEUSE DU SENEGAL?
la recrudescence des affrontements mortels et l'insecurite croissante en Casamance devraient etre le tableau de bord dont les clignotants au rouge sont plus que parlants sur les reussites ou echecs de celui qui tord le cou a la constitution pour vouloir briguer un troisieme mandat!
Mal conseille comme toujours,il aura rate le coche en ne demarrant pas sa campagne electorale en Casamance.Au lieu de persister dans sa strategie irresponsable et mesquine de chercher a semer la confusion entre confreries,les risques d'une desintegration du territoire national poses par la non resolution du contentieux dans cette partie australe du Senegal,devaient en effet prendre le pas sur toute autre preoccupation politicienne.
C'est meme a se demander si on n'attise pas le feu intentionnellement en Casamance,l'insecurite artificiellement provoquee et les deplacements massifs de populations aidant,pour installer des conditions non ideales de votes majoritairement sanction contre le pouvoir?
Dans ce qui ressemblerait a des camps de regroupement de derniere minute de deplaces,il serait donc aise de mettre en branle toute la strategie de fraudes massives dejouant la vigilance de tous observateurs.
Si en effet le candidat a sa propre "re,re re"election persiste a faire croire a une victoire au premier tour-aucun candidat ne peut objectivement gagner au premier tour-c'est qu'on a deja prepare la sauce frauduleuse a laquelle on entend manger les patriotes de ce pays.Le semblant de bourbier Casamancais est un decors bien plante a cet effet.
Papa Gorgui Diop(Gorguez)
Colorado,U.S.A.
papag.diop@yahoo.com |
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